Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2300085

mardi 17 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2300085
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a rejeté la requête de M. A B contestant le refus du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) de lui délivrer une autorisation préalable d'accès à une formation d'agent privé de sécurité. Le tribunal a jugé que la procédure contradictoire prévue à l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration n'était pas applicable, la décision étant prise sur demande de l'intéressé. Sur le fond, il a estimé que le CNAPS avait légalement pu se fonder sur les dispositions des articles L. 612-22 et L. 612-20 du code de la sécurité intérieure pour refuser l'autorisation, en raison de condamnations pénales du requérant incompatibles avec l'exercice de la profession. La solution retenue est le rejet de la demande d'annulation.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 2 janvier 2023 et 8 avril 2024, M. A B demande au tribunal d'annuler la décision du 9 novembre 2022 par laquelle le Conseil national des activités privées de sécurité a refusé de lui délivrer une autorisation préalable d'accès à une formation pour l'exercice de la profession d'agent privé de sécurité.

Il soutient que :

- le Conseil national des activités privées de sécurité ne peut refuser une autorisation sans inviter l'intéressé à présenter ses observations conformément à l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il a fait appel de la condamnation prononcée à son encontre, elle n'est pas définitive et il est présumé innoncent jusqu'à preuve du contraire ;

- il n'a pas été condamné pour certains motifs mentionnés dans la décision attaquée et certains de ces motifs sont faux ;

- il n'a été condamné que pour un seul fait en dix-neuf ans de service ;

- les faits pour lesquels il a été condamné sont anciens, cet incident ne lui interdit pas de travailler dans le domaine de la sécurité.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 juillet 2024, le Conseil national des activités privées de sécurité conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 6 août 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 28 août 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Bardad, première conseillère ;

- les conclusions de Mme Collomb, rapporteure publique ;

- et les observations de M. B, requérant.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B a sollicité, le 8 septembre 2022, une autorisation préalable d'accès à une formation pour l'exercice de la profession d'agent privé de sécurité. Par une décision du 9 novembre 2022, le Conseil national des activités privées de sécurité, a rejeté sa demande. M. B demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ".

3. Si M. B soutient que la décision du Conseil national des activités privées de sécurité est intervenue sans procédure contradictoire préalable, la décision attaquée du 9 novembre 2022 est intervenue sur sa demande. Toutefois, l'obligation instituée par les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration n'est pas applicable à une décision relative à une autorisation préalable d'accès à une formation pour l'exercice de la profession d'agent privé de sécurité prise sur demande présentée par l'intéressé lui-même. Par ailleurs, aucune autre disposition législative, ni aucune disposition règlementaire, n'impose une telle obligation procédurale au Conseil national des activités privées de sécurité lorsqu'il examine une demande d'autorisation. Par suite, M. B n'est, en tout état de cause, pas fondé à soutenir qu'il n'a pas été mis à même à faire valoir ses observations avant l'intervention de la décision du Conseil national des activités privées de sécurité du 9 novembre 2022.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de la sécurité intérieure : " Sont soumises aux dispositions du présent titre, dès lors qu'elles ne sont pas exercées par un service public administratif, les activités qui consistent : / 1° A fournir des services ayant pour objet la surveillance humaine ou la surveillance par des systèmes électroniques de sécurité ou le gardiennage de biens meubles ou immeubles ainsi que la sécurité des personnes se trouvant dans ces immeubles ; (). ". Aux termes de l'article L. 612-22 de ce code : " L'accès à une formation en vue d'acquérir l'aptitude professionnelle est soumis à la délivrance d'une autorisation préalable, fondée sur le respect des conditions fixées aux 1°, 2°, 3°, 4° et 4° bis de l'article L. 612-20. ". Aux termes de l'article L. 612-20 du même code : " Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 : () / 2° S'il résulte de l'enquête administrative, ayant le cas échéant donné lieu à consultation, par des agents du Conseil national des activités privées de sécurité spécialement habilités par le représentant de l'Etat territorialement compétent et individuellement désignés, des traitements de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 31 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification, que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions susmentionnées ; () ".

