Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2208903

mercredi 30 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2208903
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Lyon a rejeté la requête de Mme B, ressortissante guinéenne, qui contestait l'arrêté du 2 novembre 2022 de la préfète de l'Ain refusant son titre de séjour. La requérante invoquait une atteinte excessive à sa vie privée et familiale, mais le tribunal a estimé que la décision ne violait ni l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme ni l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, faute d'insertion sociale ou professionnelle suffisante et en raison de son maintien irrégulier en France. La solution retenue est le rejet de l'intégralité des conclusions, y compris les demandes d'injonction et de frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 28 novembre 2022 et le 30 août 2023, Mme C A épouse B, représentée par la société d'avocats Duflot et Associés, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 novembre 2022 par lequel la préfète de l'Ain a rejeté sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain de réexaminer sa demande ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que cette décision porte une atteinte excessive à sa vie privée et familiale et que c'est à tort que sa demande n'a pas été instruite sous l'angle du regroupement familial.

Par des mémoires en défense enregistré les 20 janvier et 9 octobre 2023, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 7 avril 2023.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Le président de la formation de jugement ayant dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lacroix,

- et les observations de Me Cusin-Rollet pour la requérante.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissante guinéenne née en 1999, Mme B conteste la décision du 2 novembre 2022 par laquelle la préfète de l'Ain a rejeté sa demande de titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories () qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

3. Pour rejeter la demande de titre de séjour présentée par Mme B sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète de l'Ain, comme il lui était loisible de le faire et sans entacher ainsi sa décision de l'erreur de droit qui est alléguée, s'est fondée sur la circonstance que la requérante entrait dans les catégories ouvrant droit au regroupement familial et ne répondait dès lors pas aux conditions posées par ces dispositions.

4. Au soutien de sa contestation de la décision du 2 novembre 2022, Mme B se prévaut de l'ancienneté de sa présence et de l'importance de ses attaches en France, où elle est entrée en 2018, où elle vit depuis quatre années en compagnie d'un ressortissant ivoirien séjournant régulièrement en France qu'elle a épousé au mois de juillet 2022 et où sont nés leurs deux enfants en 2019 et 2021. Toutefois, Mme B ne justifie pas d'une insertion sociale ou professionnelle particulière en France et, ainsi que le relève la décision en litige, s'y est maintenue irrégulièrement en dépit du refus de titre de séjour qui lui a été précédemment opposé au mois d'avril 2020. Dans ces conditions et compte tenu du motif et des effets du refus de titre de séjour en litige, cette décision ne peut être regardée comme portant une atteinte disproportionnée au droit de la requérante au respect de sa vie privée et familiale en violation des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête dirigées contre la décision du 2 novembre 2022 doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête de Mme B à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre de l'Etat, qui n'est pas partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A épouse B et à la préfète de l'Ain.

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gille, président,

Mme Lacroix, première conseillère,

Mme Reniez, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 octobre 2024.

La rapporteure,

A. LacroixLe président,

A. Gille

La greffière,

K. Schult

La République mande et ordonne au préfet de l'Ain en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier