Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2209092

vendredi 13 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2209092
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation8ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a annulé la décision implicite de rejet de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) refusant à Mme B le bénéfice des conditions matérielles d'accueil pour sa fille. La juridiction a jugé que cette décision était illégale car elle n'était pas motivée, l'OFII n'ayant pas répondu à la demande de communication des motifs de la requérante. Le tribunal a enjoint à l'OFII de réexaminer la demande de Mme B dans un délai de deux mois, sans astreinte. Cette solution s'appuie sur les articles D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés le 6 décembre 2022 et le 16 juin 2023, Mme C B, représentée par Me Paquet, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet née le 2 mai 2022 du silence conservé par le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) sur son recours tendant à ce qu'elle bénéficie des conditions matérielles d'accueil au titre de sa fille A ;

2°) d'enjoindre à l'OFII de lui verser le montant de l'allocation pour demandeur d'asile qui lui est dûe à compter du 1er novembre 2021 assorti des intérêts légaux et de leur capitalisation, dans le délai de 48 heures et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de la décision attaquée ;

- la décision attaquée ne satisfait pas à l'exigence de motivation et résulte d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- le refus critiqué est entaché d'un vice de procédure dès lors qu'elle n'a pas bénéficié d'un entretien visant à évaluer sa vulnérabilité ;

- la décision en litige méconnaît les dispositions de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale ainsi que les articles L. 741-1 et L. 744-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et résulte d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision méconnaît l'intérêt supérieur de ses enfants protégé par les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 mai 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été fixée au 5 juin 2024 par une ordonnance du 22 mai précédent.

Vu le mémoire produit pour la requérante, enregistré le 5 juin 2024.

Vu les pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Richard-Rendolet ;

- et les conclusions de Mme de Mecquenem, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissante nigériane née en 1994, Mme B demande l'annulation de la décision implicite de refus née du silence conservé par le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) sur son recours préalable tendant au bénéfice des conditions matérielles d'accueil au titre de la demande d'asile de sa fille A.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-15 est écrite, motivée et prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle prend effet à compter de sa signature. / Dans un délai de deux mois à compter de la notification de cette décision, le bénéficiaire peut introduire un recours devant le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à peine d'irrecevabilité du recours contentieux (). / Le directeur général de l'office dispose d'un délai de deux mois pour statuer. A défaut, le recours est réputé rejeté. Toute décision de rejet doit être motivée ". Aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande () ".

3. Il est constant qu'en vue de se voir accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, Mme B a saisi le directeur général de l'OFII le 2 mars 2022 du recours préalable prévu par l'article D. 551-17 cité ci-dessus du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et une décision implicite de rejet est née du silence conservé deux mois sur cette demande. Alors qu'une telle décision doit être motivée en vertu notamment des dispositions de ce même article D. 551-17, Mme B a sollicité la communication des motifs du rejet implicite ainsi opposé à sa demande par une lettre reçue le 12 mai 2022. Alors qu'il est constant que l'OFII n'a pas répondu à cette demande de communication, la décision contestée doit être regardée comme ne répondant pas à l'exigence de motivation. Dans ces conditions, Mme B est fondée à soutenir que la décision portant refus de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil est entachée d'illégalité et à en demander l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

4. Eu égard à ses motifs, l'exécution du présent jugement implique seulement qu'il soit procédé au réexamen de la demande de Mme B et qu'il soit statué sur celle-ci. Il y a lieu d'adresser une injonction en ce sens au directeur général de l'OFII et, dans les circonstances de l'espèce, de lui impartir un délai de deux mois pour s'y conformer, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction de l'astreinte qui est demandée.

Sur les frais liés au litige :

5. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'OFII le versement de la somme de 1 000 euros à Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : La décision implicite du directeur général de l'OFII portant refus d'accorder les conditions matérielles d'accueil à Mme B est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au directeur général de l'OFII de procéder au réexamen de la demande de Mme B et de statuer sur celle-ci dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'OFII versera la somme de 1 000 euros à Mme B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 8 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gille, président,

M. Richard-Rendolet, premier conseiller,

Mme Feron, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 septembre 2024.

Le rapporteur,

F-X. Richard-RendoletLe président,

A. Gille

La greffière,

L. Khaled

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier