Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2207572
jeudi 5 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2207572 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL LEGA CITE |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 7 octobre 2022 et 17 février 2023, Mme D G, Mme F H et M. E H, M. C B et la SCI Les Roses, la première nommée ayant la qualité de représentante unique pour l'application de l'article R. 751-3 du code de justice administrative, représentés par Me Moullé, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 11 avril 2022 par lequel le maire de Saint-Didier-au-Mont-d'Or a délivré un permis de construire à M. I pour la réalisation d'une maison d'habitation, ainsi que la décision implicite de rejet de leur recours gracieux formé contre cette autorisation d'urbanisme ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Didier-au-Mont-d'Or la somme de 3 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens l'instance.
Ils soutiennent que :
- ils justifient d'un intérêt pour agir ;
- le permis de construire attaqué a été délivré en méconnaissance de l'étendue des servitudes de passage et de tréfonds ;
- ce permis est entaché de fraude, en particulier au regard de l'atteinte portée à l'espace végétalisé à valoriser grevant le terrain d'assiette, de l'ampleur des mouvements de terrain réalisés pour les besoins du projet, ainsi qu'au regard de la configuration des pentes et niveaux reportés pour la préservation des vues sur les propriétés voisines ;
- le permis de construire attaqué a été délivré sur la base d'un dossier de demande insuffisant et composé d'éléments erronés ;
- il a été délivré sur la base d'un avis de l'architecte des Bâtiments de France entaché d'illégalité ; cet avis a été délivré sur la base d'un dossier de demande de permis de construire insuffisant et erroné ; cet avis ne prend pas en compte les caractéristiques particulières du site d'implantation du projet, en particulier leur maison et le kiosque identifiés comme élément bâti patrimonial par le plan local d'urbanisme et de l'habitat (PLU-H) de la métropole de Lyon ; cet avis ne se prononce pas sur l'impact du projet sur le château de Saint-André du Coing ainsi que sur la chapelle Saint-Fortunat ; cet avis ne fait pas état du caractère frauduleux de la demande de permis de construire en litige ;
- il méconnait l'article 3.2.5 des dispositions communes à toutes les zones du règlement annexé au PLU-H de la métropole de Lyon ;
- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article R. 111-26 du code de l'urbanisme ;
- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;
- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme.
Par des mémoires, enregistrés les 2 décembre 2022 et 24 avril 2023, M. A I, représentée par la SELAS Léga-Cité, conclut au rejet de la requête, en tant que de besoin à l'application des articles L. 600-5 ou L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge solidaire des requérants en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Par un mémoire, enregistré le 16 septembre 2024, la commune de Saint-Didier-au-Mont-d'Or, représentée par la SELARLU Jean-Marc Petit-Avocat, conclut au rejet de la requête, en tant que de besoin à l'application des articles L. 600-5 ou L. 600-5-1 du code de l'urbanisme et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge des requérants en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Par ordonnance du 23 septembre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 8 octobre 2024 à 16 h 30.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du patrimoine ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Flechet, rapporteure,
- les conclusions de M. Bodin-Hullin, rapporteur public,
- les observations de Me Moullé, représentant Mme G et autres requérants,
- les observations de Me Corbalan, substituant Me Petit, représentant la commune de Saint-Didier-au-Mont-d'Or,
- et celles de Me Couderc, représentant M. I.
Considérant ce qui suit :
1. Le 21 décembre 2021, M. I a déposé en mairie de Saint-Didier-au-Mont-d'Or une demande de permis de construire pour la réalisation d'une maison d'habitation. Par arrêté du 11 avril 2022, le maire de cette commune a délivré l'autorisation d'urbanisme ainsi sollicitée. Le recours gracieux formé par Mme G et autres requérants contre ce permis de construire ayant été rejeté par une décision implicite, ceux-ci demandent au tribunal d'annuler cette autorisation d'urbanisme et cette décision de rejet de leur recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le moyen tiré de l'obtention du permis de construire attaqué par fraude :
2. D'une part, pour l'application des règles d'urbanisme, l'état du terrain d'assiette à prendre en compte, s'agissant notamment du profil du sol naturel et des plantations situées sur ce terrain, est celui qui existait avant tous travaux entrepris pour la réalisation du projet de construction qui fait l'objet du permis de construire en cause.
3. Il ressort des pièces du dossier que, antérieurement au dépôt de la demande de permis de construire en litige, M. I a abattu plusieurs des arbres situés dans l'espace végétalisé à valoriser grevant le terrain d'assiette du projet et modifié le niveau du sol en réalisant des décaissements. Il ressort également de ces pièces, et notamment du périmètre de réalisation de ces travaux, que ceux-ci, bien qu'antérieurs à la demande d'autorisation d'urbanisme, ont été réalisés pour les besoins du projet en litige. Par suite, il appartenait à M. I d'indiquer, dans sa demande de permis de construire, l'état du terrain naturel tel qu'il existait avant ces abattages d'arbres et cette modification du terrain naturel.
4. D'autre part, la caractérisation de la fraude résulte de ce que le pétitionnaire a procédé de manière intentionnelle à des manœuvres de nature à tromper l'administration sur la réalité du projet dans le but d'échapper à l'application d'une règle d'urbanisme. Une information erronée ne peut, à elle seule, faire regarder le pétitionnaire comme s'étant livré à l'occasion du dépôt de sa demande à des manœuvres destinées à tromper l'administration.
5. Aux termes de l'article 3.2.5 des dispositions communes à toutes les zones du règlement annexé au plan local d'urbanisme et de l'habitat (PLU-H) de la métropole de Lyon : " Espace végétalisé à valoriser (EVV). Dans les espaces végétalisés à valoriser (EVV) délimités par les documents graphiques du règlement, en application des articles L. 151-23 et R. 151-43-4° du Code de l'urbanisme, les dispositions ci-après sont applicables afin d'assurer la protection, la mise en valeur ou la requalification de ces éléments de paysage, ainsi que la préservation, le maintien ou la remise en état des continuités écologiques. / Tout projet réalisé sur un terrain concerné par l'inscription d'un espace végétalisé à valoriser est conçu, tant dans son organisation, son implantation, sa qualité architecturale, que dans l'aménagement des espaces libres, en prenant en compte les caractéristiques paysagères ou la sensibilité écologique du lieu. / La configuration, l'emprise et les composantes végétales de cet espace peuvent évoluer et leur destruction partielle est admise dès lors que : - sont préservés les éléments végétalisés de qualité de cet espace, tels que les arbres de qualité au regard de leur âge ou de leur essence et les ensembles boisés qui ont un impact sur le paysage. Pour les arbres, une attention toute particulière est portée à l'implantation des constructions, travaux et ouvrages, localisés à proximité, afin de garantir, notamment par un éloignement suffisant, la préservation du système racinaire et du houppier assurant les conditions de pérennité adaptées à chaque espèce compte tenu de ses caractéristiques ; - sont mises en valeur les composantes de l'espace ayant une fonction écologique, les zones humides et les haies ; - est prise en compte la perméabilité écologique du site, notamment par l'édification de clôtures permettant la circulation de la faune et la mise en place d'espèces végétales adaptées et variées ; - en outre, en cas de destruction partielle, une compensation contribue à l'ambiance végétale et paysagère sur le terrain. / () ". L'article 4.1.3 des dispositions applicables en zone URi2 de ce règlement dispose que : " Les mouvements de terrain (affouillements, exhaussements). Les mouvements de terrain (affouillements, exhaussements), réalisés dans le cadre d'une opération d'aménagement ou de construction et nécessaires à l'implantation de constructions sont limités aux stricts besoins techniques et ne doivent pas conduire à une transformation importante du site. / En outre, l'amplitude de mouvements de terrain d'assiette de la construction, hors emprise au sol* de la construction y compris les niveaux en sous-sol et non compris les terrasses d'une hauteur supérieure à 1,20 mètre, ne doit pas excéder : - 1 mètre pour les terrains dont la pente naturelle moyenne, est inférieure à 15 % ; - 1,50 mètre pour les terrains dont la pente naturelle moyenne, est comprise entre 15 et 30 % ; - 2 mètres pour les terrains dont la pente naturelle moyenne, est supérieure à 30 %. / Toutefois, une amplitude de mouvements de terrain plus importante peut être mise en œuvre dès lors qu'elle a pour objet : - une meilleure insertion de l'opération d'aménagement ou de construction dans le site compte tenu de leurs caractéristiques respectives ; - de lutter contre les risques et les nuisances réglementés par une servitude d'utilité publique et la partie I du règlement ; - de combler les excavations non naturelles. "
6. D'abord, il ressort des pièces du dossier que la notice et le plan de masse modifiés produits et communiqués au cours de l'instruction de la demande de permis de construire en litige font état des sujets de l'espace végétalisé à valoriser (EVV) abattus antérieurement au dépôt de cette demande, le plan de masse indiquant également leur emplacement. Il n'est pas établi que la végétation supprimée ne se limiterait pas aux huit arbres mentionnés par ces pièces complémentaires. Il n'est en outre pas démontré que certains des sujets ainsi abattus, dont les requérants allèguent qu'ils étaient " remarquables ", présentaient une qualité justifiant leur conservation. Dans ces conditions, bien que le dossier de demande du permis en litige ne présente pas les caractéristiques des sujets de l'EVV abattus avant le dépôt de la demande, les requérants n'établissent pas une volonté du pétitionnaire de tromper l'administration quant à l'existence et la consistance de l'EVV existant sur le terrain d'assiette du projet en vue d'échapper à l'application de l'article 3.2.5 précité, qui autorise, sous certaines conditions, la destruction partielle des EVV.
7. Ensuite, il ressort des pièces du dossier que les éléments complémentaires qui ont été joints à la demande de permis en cours d'instruction, en particulier la notice descriptive, les plans de coupe et le plan de masse, font état des mouvements de terre réalisés sur le terrain d'assiette du projet avant le dépôt de cette demande. Ainsi, les différents plans de coupe matérialisent le profil du terrain naturel " avant 2018 " et le plan de masse comporte les cotes NGF de ce terrain naturel. Si les requérants critiquent l'exactitude de ces dernières, ainsi que celle du profil reporté sur les plans de coupe, ni le constat d'huissier procédant à des mesures approximatives de la profondeur des mouvements de terrain constatés sur le terrain d'assiette du projet, ni les vues aériennes produites ne permettent d'établir le caractère erroné des informations complémentaires ainsi portées au dossier de demande de permis de construire. A cet égard, la circonstance que le constat d'huissier indique que les cotes portées en limite de propriété, au niveau de décaissements réalisés par M. I sur le terrain des requérants, sont erronées, ne suffit pas à établir une inexactitude des cotes mentionnées sur les plans relatives à la surface du terrain d'assiette effectivement concernée par les décaissements, laquelle doit être seule prise en compte pour le contrôle du respect de l'article 4.1.3 précité du règlement de la zone URi2. Dans ces conditions, les éléments avancés par les requérants ne permettent pas de caractériser l'élément matériel de la fraude. En outre, ils ne justifient pas davantage d'une intention du pétitionnaire d'induire le service instructeur en erreur en vue d'échapper aux dispositions de cet article.
8. Enfin, à supposer que les indications des angles de vue matérialisés sur les plans joints à la demande pour exposer les vues créées par le projet sur les propriétés voisines seraient erronées, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette circonstance, qui relève du droit des tiers, aurait eu pour objet de permettre au pétitionnaire d'échapper à une règle d'urbanisme.
9. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que le permis de construire attaqué est entaché de fraude doit être écarté.
