Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2301987

vendredi 6 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2301987
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation8ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a rejeté la requête de Mme B A, qui contestait le refus du préfet de la Loire de renouveler son certificat de résidence algérien de dix ans. La requérante invoquait des cas de force majeure (problèmes de santé, pandémie de Covid-19, décès de son époux) pour justifier son absence du territoire français de plus de trois ans. Le tribunal a jugé que l'article 8 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ne prévoit pas de dérogation pour cas de force majeure, rendant le certificat périmé. Il a également estimé que la décision ne portait pas une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale au sens de l'article 6-5 du même accord.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 9 et 21 mars 2023, Mme B A, représentée par Me Idchar, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 5 décembre 2022 par laquelle le préfet de la Loire a refusé de renouveler son certificat de résidence algérien de dix ans, ensemble la décision implicite rejetant son recours gracieux.

2°) d'enjoindre à titre principal au préfet de la Loire de lui délivrer un certificat de résidence algérien de dix ans dans un délai de sept jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ; et à titre subsidiaire d'enjoindre au préfet de la Loire de procéder au réexamen de sa situation administrative dans un délai de deux mois suivant la notification du jugement à intervenir, et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Me Idchar en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce dernier renonce à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que les décisions en litige sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que son absence du territoire français pendant plus de trois années consécutives résulte de cas de force majeure tiré de ses problèmes de santé, de la fermeture des frontières algériennes dans le cadre de la pandémie de covid-19 et du décès de son époux ressortissant français le 22 décembre 2021.

La requête a été communiquée au préfet de la Loire qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu :

- les décisions attaquées ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme C, magistrate rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A née le 22 février 1950 à Tilatou (Algérie), de nationalité algérienne, était titulaire d'un certificat de résidence algérien de dix ans, en tant que conjointe de ressortissant français, valable du 8 mars 2012 au 7 mars 2022. Mme A a quitté le territoire français le 5 mai 2018 pour n'y revenir que le 31 janvier 2022. Elle a sollicité le renouvellement de son certificat de résidence le 4 mars 2022, en déclarant sur l'honneur ne pas avoir quitté le territoire français pendant plus de trois ans consécutifs. Par une décision du 5 décembre 2022, le préfet de la Loire a refusé de lui renouveler son certificat de résidence algérien. Mme A a adressé un recours gracieux au préfet de la Loire le 13 décembre suivant, resté sans réponse. La requérante sollicite l'annulation de la décision du 5 décembre 2022, ensemble la décision implicite rejetant son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; ". Aux termes de l'article 8 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un ressortissant algérien qui aura quitté le territoire français pendant une période de plus de trois ans consécutifs est périmé. / Toutefois, il lui sera possible de demander la prolongation de la période visée au premier alinéa, soit avant son départ de France, soit par l'intermédiaire des Ambassades et Consulats français ".

3. D'une part, il est constant que Mme A a résidé en Algérie, son pays d'origine, du 5 mai 2018 au 31 janvier 2022, soit pendant une période de plus de trois années consécutives et qu'elle n'a pas sollicité auprès d'un des consulats de France en Algérie, le bénéfice de la prolongation du délai de trois ans, prévue par les stipulations précitées. Dans ces conditions et quand bien même son retour en France aurait été empêché par son état de santé, la pandémie de Covid-19 ou par la maladie puis, le décès de son époux de nationalité française, en décembre 2022, Mme A n'est pas fondée à soutenir que le préfet de la Loire aurait méconnu les stipulations précitées, qui ne prévoient pas la possibilité de faire valoir des cas de force majeure permettant de justifier un dépassement du délai de trois ans, et commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui renouveler son certificat de résidence qui était périmé.

4. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que si Mme A a été bénéficiaire en dernier lieu d'un certificat de résidence algérien d'une durée de 10 ans, elle n'établit pas, après avoir quitté le territoire français en 2018, pendant près de quatre ans, avoir conservé des attaches familiales intenses et stables en France alors même que son époux devenu français est désormais décédé. Au regard de l'ensemble de ces éléments, la décision en litige n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme A et le préfet de la Loire n'a pas entaché la décision portant refus de renouvellement d'un certificat de résidence algérien de 10 ans d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressée.

5. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision attaquée. En conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles qu'elle présente sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet de la Loire.

Délibéré après l'audience du 22 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Pascale Dèche, présidente,

Mme Ludivine Journoud, conseillère,

Mme Charlotte Pouyet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2024.

La rapporteure,

L. C

La présidente,

P. Dèche

La greffière,

S. Hosni

La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière.