Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2208573

mardi 22 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2208573
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a examiné la requête de Mme B contestant le refus implicite de l'Agence nationale de l'habitat (Anah) d'inclure les travaux d'isolation des rampants de toiture dans le calcul de sa prime "MaPrimeRénov'". Le tribunal a jugé que l'Anah ne pouvait pas écarter ces travaux au seul motif que la résistance thermique du matériau isolant correspondait à un seuil applicable aux combles perdus, dès lors que le procédé d'isolation utilisé était différent. En conséquence, la décision implicite de rejet a été annulée. La solution retenue s'appuie sur l'article 15 de la loi de finances pour 2020, le décret n° 2020-26 du 14 janvier 2020 et l'arrêté du 17 novembre 2020 relatifs à la prime de transition énergétique.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 18 novembre 2022, Mme A B demande au tribunal d'annuler la décision implicite par laquelle la directrice générale de l'Agence nationale de l'habitat a rejeté le recours administratif préalable obligatoire dirigé contre la décision du 21 mai 2021 lui accordant une prime de transition énergétique d'un montant de 3 771,30 euros seulement dans le cadre du dispositif " MaPrimeRénov' ".

Elle soutient que les travaux d'isolation concernent, non seulement des plafonds de combles perdus à hauteur de 1 140,82 euros, mais également des rampants de toiture pour un montant de 2 629,60 euros et sont, dans cette mesure, éligibles à la prime de transition énergétique.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 septembre 2024, l'Agence nationale de l'habitat conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que le moyen présenté par Mme B n'est pas fondé.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code général des impôts ;

- la loi n° 2019-1479 du 28 décembre 2019 de finances pour 2020 ;

- le décret n° 2020-26 du 14 janvier 2020 relatif à la prime de transition énergétique ;

- l'arrêté du 14 janvier 2020 relatif à la prime de transition énergétique ;

- l'arrêté du 17 novembre 2020 relatif aux caractéristiques techniques et modalités de réalisation des travaux et prestations dont les dépenses sont éligibles à la prime de transition énergétique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Gros, première conseillère,

- et les conclusions de Mme Tocut, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B a sollicité l'octroi d'une prime de transition énergétique au titre de l'isolation de plafonds de combles et de rampants de toiture, de l'installation d'un poêle à granulés et de l'isolation des murs par l'intérieur. Par une décision du 21 mai 2021, la directrice générale de l'Agence nationale de l'habitat lui a accordé une subvention d'un montant de 3 771,30 euros au titre des seuls travaux d'installation d'un poêle à granulés et d'isolation des murs par l'intérieur. Mme B a formé un recours administratif préalable obligatoire contre cette décision en tant qu'elle écarte les travaux d'isolation des rampants de toiture. Elle doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler la décision implicite, née le 22 septembre 2022, par laquelle la directrice générale de l'Agence nationale de l'habitat a rejeté ce recours.

2. Aux termes de l'article 15 de la loi n° 2019-1479 du 28 décembre 2019 visée ci-dessus, dans sa rédaction applicable au litige : " () II.- Il est créé une prime de transition énergétique destinée à financer, sous conditions de ressources, des travaux et dépenses en faveur de la rénovation énergétique des logements. () / La prime de transition énergétique est attribuée pour le compte de l'Etat par l'agence mentionnée à l'article L. 321-1 du code de la construction et de l'habitation. () ". Conformément à l'annexe 1 du décret du 14 janvier 2020 visé ci-dessus, donnent lieu au versement de la prime de transition énergétique les dépenses d'isolation des rampants de toiture et des plafonds de combles lorsqu'elles répondent aux critères techniques fixés par l'arrêté du 17 novembre 2020 visé ci-dessus et aux exigences du décret du 14 janvier 2020. L'article 11 de l'arrêté du 17 novembre 2020 dispose que : " L'isolation thermique des rampants de toiture et plafonds de combles, mentionnée au 11 de l'annexe 1 du décret du 14 janvier 2020 précité, est réalisée à l'aide de procédés d'isolation. / Un procédé d'isolation est constitué de l'association d'un matériau isolant et de dispositifs de fixation et de protection (tels que des revêtements, parements, membranes continues si nécessaire) contre des dégradations liées à son exposition aux environnements extérieurs et intérieurs (telles que le rayonnement solaire, le vent, la pluie, la neige, les chocs, l'humidité, le feu), en conformité avec les règles de l'art. / Les matériaux isolants utilisés à l'intérieur des procédés d'isolation destinés à l'isolation thermique des rampants de toiture et plafonds de combles possèdent une résistance thermique supérieure ou égale à : / 6 mètres carrés Kelvin par watt (m2. K/ W) pour les logements situés en métropole ; () ".

3. Mme B soutient que contrairement aux mentions du devis produit à l'appui de sa demande, qu'elle a fait rectifier, les travaux d'isolation des rampants de toiture réalisés dans la chambre de Julien pour un montant de 2 629,20 euros ne concernent pas des combles perdus et ouvrent, ainsi, droit au bénéfice de la prime de transition énergétique. Alors que, contrairement à ce que soutient l'Agence nationale de l'habitat, le procédé utilisé (isolation par panneau semi-rigide de laine de verre revêtu kraft collé d'une épaisseur de 240 mm en deux couches avec pare vapeur) n'est pas le même que pour les travaux d'isolation prévus dans la chambre d'Antonin (isolation en laine de verre déroulée sur solives d'une épaisseur de 300 mm), dont les parties conviennent qu'ils portent sur des combles perdus, la seule circonstance que la résistance thermique du matériau isolant, identique dans les deux cas, soit supérieure au seuil de 7 m2. K/W anciennement exigé par l'article 18 bis de l'annexe IV du code général des impôts pour bénéficier du crédit d'impôt pour la transition énergétique au titre de l'isolation des planchers de combles perdus, et non des rampants de toiture, ne permet pas, par elle-même, de considérer que les travaux litigieux concerneraient des combles perdus. Par suite, et en tout état de cause, Mme B est fondée à soutenir que c'est à tort que l'Agence nationale de l'habitat les a écartés pour ce motif.

4. Il résulte de ce qui précède que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision implicite, née le 22 septembre 2022, par laquelle la directrice générale de l'Agence nationale de l'habitat a rejeté le recours administratif préalable obligatoire dirigé contre la décision du 21 mai 2021 lui accordant une prime de transition énergétique d'un montant de 3 771,30 euros en tant qu'elle ne prend pas en compte les travaux d'isolation des rampants de toiture d'un montant de 2 629,20 euros.

D E C I D E:

Article 1er : La décision implicite, née le 22 septembre 2022, par laquelle la directrice générale de l'Agence nationale de l'habitat a rejeté le recours administratif préalable obligatoire dirigé contre la décision du 21 mai 2021 accordant à Mme B une prime de transition énergétique d'un montant de 3 771,30 euros en tant qu'elle ne prend pas en compte les travaux d'isolation des rampants de toiture d'un montant de 2 629,20 euros est annulée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à l'Agence nationale de l'habitat.

Délibéré après l'audience du 8 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Clément, président,

Mme Duca, première conseillère,

Mme Gros, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 octobre 2024.

La rapporteure,

R. Gros

Le président,

M. Clément La greffière,

A. Calmès

La République mande et ordonne à la ministre de la transition écologique, de l'énergie, du climat et de la prévention des risques, à la ministre du logement et de la rénovation urbaine et au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui les concernent ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,