En ce qui concerne les autres moyens soulevés :
10. En premier lieu, aux termes de l'article R. 431-5 du code de l'urbanisme : " La demande de permis de construire précise : () d) La nature des travaux ; () ". En vertu de l'article R. 431-8 du même code : " Le projet architectural comprend une notice précisant : 1° L'état initial du terrain et de ses abords indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants ; 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : () ". Selon l'article R. 431-10 de ce code : " Le projet architectural comprend également : a) Le plan des façades et des toitures ; lorsque le projet a pour effet de modifier les façades ou les toitures d'un bâtiment existant, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur ; b) Un plan en coupe précisant l'implantation de la construction par rapport au profil du terrain ; lorsque les travaux ont pour effet de modifier le profil du terrain, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur ; c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ; d) Deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et, sauf si le demandeur justifie qu'aucune photographie de loin n'est possible, dans le paysage lointain. Les points et les angles des prises de vue sont reportés sur le plan de situation et le plan de masse. "
11. Les pièces jointes à la demande de permis de construire, en particulier le formulaire Cerfa, la notice descriptive et les différents plans, exposent de manière précise la nature des travaux projetés. De même, la notice mentionne les caractéristiques du terrain initial et de ses abords et indique que des arbres de l'EVV ont été abattus plusieurs années avant le dépôt de la demande et que des mouvements de terre ont été réalisés au cours de l'année 2018. Le plan de masse produit en complément, au cours de l'instruction de la demande, matérialise l'emplacement des arbres supprimés et les plans de coupe indiquent le profil du terrain naturel avant les décaissements opérés en 2018. Par ailleurs, était joint à la demande un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages. Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement, tenant compte des paysages, sont exposés dans la notice descriptive, au sein du paragraphe intitulé " II Présentation du projet ". Ainsi qu'il a été précédemment exposé, le caractère erroné des modifications apportées au profil du terrain avant le dépôt de la demande n'est pas établi et il n'est pas davantage démontré que les sujets de l'EVV abattus présentaient une qualité particulière dont il aurait dû être fait mention au dossier. Par suite, le moyen tiré du caractère insuffisant ou erroné du dossier de demande de permis de construire doit être écarté.
12. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 621-30 du code du patrimoine : " Est considéré, pour l'application du présent titre, comme étant situé dans le champ de visibilité d'un immeuble classé ou inscrit au titre des monuments historiques tout autre immeuble, nu ou bâti, visible du premier ou visible en même temps que lui et situé dans un périmètre déterminé par une distance de 500 mètres du monument. / () ". En vertu de l'article L. 621-32 de ce code : " I. ' Le permis de construire, le permis de démolir, le permis d'aménager ou l'absence d'opposition à déclaration préalable tient lieu de l'autorisation prévue au premier alinéa de l'article L. 621-31 si l'architecte des Bâtiments de France a donné son accord. / () Les auteurs de la demande sont tenus de se conformer aux prescriptions qui leur sont imposées pour la protection de l'immeuble classé ou inscrit par l'autorité administrative dans le cas prévu au troisième alinéa de l'article L. 621-31 et dans les cas prévus aux trois premiers alinéas du présent II. "
13. Il ressort des pièces du dossier que, par un avis du 20 janvier 2022, l'architecte des Bâtiments de France, consulté sur le projet qui se situe dans les abords de la chapelle Saint-Fortunat, protégée au titre des monuments historiques, a donné son accord sous réserve de deux prescriptions dont le respect est imposé par l'arrêté attaqué, l'une tendant à accompagner l'accès par l'arrière d'une clôture végétalisée, l'autre tendant à préserver, conforter, voire compenser les structures arborées ou végétales existantes afin de conserver les caractéristiques paysagères au sein d'un secteur protégé, dont le terrain d'assiette du projet couvert d'un EVV. Si cet avis a été rendu avant que les pièces complémentaires exposant que plusieurs sujets de l'EVV ont été supprimés et que des mouvements de terre ont modifié le niveau du terrain naturel n'aient été jointes à la demande, il n'est pas établi que ces éléments complémentaires auraient eu une incidence sur l'appréciation qui a été portée par l'architecte des Bâtiments de France quant à l'insertion du projet et son impact sur la chapelle protégée. