Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2300762

vendredi 4 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2300762
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a rejeté la requête de M. B, ressortissant bosnien, qui contestait la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour. Le tribunal a écarté le moyen tiré du défaut de motivation, faute pour le requérant d'avoir sollicité la communication des motifs de la décision implicite. Il a également jugé inopérant le moyen tiré du défaut d'examen particulier de sa situation. Enfin, le tribunal a estimé que les moyens fondés sur la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3 de la Convention internationale des droits de l'enfant n'étaient pas établis.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 janvier 2023, M. A B, représenté par Me Gillioen, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé pendant plus quatre mois par le préfet du Rhône sur la demande de titre de séjour qu'il a présentée le 12 mai 2017 ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de répondre à sa demande de titre de séjour dans un délai n'excédant pas un mois, à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 300 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le préfet du Rhône a entaché sa décision d'un défaut d'examen ;

- cette décision ne comporte aucune motivation ;

- il remplit les conditions pour pouvoir bénéficier d'une admission exceptionnelle au séjour ; la décision en litige méconnaît les dispositions de l'article L.313-14 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ; elle est également entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée, le 9 février 2023, à la préfète du Rhône qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Le rapport de Mme Dèche a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant bosnien, né le 10 octobre 1977, est entré en France, le 22 janvier 2015, accompagné de son épouse et de leurs deux enfants mineurs et le 12 mai 2017, il a présenté une demande de titre de séjour. Il demande au tribunal d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé par le préfet du Rhône sur cette demande de titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 311-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction alors applicable : " Le silence gardé par l'administration sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ". Aux termes de l'article R. 311-12-1 du même code : " La décision implicite mentionnée à l'article R. 311-12 naît au terme d'un délai de quatre mois ". Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Aux termes de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".

3. En vertu de ces dispositions, la décision refusant la délivrance d'une carte de séjour temporaire constitue une mesure de police qui est au nombre de celles qui doivent être motivées. Par suite, il est loisible à l'intéressé de demander, dans le délai du recours contentieux, les motifs de la décision implicite ayant le même objet. En l'absence de communication de ces motifs dans le délai d'un mois, la décision implicite se trouve alors entachée d'illégalité pour défaut de motivation.

4. M. B n'établit pas, par les pièces qu'il produit, avoir sollicité la communication des motifs de la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour en application de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration. Il n'est donc pas fondé à soutenir que cette décision serait illégale à défaut d'être motivée. En outre, en l'absence de tout examen, le moyen tiré de ce que l'autorité administrative n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation est également inopérant. Ces deux moyens, ainsi articulés, ne peuvent donc qu'être écartés.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Selon les termes du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

6. M. B soutient que la décision en litige préjudicierait à l'intérêt de sa fille, scolarisée en France. Toutefois, dès lors que l'intérêt supérieur d'un enfant est de demeurer aux côtés de ses parents et qu'il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que la fille du requérant ne pourrait pas l'accompagner en cas de retour dans son pays d'origine, ni qu'elle ne pourrait y poursuivre sa scolarité, M. B ne justifie pas de ce qu'en refusant de délivrer le titre demandé, le préfet du Rhône aurait porté atteinte à l'intérêt supérieur de son enfant. Par ailleurs, M. B qui est entré en France, le 22 janvier 2015, ne saurait se prévaloir de la durée de sa présence en France, depuis plus de cinq ans, dès lors que la légalité d'une décision s'apprécie à la date à laquelle elle a été prise. Par suite, dès lors que le requérant n'établit pas que sa vie privée et familiale ne pourrait pas se poursuivre en Bosnie, où il a vécu jusqu'à ses 37 ans, c'est sans porter une atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale sur le territoire national que le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer le titre de séjour demandé. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en vigueur à la date de la décision attaquée, dont les dispositions ont été reprises, à compter du 1er mai 2021, à l'article L. 435-1 de ce code : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée au 1° de l'article L. 313-10 sur le fondement du troisième alinéa de cet article peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 311-7 () ".

8. Il ressort de ce qui a été dit au point précédent, que le préfet du Rhône n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice de son pouvoir de régularisation en estimant que la situation du requérant, notamment au regard de la scolarisation de sa fille en France, ne constituait pas une circonstance humanitaire ou un motif exceptionnel justifiant la délivrance d'un titre de séjour.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de rejet de la demande de titre de séjour présentée par M. B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et la demande présentée sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 20 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Dèche, présidente,

Mme Viallet, conseillère,

Mme Pouyet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.

La présidente rapporteure,

P. Dèche

L'assesseure la plus ancienne,

M. C

La greffière,

N. Boumedienne

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Une greffière,