Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2209637
jeudi 19 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2209637 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL ALTIUS AVOCATS |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 23 décembre 2022, M. A B, représenté par la SELARL Altius Avocats, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 10 novembre 2022 par laquelle le maire de Bron a retiré le permis de construire qui lui avait été accordé le 16 juillet 2019 pour la construction d'une maison sur un terrain situé rue Léon Bourgeois ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Bron la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée en droit ;
- elle est entachée d'illégalité, la fraude n'étant pas caractérisée ; la seule non-conformité du projet à l'autorisation d'urbanisme délivrée n'est pas de nature à établir l'existence d'une fraude ; il pouvait d'ailleurs solliciter la délivrance d'un permis de construire modificatif ; en outre, aucune disposition du règlement annexé au plan local d'urbanisme et de l'habitat (PLU-H) de la métropole de Lyon, dans sa version alors en vigueur, ne faisait obstacle à la construction de plusieurs logements sur le terrain d'assiette, de sorte que les manœuvres alléguées n'ont pas eu pour objet de contourner la réglementation applicable ;
- elle méconnaît l'autorité de chose jugée s'attachant au jugement du 20 juin 2019 par lequel le tribunal administratif de Lyon a enjoint au maire de Bron de délivrer le permis de construire ainsi retiré ;
- elle est entachée d'un détournement de procédure, l'irrégularité ainsi constatée relevant de la procédure d'infraction aux règles de l'urbanisme.
Par ordonnance du 9 octobre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 23 octobre 2024 à 16 h 30.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Flechet,
- les conclusions de M. Bodin-Hullin, rapporteur public,
- et les observations de Me Bolleau, représentant M. B, requérant.
M. D, directeur de l'aménagement urbain, et M. C, directeur des affaires juridiques et de la commande publique, représentant la commune de Bron, n'ont pas été autorisés à présenter des observations, cette commune n'ayant produit aucun mémoire en défense.
Considérant ce qui suit :
1. M. B a déposé en mairie de Bron, le 1er mars 2018, une demande de permis de construire en vue de l'édification d'une maison d'habitation et de la modification de clôtures sur un terrain situé rue Léon Bourgeois. Par un jugement du 20 juin 2019, le tribunal a annulé l'arrêté du 26 avril 2018 par lequel le maire de Bron avait refusé de faire droit à cette demande et a enjoint à ce dernier de délivrer le permis de construire sollicité. L'autorisation d'urbanisme a ainsi été accordée le 16 juillet 2019. Toutefois, par décision du 10 novembre 2022, dont M. B demande l'annulation, le maire de Bron a ensuite retiré ce permis de construire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme : " Le permis de construire, d'aménager ou de démolir, tacite ou explicite, ne peut être retiré que s'il est illégal et dans le délai de trois mois suivant la date de cette décision. Passé ce délai, le permis ne peut être retiré que sur demande explicite de son bénéficiaire. / () ". En outre, un acte administratif obtenu par fraude ne créant pas de droits, il peut être abrogé ou retiré par l'autorité compétente pour le prendre, alors même que le délai qui lui est normalement imparti à cette fin serait expiré.
3. D'une part, un permis de construire ne peut faire l'objet d'un retrait, une fois devenu définitif, qu'au vu d'éléments, dont l'administration a connaissance postérieurement à la délivrance du permis, établissant l'existence d'une fraude à la date où il a été délivré. La caractérisation de la fraude résulte de ce que le pétitionnaire a procédé de manière intentionnelle à des manœuvres de nature à tromper l'administration sur la réalité du projet dans le but d'échapper à l'application d'une règle d'urbanisme.
4. D'autre part, un permis de construire n'a d'autre objet que d'autoriser la construction d'immeubles conformes aux plans et indications fournis par le pétitionnaire. La circonstance que ces plans et indications pourraient ne pas être respectés ou que ces immeubles risqueraient d'être ultérieurement transformés ou affectés à un usage non conforme aux documents et aux règles générales d'urbanisme n'est pas, par elle-même, sauf le cas d'éléments établissant l'existence d'une fraude à la date de la délivrance du permis, de nature à affecter la légalité de celui-ci.
5. Le permis de construire délivré à M. B le 16 juillet 2019 portait sur la réalisation d'une maison habitation. S'il ressort des pièces du dossier que les travaux effectués en exécution de cette autorisation d'urbanisme ont eu pour objet de créer, non pas une maison d'habitation, mais 3 logements dans le bâtiment, cette seule circonstance ne suffit pas à caractériser une volonté du pétitionnaire de porter au dossier de demande du permis de construire des déclarations inexactes destinées à tromper l'administration, alors même que le nombre de logements aurait eu une incidence sur la conformité du projet aux dispositions d'urbanisme relatives au stationnement. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que la fraude ayant justifié le retrait du permis de construire dont il était bénéficiaire n'est pas caractérisée.
6. En second lieu, par le jugement n° 1805370 du 20 juin 2019, le tribunal a annulé l'arrêté du 26 avril 2018 par lequel le maire de Bron avait opposé au requérant un refus de permis de construire sur la demande de construction d'une maison d'habitation, aux motifs que ce refus méconnaissait les dispositions des articles 3 UD et 11 UD du règlement du plan local d'urbanisme de la métropole de Lyon. Il a en outre, après avoir ainsi censuré l'ensemble des motifs opposés par le maire de Bron dans sa décision, réputée exhaustive, constaté qu'il ne résultait pas de l'instruction que des dispositions d'urbanisme en vigueur à la date de l'arrêté attaqué interdiraient d'accueillir les conclusions à fin d'injonction présentées par le requérant ou que la situation de fait existant à la date du jugement y ferait obstacle et, en conséquence, enjoint au maire de Bron de délivrer l'autorisation d'urbanisme sollicitée par M. B. Dans ces conditions, en retirant le permis de construire ainsi délivré sur injonction du tribunal, alors que la fraude alléguée ne constitue pas une circonstance de fait nouvelle, mais seulement un élément nouveau qui aurait existé à la date de la décision, le maire de Bron a méconnu l'autorité absolue de la chose jugée qui s'attache au jugement du 20 juin 2019.
7. Pour l'application des dispositions de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen de la requête n'est, en l'état du dossier, de nature à justifier l'annulation de la décision contestée.
8. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 10 novembre 2022 par laquelle le maire de Bron a retiré l'autorisation d'urbanisme dont il était titulaire.
Sur les frais liés au procès :
9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de la commune de Bron, partie perdante, la somme de 1 400 euros à verser à M. B au titre des frais exposés par ce dernier.
DÉCIDE :
Article 1er : La décision du 10 novembre 2022 par laquelle le maire de Bron retiré le permis de construire accordé le 16 juillet 2019 à M. B est annulée.
Article 2 : La commune de Bron versera à M. B une somme de 1 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Bron.
Délibéré après l'audience du 5 décembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Jean-Pascal Chenevey, président,
Mme Marine Flechet, première conseillère,
Mme Flore-Marie Jeannot, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 19 décembre 2024.
La rapporteure,
M. Flechet
Le président,
J.-P. Chenevey
La greffière,
G. Reynaud
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
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