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que, pour émettre son avis, cet architecte n'aurait pas pris en compte l'élément bâti patrimonial n° 8 identifié par le PLU-H de la métropole de Lyon, correspondant à la maison des requérants et au kiosque qui lui était attaché, lequel relève désormais de la propriété de M. I. En outre, cet avis se prononce bien, contrairement à ce qu'allèguent les requérants, sur l'impact du projet sur la conservation ou la mise en valeur de la chapelle Saint-Fortunat. Enfin, les requérants ne peuvent utilement reprocher à cet avis de ne pas faire état de l'atteinte du projet au château de Saint-André du Coing, dans les abords duquel la défense indique, sans être contestée, qu'il ne se situe pas. De même, l'avis n'avait pas à faire état du caractère frauduleux du précédent permis de construire, cet élément étant sans incidence sur l'appréciation portée par l'architecte des Bâtiments de France en application des dispositions précitées. Par suite, le moyen, soulevé, par la voie de l'exception, tiré de l'illégalité de l'avis de l'architecte des Bâtiments de France doit être écarté en toutes ses branches.
14. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet est couvert par un espace végétalisé à valoriser (EVV). Les requérants ne peuvent utilement soutenir que la consistance de l'EVV doit être appréciée dans son état existant avant la réalisation de la villa située à l'est, seul l'impact sur l'EVV des travaux autorisés par le permis de construire attaqué devant être contrôlé. S'agissant de la portion de l'EVV concernée par le projet en litige, si sept des sujets composant cet espace ont été supprimés, les requérants ne démontrent pas que certains d'entre eux, en particulier un cèdre, étaient de qualité. Le magnolia et deux arbres fruitiers existants seront par ailleurs conservés. En outre, la destruction partielle de cet espace sera compensée par la plantation d'un minimum de huit arbres de moyenne et haute tige dont les essences seront adaptées à la région (cèdre, cerisier, érable, chêne et sorbier). Ont également été prévus, au titre des nouvelles plantations, six arbres fruitiers, plusieurs haies ainsi que trois autres sujets dont l'espèce n'est pas indiquée. Il n'est pas établi que cette compensation ne contribuerait pas à l'ambiance végétale et paysagère du terrain. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3.2.5 du règlement, cité au point 5 ci-dessus, doit être écarté.
15. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet, qui comporte déjà une construction, est desservi par une voie privée débouchant sur l'avenue Jean Jaurès, grâce à une servitude de passage grevant la parcelle des requérants. De même, le raccordement du terrain d'assiette du projet aux réseaux publics d'électricité, d'eau potable et d'eaux usées est permis par une servitude de tréfonds suivant le même tracé. La contestation soulevée par les requérants quant à l'étendue de ces servitudes de passage et de tréfonds, qu'ils allèguent avoir consenti pour la desserte, non pas de deux villas, mais d'une seule maison, est sans incidence sur la légalité du permis de construire, qui est délivré sous réserve du droit des tiers.
16. En cinquième lieu, aux termes de l'article R. 111-26 du code de l'urbanisme : " Le permis ou la décision prise sur la déclaration préalable doit respecter les préoccupations d'environnement définies aux articles L. 110-1 et L. 110-2 du code de l'environnement. Le projet peut n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si, par son importance, sa situation ou sa destination, il est de nature à avoir des conséquences dommageables pour l'environnement. Ces prescriptions spéciales tiennent compte, le cas échéant, des mesures mentionnées à l'article R. 181-43 du code de l'environnement. ". Cet article ne permet pas à l'autorité administrative de refuser un permis de construire, mais seulement de l'accorder sous réserve du respect de prescriptions spéciales relevant de la police de l'urbanisme, telles que celles relatives à l'implantation ou aux caractéristiques des bâtiments et de leurs abords, si le projet de construction est de nature à avoir des conséquences dommageables pour l'environnement.
