Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2302249

mardi 17 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2302249
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon, statuant en excès de pouvoir, a rejeté la requête de M. A qui contestait le refus du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) de lui délivrer un agrément de dirigeant. Le tribunal a jugé que la décision attaquée était suffisamment motivée en droit et en fait, et qu'aucune procédure contradictoire préalable n'était imposée pour ce type de décision prise sur demande. La solution retenue s'appuie sur les articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, ainsi que sur le code de la sécurité intérieure.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 mars 2023, M. B A, représenté par Me Bouhalassa, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 13 octobre 2022 par laquelle le directeur du Conseil national des activités privées de sécurité a refusé de lui délivrer un agrément de dirigeant ;

2°) d'enjoindre au conseil national des activités privées de sécurité, à titre principal de lui délivrer un agrément ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge du Conseil national des activités privées de sécurité le versement à son conseil d'une somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée en fait ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle est intervenue en méconnaissance du principe du contradictoire ;

- la matérialité des faits fondant la décision n'est pas établie ;

- le Conseil national des activités privées de sécurité a commis une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 juillet 2024, le Conseil national des activités privées de sécurité conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- le moyen tiré de la méconnaissance du contradictoire est inopérant ;

- les autres moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés ;

- M. A a également été mis cause en qualité d'auteur pour des faits d'atteinte à l'intimité de la vie privée par fixation, enregistrement ou transmission de l'image d'une personne présentant un caractère sexuel, le 22 juillet 2022.

Par ordonnance du 3 juillet 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 24 juillet 2024.

M. A été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la sécurité intérieure ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Boulay, première conseillère,

- les conclusions de Mme Collomb, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, qui disposait d'un agrément de dirigeant d'une société d'activités privées de sécurité valable jusqu'au 12 juin 2022, a sollicité le 11 août 2022 la délivrance d'un nouvel agrément. Par une décision du 13 octobre 2022 dont M. A demande l'annulation, le directeur du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) a refusé de faire droit à cette demande, puis a, le 17 janvier 2023, rejeté le recours gracieux formé par M. A.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () / 7° Refusent une autorisation, sauf lorsque la communication des motifs pourrait être de nature à porter atteinte à l'un des secrets ou intérêts protégés par les dispositions du a au f du 2° de l'article L. 311-5 ( ) ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. En l'espèce, la décision attaquée, qui vise notamment les dispositions applicables du code de la sécurité intérieure, mentionne les éléments de fait sur lesquels le directeur du Conseil national des activités privées de sécurité s'est fondé pour refuser de délivrer un agrément à M. A, en particulier sa mise en cause le 2 juin 2020 pour des faits de violation de domicile et le 24 août 2017 de violences ayant entrainé une interruption temporaire de travail n'excédant pas 8 jours, révélant un comportement incompatible avec l'exercice des fonctions d'agent privé de sécurité. Elle comporte ainsi l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. La seule circonstance que la décision attaquée ne mentionne pas les antécédents professionnels de M. A, mention qui n'est n'a pas à y figurer, n'entache pas cette décision d'une insuffisance de motivation, ni ne révèle un défaut d'examen de la situation du requérant. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen doivent être écartés.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ".

5. Si M. A soutient que la décision du Conseil national des activités privées de sécurité est intervenue sans procédure contradictoire préalable, et en méconnaissance des droits de la défense, cette décision est toutefois intervenue en réponse à sa demande. Toutefois, ni les dispositions précitées, ni aucune autre disposition législative ou réglementaire, ni aucun principe général, n'imposaient la mise en œuvre d'une telle procédure préalablement à ce que le Conseil national des activités privées de sécurité se prononce sur la demande dont l'avait saisie l'intéressé. Par suite, ce moyen doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de la sécurité intérieure : " Nul ne peut exercer à titre individuel une activité mentionnée à l'article L. 611-1, ni diriger, gérer ou être l'associé d'une personne morale exerçant cette activité, s'il n'est titulaire d'un agrément délivré selon des modalités définies par décret en Conseil d'Etat. / Nul ne peut diriger ou gérer un établissement secondaire autorisé dans les conditions fixées à l'article L. 612-9 s'il n'est titulaire de l'agrément prévu au premier alinéa du présent article. ". Aux termes de l'article L. 612-7 du même code : " L'agrément prévu à l'article L. 612-6 est délivré aux personnes qui satisfont aux conditions suivantes : () / 2° Ne pas avoir fait l'objet d'une condamnation à une peine correctionnelle ou à une peine criminelle inscrite au bulletin n° 2 du casier judiciaire ou, pour les ressortissants étrangers, dans un document équivalent ; () / L'agrément ne peut être délivré s'il résulte de l'enquête administrative, ayant le cas échéant donné lieu à consultation, par des agents du Conseil national des activités privées de sécurité spécialement habilités par le représentant de l'Etat territorialement compétent et individuellement désignés, des traitements de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 31 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification, que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions susmentionnées. () ".

7. Pour refuser le renouvellement de l'agrément, le directeur du Conseil national des activités privées de sécurité s'est tout d'abord fondé sur la mise en cause de M. A pour des faits de violation de domicile intervenus le 2 juin 2020 à Agde. Cependant, M. A soutient sans être contredit que ces faits mettaient en cause son ancien locataire, lequel avait réintégré avec effraction l'appartement dont le bail de location avait été résilié. A ce sujet, il ressort des pièces du dossier que, le 12 décembre 2022 suite à une demande d'information complémentaire du Conseil national des activités privées de sécurité, les services de police ont indiqué que la procédure ainsi engagée contre M. A portait sur des faits de dégradation, détérioration volontaire légère, M. A ayant pénétré par effraction chez son locataire qui n'était plus à jour de loyer, qu'il est établi en outre que ces faits avait l'objet d'un avis de classement de la part du procureur de la république près le tribunal judiciaire de Béziers le 2 septembre 2020, au motif que les faits ou circonstances de fait n'avaient pas pu être clairement établis, et il est par ailleurs fait état dans l'enquête de moralité rédigée le 14 septembre 2022 par les service de police à la demande du Conseil national des activités privées de sécurité, concernant les faits en cause, de ce que si un homme accusait M. A de violation de domicile, ce dernier accusait cet homme de dégradations de biens et que chacun niait les faits reprochés par l'autre. Dans ces conditions, compte tenu de ces éléments, M. A est fondé à soutenir que la matérialités des faits du 2 juin 2020 ainsi reprochés ne peuvent regardés comme étant établis.

8. Toutefois, pour prendre la décision litigieuse, le directeur du Conseil national des activités privées de sécurité s'est également fondé sur un second motif tiré de l'incompatibilité des faits de violence intervenus le 24 août 2017 à Limoges, avec le comportement attendu d'un dirigeant d'une société de sécurité privée. Pour retenir ce second motif, il s'est notamment fondé sur le fichier de traitements des antécédents judiciaires relevant que M. A avait été ainsi mis en cause comme auteur de ces violences ayant entrainé une incapacité de travail n'excédant pas huit jours, et sur l'enquête de moralité rédigée le 14 septembre 2022 par les services de police faisant état de ce qu'une plainte avait été déposée contre M. A pour de tels faits de violences suite à un différend entre le plaignant et M. A. Si cette enquête indique que M. A, entendu, ne reconnaissait pas les faits, elle précise que M. A, qui avait décidé de se rendre chez le plaignant suite à ce différend, se rendait auteur de violences qui étaient filmées par la compagne de la victime, témoin des faits. Si le requérant soutient que ces faits sont infondés dès lors qu'ils résulteraient d'une erreur dans la mention figurant au traitement des antécédents judiciaires, les seuls éléments qu'il produit ne se rapporte pas à cette procédure. Par ailleurs, le requérant ne fait pas état d'autre élément de nature à remettre en cause la matérialité des faits ainsi reprochés qui doivent être regardés comme étant établis. En outre, le directeur Conseil national des activités privées de sécurité a pu estimer, sans commettre d'erreur d'appréciation, que ces faits de violence, qui ont été commis cinq ans avant la décision attaquée et qui sont intervenus dans des circonstances qui ne sont pas précisées par le requérant, doivent être regardés, eu égard à leur nature et à leur gravité, comme caractérisant un comportement incompatible avec l'exercice des fonctions de dirigeant d'une société d'activités privées de sécurité et comme étant ainsi de nature à justifier le refus contesté.

9. Enfin, il résulte de l'instruction que le conseil national des activités privées de sécurité aurait pris la même décision s'il s'était fondé seulement sur ce seul motif.

10. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision attaquée.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au Conseil national des activités privées de sécurité.

Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Segado, président,

Mme Bardad, première conseillère,

Mme Boulay, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.

La rapporteure,

P. Boulay

Le président,

J. Segado La greffière,

F. Abdillah

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Une greffière,