Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2301770
mardi 10 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2301770 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 6 mars et 31 mai 2023, Mme C, représentée par Me Tronquet, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 3 janvier 2023 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil avec effet au 3 janvier 2023 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
Elle soutient que :
- la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée ;
- elle est intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors qu'elle n'a pas été mise en mesure de présenter des observations ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors que son état de vulnérabilité n'a pas été pris en compte ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 juin 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 29 mai 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 1er juillet 2024.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 mai 2023.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative ;
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Gros, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, ressortissante congolaise née le 15 août 1980, demande au tribunal d'annuler la décision du 3 janvier 2023 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.
Sur l'étendue du litige :
2. Aux termes de l'article D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-15 est écrite, motivée et prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle prend effet à compter de sa signature. / Dans un délai de deux mois à compter de la notification de cette décision, le bénéficiaire peut introduire un recours devant le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à peine d'irrecevabilité du recours contentieux. La décision comporte la mention des voies et délais dans lesquels ce recours peut être formé. / Le directeur général de l'office dispose d'un délai de deux mois pour statuer. A défaut, le recours est réputé rejeté. Toute décision de rejet doit être motivée. ".
3. S'il est saisi de conclusions tendant à l'annulation d'une décision qui ne peut donner lieu à un recours devant le juge de l'excès de pouvoir qu'après l'exercice d'un recours administratif préalable et si le requérant indique, de sa propre initiative ou le cas échéant à la demande du juge, avoir exercé ce recours et, le cas échéant après que le juge l'y ait invité, produit la preuve de l'exercice de ce recours ainsi que, s'il en a été pris une, la décision à laquelle il a donné lieu, le juge de l'excès de pouvoir doit regarder les conclusions dirigées formellement contre la décision initiale comme tendant à l'annulation de la décision, née de l'exercice du recours, qui s'y est substituée.
4. Il ressort des pièces du dossier que, par un courriel du 5 janvier 2023, Mme B a exercé un recours administratif préalable obligatoire contre la décision du 3 janvier 2023 refusant de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, conformément aux dispositions de l'article D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La décision implicite de rejet de ce recours s'étant substituée à la décision initiale, les conclusions de la requérante doivent être regardées comme dirigées contre cette dernière décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
5. Aux termes de l'article L. 551-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile, au sens de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, comprennent les prestations et l'allocation prévues aux chapitres II et III. ". Aux termes de l'article L. 551-9 de ce code : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de sa demande par l'autorité administrative compétente. ". Aux termes de l'article L. 551-15 du même code : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : / () 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. ". Les dispositions du 3° du III de l'article L. 531-27 mentionnent un délai de 90 jours.
6. En premier lieu, Mme B ne peut utilement invoquer l'insuffisance de motivation de la décision initiale du 3 janvier 2023, qui est en tout état de cause propre à cette dernière et a nécessairement disparu avec elle.
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : / () La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article () est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret. () ". Aux termes de l'article D. 551-18 du même code : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-16 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours. () ".
8. Il résulte des dispositions précitées que l'obligation de mettre le demandeur d'asile en mesure de présenter des observations avant l'intervention de la décision ne s'applique qu'aux décisions mettant fin aux conditions matérielles d'accueil et non aux décisions refusant d'accorder le bénéfice de ces conditions matérielles d'accueil. Alors au surplus que Mme B a bénéficié d'un entretien préalable, le moyen tiré de ce que la décision refusant de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil est intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière doit être écarté.
9. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a procédé à un examen particulier de la situation de Mme B, et notamment de sa vulnérabilité, au regard de l'entretien réalisé le 3 janvier 2023.
10. En quatrième lieu, si Mme B expose n'avoir pas sollicité l'asile dans le délai de 90 jours suivant son arrivée en France du fait de son isolement et de sa grande précarité, ces circonstances ne suffisent pas à caractériser un motif légitime, alors que l'intéressée ne justifie pas avoir entrepris la moindre démarche pour se renseigner ou s'être heurtée à des obstacles l'ayant empêchée de connaître la procédure à suivre pour présenter sa demande d'asile. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier, en l'absence de toute pièce relative à sa situation médicale, que Mme B, âgée de 42 ans et sans charge de famille, se trouvait dans un état de particulière vulnérabilité à la date de la décision attaquée. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir qu'en refusant de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration aurait commis une erreur d'appréciation.
11. Il résulte de ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision implicite, née le 5 mars 2023, par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a rejeté son recours administratif préalable obligatoire dirigé contre la décision du 3 janvier 2023 refusant de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l'annulation de la décision attaquée, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par Mme B doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
13. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie perdante du remboursement par l'autre partie de ses frais d'instance. Par suite, les conclusions présentées à ce titre par Mme B doivent, en tout état de cause, être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 29 août 2024, à laquelle siégeaient :
M. Clément, président,
Mme Rizzato, première conseillère,
Mme Gros, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 septembre 2024.
La rapporteure,
R. Gros
Le président,
M. Clément La greffière,
T. Andujar
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
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