vendredi 31 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2300997 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL BS2A BESCOU ET SABATIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 30 janvier 2023, M. B Prince D A C, représenté par Me Bescou, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 2 novembre 2022 par lequel le préfet de la Loire a refusé de renouveler son titre de séjour " vie privée et familiale " ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Loire, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et sous astreinte de 100 euros par jour de retard de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, dans le même délai et sous la même astreinte, de procéder au réexamen de sa demande ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à lui verser en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A C soutient que :
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé en droit ;
- l'arrêté est entaché d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;
- il est entaché d'une erreur de droit dès lors que le préfet de la Loire ne pouvait retenir l'existence d'une menace pour l'ordre public en se fondant sur une condamnation prononcée le 18 avril 2019 alors qu'il avait procédé au renouvellement de son titre de séjour en 2020, et en l'absence de nouvelle condamnation ou de nouveau faits, sans méconnaître " l'autorité de chose décidée " et le principe de sécurité juridique ;
- les dispositions des articles L. 432-1 et L. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peuvent lui être opposées dès lors qu'il est entré en France avant l'âge de 13 ans au titre du regroupement familial ;
- l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Le préfet de la Loire n'a pas produit de mémoire en défense mais des pièces enregistrées le 14 mai 2024.
La clôture de l'instruction a été fixée au 28 novembre 2024 par une ordonnance du 13 novembre 2024.
Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;
Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Pouyet,
- et les observations de Me Guillaume, représentant M. A C.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C, ressortissant centrafricain né le 2 novembre 1984 et entré en France en 1991 dans le cadre d'une procédure de regroupement familial, a bénéficié de titres de séjour depuis 2002 dont il a sollicité le renouvellement en dernier lieu le 9 septembre 2021. Par l'arrêté attaqué du 2 novembre 2022, le préfet de la Loire a rejeté cette demande.
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment ses articles 3 et 8, ainsi que celles de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, et les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment ses articles L. 423-23, L. 412-5, L. 432-1 et L. 432-2, et indique que le renouvellement du titre de séjour lui est refusé en application des dispositions des articles L. 412-5 et L. 432-1 de ce code. Cet arrêté n'est ainsi, et contrairement à ce que soutient le requérant, pas dépourvu de toute motivation en droit et ne méconnaît pas les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, ce moyen doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance (). ". Si le préfet n'est tenu de saisir la commission que du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues par ces textes auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité et non de celui de tous les étrangers qui s'en prévalent, la circonstance que la présence de l'étranger constituerait une menace à l'ordre public ne le dispense pas de son obligation de saisine de la commission.
4. M. A C se borne à se prévaloir de l'absence de saisine de la commission du titre de séjour alors qu'il lui appartient de démontrer qu'il remplissait effectivement les conditions de délivrance des titres de séjour visés par les dispositions précitées, ce qu'il s'abstient de faire. En particulier, s'il ressort des pièces du dossier que le requérant est père de deux enfants français, il n'établit pas qu'il contribuait effectivement à leur éducation et à leur entretien à la date de la décision attaquée, et qu'il remplirait ainsi les conditions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de l'arrêté attaqué doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " ".
6. D'une part, contrairement à ce que soutient le requérant, il résulte de ces dispositions que celles-ci s'appliquent aux demandes de renouvellement de titres de séjour temporaires ou pluriannuelles, et non uniquement aux demandées présentées par les étrangers titulaires d'une autorisation de séjour délivrée sur le fondement des articles L. 425-4 ou L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. D'autre part, pour considérer que le comportement du requérant était constitutif d'une menace pour l'ordre public, le préfet de la Loire s'est fondé sur le fait qu'il avait été condamné en 2005 à une peine d'emprisonnement d'une durée d'un mois avec sursis pour des faits de vol, en 2006 à une amende de 500 euros pour des faits de conduite sans permis, en 2007 à une peine d'emprisonnement d'un mois pour des faits de port prohibé d'arme de catégorie 6, en 2008 à une peine d'emprisonnement de quatre ans pour des faits de vol avec violence ayant entraîné une incapacité totale de travail inférieure ou égale à huit jours, en 2008 à une peine d'emprisonnement de deux mois et à 400 euros d'amende pour des faits de conduite sans permis et sans assurance, en 2009 à une peine d'emprisonnement de trois mois avec sursis pour des faits d'usage de chèque contrefait ou falsifié, en 2010 à une peine d'emprisonnement de deux mois et à 250 euros d'amende pour des faits d'outrage à une personne dépositaire de l'autorité publique, en 2013 à une peine d'emprisonnement d'un mois pour des faits de conduite sans permis en récidive, et à une amende de 250 euros pour des faits d'usage illicite de stupéfiants, en 2014 à 350 euros d'amende pour des faits de conduite sans assurance, en 2015 à une peine d'emprisonnement de six mois pour des faits de refus d'obtempérer et conduite sans permis, conduite sous l'empire d'un état alcoolique, en 2018 à une peine d'emprisonnement de deux mois pour des faits d'usage de fausse monnaie et recel, à une peine d'un mois d'emprisonnement pour des faits de prise du nom d'un tiers pouvant déterminer des poursuites pénales contre lui, et à une peine de deux mois d'emprisonnement pour des faits de vol en réunion, et enfin en 2019 à une peine d'emprisonnement de dix mois pour des faits de conduite d'un véhicule sans permis en récidive. La décision attaquée mentionne également, en sus de ces condamnations, vingt-trois autres signalements pour des faits tels que des menaces de mort en 2008, des faits d'escroquerie en 2005, le port prohibé d'armes ou munitions de catégories 1 ou 4 en 2005 et en 2014, des violences ayant entraîné une incapacité n'excédant pas huit jours en 2012, l'usage illicite de produits stupéfiants en 2005, 2013 et en 2022, un vol en réunion et des faits de recel en 2017, l'usage de fausse monnaie en 2017, ou encore la prise du nom d'un tiers pouvant déterminer des poursuites contre lui.
8. M. A C ne conteste aucunement la matérialité de ces condamnations pénales mentionnées au traitement des antécédents judicaires produit en défense par le préfet, pas plus que celle des faits infractionnels pour lesquels il a été signalés. La circonstance que la dernière condamnation prononcée à son encontre est antérieure au dernier renouvellement de titre de séjour qui lui avait été accordé ne fait pas obstacle à ce que le préfet de la Loire se fonde notamment sur cet élément pour considérer que le comportement de l'intéressé représente une menace pour l'ordre public. A cet égard, le requérant, qui ne peut se prévaloir d'aucun droit acquis au maintien de l'appréciation portée sur sa situation dans le cadre de sa demande de renouvellement de titre de séjour, ne saurait utilement invoquer une " autorité de chose décidée " qui s'opposerait à ce que le préfet puisse tenir compte de tels faits. En outre, si M. A C est entré avant l'âge de treize ans sur le territoire français, cette circonstance ne fait pas davantage obstacle à ce que le renouvellement de son titre de séjour soit refusé sur le fondement des dispositions précitées. De plus, il ressort tant du nombre d'infractions commises par l'intéressé depuis plus de dix ans à la date de la décision attaquée, que de la nature et la gravité de ces infractions qui ont trait à la fois à des violences contre des biens et contre des personnes et qui sont pour plusieurs d'entre elles commises en récidive, que M. A C fait preuve d'un comportement infractionnel persistant constitutif d'une menace pour l'ordre public. Dès lors, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation ou d'erreur de droit que le préfet de la Loire a, sur le fondement des dispositions précitées, refusé de faire droit à sa demande de renouvellement.
9. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
10. Il ressort des pièces du dossier que M. A C est entré en France en 1991 dans le cadre du regroupement familial, et que ses parents ainsi que sa petite sœur sont décédés en 1995 et 1996. L'intéressé, qui est père de deux filles de nationalité française, nées en 2006 et 2010, fait valoir qu'il a maintenu des contacts réguliers avec ces dernières, y compris en détention dans le cadre d'appels téléphoniques, et qu'il participe à leur entretien ainsi qu'à leur éducation, sans toutefois produire de pièces ou éléments permettant d'établir la réalité de ces allégations. De même, il se borne à évoquer la naissance d'un troisième enfant de nationalité française le 8 mars 2014, sans toutefois que les extraits du livret de famille qu'il verse au dossier ne fassent apparaître une telle filiation. Enfin, et en dépit de sa durée de résidence en France il ne justifie d'aucune insertion sociale ou professionnelle, ayant déclaré une absence d'activité professionnelle dans son audition par les services de police le 24 janvier 2020 et faisant état, dans ses écritures, de sa qualité d'associé et de peintre au sein d'une société de rénovation, dont il ne démontre aucunement la réalité. Dans ces conditions, et eu égard par ailleurs au comportement infractionnel ancien et persistant du requérant, ce dernier n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté.
11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A C doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B Prince D A C, et au préfet de la Loire.
Délibéré après l'audience du 17 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Dèche, présidente,
Mme Journoud, conseillère,
Mme Pouyet, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2025.
La rapporteure,
C. Pouyet
La présidente,
P. Dèche
La greffière,
S. Hosni
La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Une greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026