Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2301378

mardi 1 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2301378
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a annulé la décision implicite de refus de renouvellement de titre de séjour opposée par le préfet du Rhône à Mme C, ressortissante turque et mère de deux enfants français. La juridiction a jugé que ce refus méconnaissait l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la requérante remplissant les conditions pour obtenir une carte de séjour « vie privée et familiale » en tant que parent d'enfant français. En conséquence, le tribunal a enjoint à la préfète du Rhône de délivrer le titre de séjour sollicité dans un délai de deux mois, sans astreinte, et a mis à la charge de l'État les frais d'avocat au titre de l'aide juridictionnelle.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 février 2023, Mme A C, représentée par Me Sabatier, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet du Rhône a opposé un refus à sa demande, déposée le 30 mai 2022, tendant au renouvellement de son titre de séjour ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône, de lui délivrer le titre de séjour sollicité ou de procéder au réexamen de sa demande, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Elle soutient que :

- la décision implicite de refus de titre de séjour est entachée d'un défaut de motivation ;

- la décision portant refus de titre de séjour méconnait les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 et de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

La requête a été communiquée à la préfète du Rhône, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 31 août 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer ses conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Duca a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C, ressortissante turque née en France le 7 août 1998, a sollicité du préfet du Rhône le 30 mai 2022 le renouvellement de son titre de séjour. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé par le préfet du Rhône pendant quatre mois dont Mme C demande au tribunal de prononcer l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa rédaction applicable à la date de la décision attaquée : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".

3. La préfète du Rhône, qui n'a pas produit de mémoire en défense, ne conteste pas que Mme C a présenté une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-7 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en sa qualité de mère d'enfants français. Il est constant que Mme C, est la mère de deux enfants mineurs, un garçon et une fille, nés respectivement à Saint-Priest-En-Jarez le 24 septembre 2017 et à Saint-Rambert-D'Albon le 29 mars 2019, de sa relation avec un ressortissant français, avec lequel elle est liée par un pacte civil de solidarité. Les deux enfants sont de nationalité française et les parents exercent conjointement l'autorité parentale. Il n'est pas davantage contesté qu'elle remplit les conditions posées par les dispositions précitées et notamment, qu'elle contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de ses deux enfants, dans la mesure de ses moyens, et ce, depuis leur naissance. Par ailleurs, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que ces conditions ne seraient pas remplies. Dès lors, la requérante est fondée à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet a méconnu les dispositions précitées de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision implicite du préfet du Rhône rejetant la demande de titre de séjour de Mme C doit être annulée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

5. Eu égard au motif d'annulation retenu par le présent jugement, il y a lieu d'enjoindre à la préfète du Rhône, en application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, de délivrer à Mme C un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions à fin d'application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

6. Mme C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Sabatier, conseil de la requérante, d'une somme de 1 200 euros, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite par laquelle le préfet du Rhône a rejeté la demande de titre de séjour de Mme C est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Rhône de délivrer à Mme C un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Sabatier, conseil de Mme C, la somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme C est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 10 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Clément, président,

Mme Gros, première conseillère,

Mme Duca, première conseillère

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2024.

La rapporteure,

A. Duca

Le président,

M. ClémentLa greffière,

G. Montezin

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier,