Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2302072
vendredi 25 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2302072 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 7ème chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 15 mars et 12 mai 2023, Mme B A, représentée par Me Maugez, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 24 janvier 2023 par laquelle le préfet de l'Ain a refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet de l'Ain d'enregistrer sa demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions des articles L. 425-9 et R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 avril 2023, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés et fait valoir que la requérante n'a présenté aucun document permettant d'établir son état civil et sa nationalité.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 avril 2023 du bureau d'aide juridictionnelle.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Leravat a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante guinéenne née le 1er janvier 1992, entrée en France le 18 juillet 2022, selon ses déclarations, demande l'annulation de la décision du 24 janvier 2023 par laquelle la préfète de l'Ain a refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour au regard de son état de santé en raison de l'incomplétude de son dossier.
2. Aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiant de son état-civil ; / 2°) Les documents justifiant de sa nationalité ; / 3°) Les documents justifiant de l'état-civil et de la nationalité de son conjoint, de ses enfants et de ses parents lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour pour motif familial. Lorsque la demande de titre de séjour est introduite en application de l'article L. 431-2, le demandeur peut être autorisé à déposer son dossier sans présentation de ces documents ". Aux termes de l'article L. 431-2 du même code : " Lorsqu'un étranger a présenté une demande d'asile qui relève de la compétence de la France, l'autorité administrative, après l'avoir informé des motifs pour lesquels une autorisation de séjour peut être délivrée et des conséquences de l'absence de demande sur d'autres fondements à ce stade, l'invite à indiquer s'il estime pouvoir prétendre à une admission au séjour à un autre titre et, dans l'affirmative, à déposer sa demande dans un délai fixé par décret. Il est informé que, sous réserve de circonstances nouvelles, notamment pour des raisons de santé, et sans préjudice de l'article L. 611-3, il ne pourra, à l'expiration de ce délai, solliciter son admission au séjour. Les conditions d'application du présent article sont précisées par décret en Conseil d'Etat ".
3. Il résulte de ces dispositions que dès lors que la délivrance d'un titre de séjour est subordonnée à la justification par le demandeur de son état civil et de sa nationalité par tout document, la préfète de l'Ain ne pouvait légalement refuser d'enregistrer la demande de titre de séjour de Mme A au motif qu'elle n'avait présenté " ni passeport, ni acte de naissance ".
4. Cependant, il ressort des pièces du dossier que la demande d'asile de Mme A a été enregistrée en procédure dite " Dublin " le 2 août 2022. Ainsi, elle ne peut être regardée comme ayant présenté une demande d'asile qui relève de la compétence de la France et n'a donc pas été introduite en application de l'article L. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il suit de là d'une part que l'intéressée était tenue, lors du dépôt de sa demande de titre de séjour, de produire les documents justifiant de son état civil et de sa nationalité, comme l'exigent les dispositions du 1° et du 2° de l'article R. 431-10 du code précité et que d'autre part sa situation n'entrait pas dans le cas prévu par le dernier alinéa de cet article. Or, il ne ressort pas des pièces du dossier que ces justificatifs auraient été produits par la requérante dans le cadre de sa demande de titre de séjour. Dans ces conditions, la demande de titre de séjour présentée par la requérante n'était pas complète.
5. Enfin, contrairement à ce que soutient Mme A, la circonstance qu'elle ait sollicité un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne fait pas obstacle à la présentation des documents exigés par les dispositions de l'article R. 431-10 de ce code. Par conséquent, les moyens tirés de ce que la décision contestée serait entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la recevabilité de la requête, que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte.
7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, au titre des frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la préfète de l'Ain.
Délibéré après l'audience du 27 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Vaccaro-Planchet, présidente,
Mme Leravat, première conseillère,
Mme de Tonnac, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 octobre 2024.
La rapporteure,
C. LERAVAT
La présidente,
V. VACCARO-PLANCHET
La greffière,
E. GROS
La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Décisions similaires
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026