Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2302221
mercredi 30 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2302221 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 7ème chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 21 mars et le 27 juin 2023, Mme A B, représentée par la Selarl BS2A Bescou et Sabatier avocats associés (Me Sabatier), demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 21 février 2023 par lequel le préfet de la Loire lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Loire de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", ou de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement, à son conseil, d'une somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- il n'est pas justifié de la compétence du signataire des décisions attaquées ;
- la décision de refus de titre de séjour est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que le préfet n'apporte pas la preuve qu'un avis a été rendu par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), que ce collège était composé de trois médecins, dûment et préalablement habilités par le directeur de l'OFII et que le médecin ayant établi le rapport médical transmis au collège n'est pas intervenu au cours de la délibération ;
- elle méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire est illégale du fait de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle ne pouvait faire l'objet d'une mesure d'éloignement, par application des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicables ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;
- les décisions fixant le délai de départ volontaire et le pays de destination sont illégales du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ;
- la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 juin 2023, le préfet de la Loire conclut au prononcé d'un non-lieu à statuer sur la requête en faisant valoir que, par une décision du 29 mars 2023, il a délivré une carte de séjour temporaire portant la mention " travailleur temporaire " à la requérante.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 avril 2023.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Vaccaro-Planchet, présidente,
- et les observations de Me Hmaida, substituant Me Sabatier, représentant Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante syrienne née le 15 février 1987, entrée en France le 9 septembre 2016, demande l'annulation de l'arrêté du 21 février 2023 par lequel le préfet de la Loire a refusé de renouveler son titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office.
Sur l'exception de non-lieu à statuer :
2. Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'annulation d'une décision ayant rejeté une demande de titre de séjour lorsque, postérieurement à la saisine de la juridiction, l'autorité administrative a délivré le titre sollicité ou un titre de séjour emportant des effets équivalents à ceux du titre demandé.
3. L'admission au séjour d'un étranger afin qu'il puisse exercer en France une activité salariée ne confère pas à l'intéressé des droits équivalents et n'a pas sur sa situation les mêmes conséquences qu'une admission au séjour au titre de la vie privée et familiale. Dès lors, le titre de séjour portant la mention " travailleur temporaire " délivré à Mme B par une décision du 29 mars 2023 ne peut être regardé comme ayant eu pour effet de rapporter le refus qui lui a été opposé de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " au regard de son état de santé. Dès lors, l'octroi de ce titre ne rend pas sans objet sa demande tendant à l'annulation du refus de titre de séjour qui lui a été opposé par l'arrêté attaqué. Par suite, l'exception de non-lieu opposée par le préfet de la Loire s'agissant des conclusions à fin d'annulation de la requête dirigées contre la décision portant refus de délivrance d'un titre portant la mention " vie privée et familiale " doit être écartée.
4. En revanche, il ressort des pièces du dossier que le 29 mars 2023, le préfet de la Loire a remis à Mme B un récépissé de demande de titre de séjour valable jusqu'au 28 juin 2023. La délivrance de ce document a ainsi eu pour effet d'abroger la décision portant obligation de quitter le territoire français du 21 février 2023 attaquée, qui n'avait reçu aucune application, ainsi que les décisions subséquentes fixant le délai de départ volontaire et le pays de destination. Par suite, les conclusions à fin d'annulation de la requête dirigées contre ces décisions sont devenues sans objet. Il n'y a plus lieu d'y statuer.
Sur les conclusions à fin d'annulation du refus de titre de séjour :
5. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / () ". Aux termes de l'article R. 425- 11 de ce code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. / () ".
6. Si la décision attaquée indique que le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a rendu un avis sur l'état de santé de Mme B le 13 octobre 2022, le préfet de la Loire n'a produit ni cet avis, ni le rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'intégration et l'immigration, ni aucun élément permettant d'établir la date à laquelle a été dressé ce rapport médical, l'identité du médecin instructeur et la date de transmission de son rapport au collège de médecins. Dans ces conditions, Mme B est fondée à soutenir que la décision de refus de séjour est entachée d'un vice de procédure. Cette irrégularité ayant en l'espèce privé l'intéressée d'une garantie, en ce qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que le dossier médical de l'intéressée aurait été examiné par un médecin préalablement à l'édiction de la décision contestée, la requérante est fondée à soutenir que cette décision est entachée d'illégalité.
7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision du préfet de la Loire du 21 février 2023 portant refus de titre de séjour doit être annulée.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
8. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public () prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. ". Aux termes de l'article L. 911-2 du même code : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public () prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette décision doit intervenir dans un délai déterminé. ".
9. Eu égard à son motif, le présent jugement implique seulement, en application des dispositions de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, que le préfet de la Loire procède au réexamen de la demande de Mme B. Dès lors, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Loire de procéder à ce réexamen, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions relatives aux frais liés au litige :
10. Mme B ayant été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 avril 2023, son avocat peut se prévaloir des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Sabatier, avocat de la requérante, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Sabatier de la somme de 1 200 euros au titre des frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de Mme B tendant à l'annulation des décisions du préfet de la Loire du 21 février 2023 portant obligation de quitter le territoire français, fixant le délai de départ volontaire et fixant le pays de destination.
Article 2 : La décision du 21 février 2023 par laquelle le préfet de la Loire a refusé de délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " à Mme B est annulée.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Loire de réexaminer la situation de Mme B, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : L'État versera à Me Sabatier, avocat de Mme B, une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui a été confiée.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de la Loire.
Délibéré après l'audience du 11 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Vaccaro-Planchet, présidente,
Mme Leravat, première conseillère,
Mme de Tonnac, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 octobre 2024.
La présidente,
V. Vaccaro-Planchet
L'assesseure la plus ancienne,
C. Leravat
La greffière,
E. Gros
La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour exécution,
Un greffier,
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