17. En se bornant à invoquer l'abattage de plusieurs arbres, dont un cèdre centenaire, sans même détailler les caractéristiques de l'écosystème en place sur le terrain d'assiette avant la suppression des végétaux existants, les requérants n'établissent pas que le projet, dont ils soulignent qu'il ne prévoit que la plantation de jeunes sujets, porterait une atteinte à l'environnement, notamment à la biodiversité. En outre, ils n'avancent aucune prescription spéciale relevant de la police de l'urbanisme, telles que celles relatives à l'implantation ou aux caractéristiques des bâtiments et de leurs abords, qui auraient permis d'éviter, réduire ou compenser les éventuelles conséquences dommageables du projet pour l'environnement. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation commise par le maire dans l'application des dispositions précitées de l'article R. 111-26 du code de l'urbanisme doit donc être écarté.
18. En sixième lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. "
19. En se bornant à invoquer la présence d'un mur de soutènement au droit de la route de Limonest, en contrebas du terrain d'assiette dont le fort dénivelé a été modifié par les décaissements réalisés par le pétitionnaire avant le dépôt de sa demande de permis, et l'absence de toute étude de sécurité déterminant les précautions à prendre pour éviter tout risque d'effondrement de ce mur sur la voie publique, les requérants n'établissent pas que le projet porte une atteinte à la sécurité publique, alors au surplus que le terrain d'assiette ne se situe pas dans le périmètre de la zone de prévention " Mouvements de terrain " identifiée au PLU-H. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation commise à cet égard par le maire doit, par suite, être écarté.
20. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. ".
21. Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet se situe dans une zone à dominante résidentielle, comportant des maisons de maître mais également des villas à l'architecture contemporaine. Bien que le projet se situe à proximité immédiate de la maison des requérants, identifiée, avec le kiosque qui lui était attaché, comme élément bâti patrimonial par le PLU-H de la métropole de Lyon, ainsi que dans les abords de la chapelle Saint-Fortunat, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'aspect contemporain de la villa projetée, en particulier sa forme épurée et la vaste baie vitrée, créerait une rupture avec l'environnement bâti. Le projet prévoit par ailleurs, en vue de se fondre dans l'environnement arboré caractérisant le secteur, la plantation de plusieurs arbres et qu'une superficie de plus de 600 m² sera traitée en espaces verts de pleine terre. Il a en outre été autorisé sous réserve de préserver les structures arborées et végétales existantes. Si les requérants soutiennent que le projet obstrue la vue, depuis ledit élément bâti patrimonial, vers les paysages des Monts d'Or, il ne ressort pas des pièces du dossier, et n'est pas même allégué, que cette perspective serait protégée ou, à tout le moins, identifiée comme présentant un intérêt particulier par le document d'urbanisme. Enfin, l'implantation de la villa contemporaine envisagée, sur un terrain soutenu par un mur en pierres apparentes qui sera conservé, ne porte pas atteinte à l'intérêt des lieux avoisinants, comportant des murets en pierres mais également des clôtures aux caractéristiques plus modernes. Le maire n'a, par suite, pas commis d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme en délivrant le permis de construire attaqué.
22. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme G et autres requérants doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
23. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par Mme G et autres au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens soit mise à la charge de la commune de Saint-Didier-au-Mont-d'Or, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge des requérants la somme demandée par la commune de Saint-Didier-au-Mont-d'Or et M. I, au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.
24. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées par les requérants à ce titre doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme G et autres requérants est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Saint-Didier-au-Mont-d'Or et M. I en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D G, représentante unique, à la commune de Saint-Didier-au-Mont-d'Or et à M. A I.
Délibéré après l'audience du 21 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Jean-Pascal Chenevey, président,
Mme Marine Flechet, première conseillère,
Mme Flore-Marie Jeannot, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.
La rapporteure,
M. Flechet
Le président,
J.-P. Chenevey
La greffière,
S. Saadallah
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
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