5. Il résulte des dispositions précitées que lorsqu'elle est saisie d'une demande d'autorisation préalable d'accès à une formation pour l'exercice de la profession d'agent privé de sécurité, l'autorité administrative compétente procède à une enquête administrative. Cette enquête, qui peut notamment donner lieu à la consultation du traitement automatisé de données à caractère personnel mentionné à l'article R. 40-42 du code de procédure pénale, vise à déterminer si le comportement ou les agissements de l'intéressé sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat, et s'ils sont ou non compatibles avec l'exercice des fonctions d'agent privé de sécurité. Pour ce faire, l'autorité administrative procède, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, à une appréciation globale de l'ensemble des éléments dont elle dispose. A ce titre, si la question de l'existence de poursuites ou de sanctions pénales est indifférente, l'autorité administrative est en revanche amenée à prendre en considération, notamment, les circonstances dans lesquelles ont été commis les faits qui peuvent être reprochés au pétitionnaire ainsi que la date de leur commission.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été condamné, par un jugement du tribunal correctionnel de Villefranche-sur-Saône du 21 juin 2022, à une peine de douze mois d'emprisonnement avec sursis, une interdiction d'exercer l'activité professionnelle de surveillant pénitentiaire pour une durée de deux ans, à une provision de 1 000 euros à valoir sur l'indemnisation du préjudice de la victime et à verser 1 500 euros au conseil de la victime au titre de l'article 37 de la loi du 11 juillet 1991, pour des faits de violence par une personne dépositaire de l'autorité publique suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours, commis à Villefranche-sur-Saône (Rhône), le 20 novembre 2020. En outre, il ressort de l'enquête administrative qu'il a été mis en cause pour des faits de subornation d'un témoin d'un accident du travail pour altérer la vérité, faux dans un document administratif par un dépositaire de l'autorité publique commis à Villefranche-sur-Saône (Rhône), le 20 novembre 2020, et des faits de menace ou acte d'intimidation pour déterminer une victime à ne pas porter plainte ou se rétracter commis à Villefranche-sur-Saône (Rhône), le 11 décembre 2020. Alors que la décision de refus est fondée sur ces faits constatés au cours de l'enquête administrative, le requérant se borne à soutenir que certains motifs de la décision attaquée sont faux sans produire d'éléments de nature à établir ses allégations. En l'espèce, le Conseil national des activités privées de sécurité pouvait légalement fonder sa décision sur les résultats d'une enquête administrative intégrant la consultation du système de traitement automatisé des infractions constatées en application des dispositions précitées du 2° de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure quand bien même certains faits n'auraient pas fait l'objet d'une condamnation dès lors que M. B n'apporte aucun élément de nature à les remettre en cause. Par ailleurs, la décision attaquée ne constituant pas une sanction, mais une mesure de police administrative, M. B, qui indique avoir fait appel de sa condamnation, ne peut utilement se prévaloir du principe de la présomption d'innocence édicté par le paragraphe 2 de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dans ces conditions, compte tenu de la nature, de la gravité et du caractère récent des faits reprochés à M. B à la date de la décision attaquée, faits dont la matérialité doit être regardée comme établie alors même qu'ils n'auraient pas fait l'objet d'une condamnation définitive, le directeur du Conseil national des activités privées de sécurité a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation ni faire une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 612-22 du code de la sécurité intérieure combinées avec celles du 2° de l'article L. 612-20 de ce code, estimer que le comportement du requérant était incompatible avec la formation envisagée d'agent privé de sécurité, en dépit des conséquences de cette décision sur la situation personnelle et professionnelle de l'intéressé,.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B et au Conseil national des activités privées de sécurité.

Délibéré après l'audience le 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Segado, président,

Mme Bardad, première conseillère,

Mme Boulay, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.

La rapporteure,

N. BardadLe président,

J. Segado

La greffière,

F. Abdillah

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Une greffière,