Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2301112

mercredi 4 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2301112
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation8ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a rejeté la requête de M. B, ressortissant togolais, qui contestait le refus du préfet du Rhône d’autoriser le regroupement familial pour son épouse et ses quatre enfants. La décision attaquée a été jugée suffisamment motivée et fondée sur un examen particulier de sa situation. Le tribunal a estimé que les ressources de M. B n’étaient pas stables et suffisantes au regard des articles L. 434-7 et L. 434-8 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Enfin, il a écarté les moyens tirés d’une atteinte disproportionnée à la vie privée et familiale (article 8 de la CEDH) et à l’intérêt supérieur des enfants (article 3-1 de la CIDE).

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique enregistrés le 8 février 2023 et le 19 juin 2024, M. A B, représenté par Me Frery, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 21 janvier 2022 par laquelle le préfet du Rhône a rejeté sa demande de regroupement familial présentée au bénéfice de son épouse et de ses quatre enfants, ensemble le rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de faire droit à sa demande de regroupement familial dans le délai d'un mois sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le refus critiqué est entaché d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen de sa situation ;

- la décision en litige méconnaît les dispositions des articles L. 434-7 et L. 434-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le refus de regroupement familial contesté porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, méconnaît l'intérêt supérieur de ses enfants protégé par l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 5 juin 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que la requête n'est pas fondée.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Le président de la formation de jugement ayant dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

Après avoir entendu, au cours de l'audience, le rapport de M. Richard-Rendolet.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissant togolais né en 1971, M. B conteste la décision du 21 janvier 2022 par laquelle le préfet du Rhône a rejeté sa demande d'autorisation de regroupement familial présentée au bénéfice de son épouse et de ses quatre enfants.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Traduisant un examen de la situation particulière du requérant, la décision critiquée, qui rappelle la composition de sa famille et expose les motifs relatifs à ses ressources et à ses conditions de logement ayant conduit l'autorité administrative à lui refuser l'autorisation sollicitée, comporte les éléments de fait et de droit qui lui donnent son fondement. Par suite et sans que le requérant puisse utilement se plaindre en l'espèce de la durée d'instruction de sa demande ou des modalités d'examen du recours gracieux qu'il a formé à l'encontre de la décision en litige, les moyens tirés du défaut de motivation de cette décision et du défaut d'examen de la situation du requérant doivent être écartés.

3. Aux termes de l'article L. 434-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui en fait la demande est autorisé à être rejoint au titre du regroupement familial s'il remplit les conditions suivantes : / 1° Il justifie de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille ; / 2° Il dispose ou disposera à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant dans la même région géographique () ". Aux termes de l'article L. 434-8 du même code : " Pour l'appréciation des ressources mentionnées au 1° de l'article L. 434-7 toutes les ressources du demandeur et de son conjoint sont prises en compte, indépendamment des prestations familiales, de l'allocation équivalent retraite et des allocations prévues à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles, à l'article L. 815-1 du code de la sécurité sociale et aux articles L. 5423-1 et L. 5423-2 du code du travail. / Ces ressources doivent atteindre un montant, fixé par décret en Conseil d'Etat () ". Aux termes de l'article R. 434-7 du même code : " Pour l'application du 1° de l'article L. 434-7, les ressources du demandeur et de son conjoint qui alimenteront de façon stable le budget de la famille sont appréciées sur une période de douze mois par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette période. Ces ressources sont considérées comme suffisantes lorsqu'elles atteignent un montant équivalent à : () / 3° Cette moyenne majorée d'un cinquième pour une famille de six personnes ou plus ". Aux termes de l'article R. 434-5 du même code : " Pour l'application du 2° de l'article L. 434-7, est considéré comme normal un logement qui : / 1° Présente une superficie habitable totale au moins égale à : / a) en zones A bis et A : 22 m² pour un ménage sans enfant ou deux personnes, augmentée de 10 m² par personne jusqu'à huit personnes et de 5 m² par personne supplémentaire au-delà de huit personnes () ".

4. Si M. B soutient que le préfet du Rhône a inexactement apprécié ses ressources et produit des factures et des bulletins de salaires de l'année 2022 faisant apparaître que ses ressources ont pu ponctuellement dépasser le montant du salaire minimum de croissance au cours de cette période, ces éléments ne suffisent pas pour établir qu'à la date de la décision en litige, les ressources du requérant étaient suffisantes au regard des exigences des dispositions citées au point précédent. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

5. Si M. B expose qu'il a déposé une demande de logement social en 2015 portant sur un appartement de type F4 qui pourrait accueillir sa famille, il est constant qu'à la date de la décision en litige, le requérant était logé dans un appartement d'une superficie de 43 m2, inférieure aux dimensions minimales requises par les dispositions citées au point précédent, et ne justifiait d'aucune assurance de se voir attribuer le bénéfice d'un logement social présentant ces dimensions. Par suite, le moyen tiré par le requérant de ses perspectives d'obtention d'un logement doit être écarté.

6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Aux termes de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants () l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

7. Pour soutenir que les stipulations citées au point précédent ont été méconnues, M. B fait valoir l'ancienneté de sa séparation de son épouse et de ses enfants. Toutefois, il est constant que l'intéressé, qui s'est marié en 2011, a déposé sa demande d'autorisation de regroupement familial en 2019 et vit séparé depuis l'année 2013 de son épouse et de ses enfants nés entre 2004 et 2008, auxquels il rend visite régulièrement. Dans ces conditions et compte tenu des motifs et des effets du refus d'autorisation en litige, les moyens tirés de l'atteinte excessive que ce refus porterait à la vie privée et familiale du requérant en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou de la méconnaissance de l'intérêt supérieur des enfants de M. B doivent être écartés. Les circonstances qui sont invoquées ne permettent pas davantage de considérer que le refus critiqué résulte d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête dirigées contre la décision du 21 janvier 2022 doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B, n'appelle aucune mesure d'exécution.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre de l'Etat, qui n'est pas partie perdante.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 24 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gille, président,

M. Richard-Rendolet, premier conseiller,

Mme Feron, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 septembre 2024.

Le rapporteur,

F-X. Richard-RendoletLe président,

A. Gille

Le greffier,

Y. Mesnard

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier