Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2302339

mardi 1 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2302339
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a rejeté la requête de M. B, ressortissant turc, qui contestait le refus de la préfète de la Loire de lui délivrer une carte de résident "résident de longue durée-UE". Le tribunal a écarté l'ensemble des moyens soulevés, notamment l'incompétence du signataire, le défaut de saisine de la commission du titre de séjour, l'insuffisance de motivation et l'erreur de droit. Il a jugé que la décision était suffisamment motivée et que la préfète n'avait pas à saisir la commission, car elle n'avait statué que sur la demande de carte de résident et non sur la demande subsidiaire d'admission exceptionnelle au séjour. La requête a donc été rejetée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 24 mars et 28 avril 2023, M. C B, représenté par Me Hassid, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 25 janvier 2023 par laquelle la préfète de la Loire a refusé de lui délivrer une carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " ;

2°) d'enjoindre à la préfète de la Loire, à titre principal, de lui délivrer une carte de résident ou, à défaut, une carte de séjour temporaire dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande dans un délai de deux mois et de le munir d'un récépissé l'autorisant à travailler dans un délai de huit jours, sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été prisé par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, faute pour la préfète de la Loire d'avoir procédé à un examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Une pièce, enregistrée le 26 avril 2023, a été produite en défense par la préfète de la Loire.

Par ordonnance du 1er juillet 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 2 août 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Gros, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, ressortissant turc né le 5 janvier 1984, est entré pour la dernière fois en France le 25 février 2015 muni d'un visa de long séjour valant titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " à la suite de son mariage, le 8 mars 2014, avec une ressortissante française. Le 18 juillet 2016, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Séparé de son épouse française, M. B a présenté, le 15 février 2017, une demande de changement de statut. Une carte de séjour temporaire portant la mention " entrepreneur / profession libérale " lui a été délivrée le 14 avril 2020. Le 17 mars 2022, M. B a sollicité la délivrance, à titre principal, d'une carte de résident sur le fondement de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à titre subsidiaire, d'une carte de séjour temporaire sur le fondement de l'article L. 423-23 de ce code et, à titre infiniment subsidiaire, d'une carte de séjour temporaire sur le fondement de l'article L. 435-1 du même code. Par une décision du 25 janvier 2023, dont le requérant demande l'annulation, la préfète de la Loire a refusé de lui délivrer la carte de résident sollicitée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par M. D A, sous-préfet de Montbrison, en vertu d'une délégation consentie à cet effet par un arrêté de la préfète de la Loire du 12 juillet 2022, publié le lendemain au recueil des actes administratifs de la préfecture et accessible tant au juge qu'aux parties. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cette décision doit, par suite, être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / () 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1. ". Aux termes de l'article L. 435-1 du même code : " () Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () ".

4. Il ressort des termes de la décision attaquée que la préfète de la Loire a seulement statué sur la demande de carte de résident présentée par M. B et n'a pas entendu se prononcer sur la demande d'admission exceptionnelle au séjour également formulée par l'intéressé. Dès lors, le requérant ne peut utilement lui faire grief de ne pas avoir saisi la commission du titre de séjour alors qu'il justifierait résider habituellement en France depuis plus de dix ans.

5. En troisième lieu, la décision attaquée vise notamment l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et expose les raisons pour lesquelles M. B ne peut obtenir la délivrance d'une carte de résident sur ce fondement. Elle comporte, ainsi, les considérations de droit et de fait qui la fondent et est, par suite, suffisamment motivée.

6. En quatrième lieu, la circonstance que la décision attaquée, qui statue uniquement sur la demande de carte de résident présentée par M. B, sans se prononcer sur ses demandes de titres de séjour présentées sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne mentionne pas tous les éléments caractérisant la vie privée et familiale du requérant en France n'est pas de nature à caractériser un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle. Le moyen d'erreur de droit soulevé à cet égard doit, dès lors, être écarté.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui justifie d'une résidence régulière ininterrompue d'au moins cinq ans en France au titre d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident, de ressources stables, régulières et suffisantes pour subvenir à ses besoins et d'une assurance maladie se voit délivrer, sous réserve des exceptions prévues à l'article L. 426-18, une carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " d'une durée de dix ans. / () Les ressources mentionnées au premier alinéa doivent atteindre un montant au moins égal au salaire minimum de croissance. Sont prises en compte toutes les ressources propres du demandeur, indépendamment des prestations familiales et des allocations prévues à l'article L. 262-1 du code de l'action sociale et des familles ainsi qu'aux articles L. 5423-1, L. 5423-2 et L. 5423-3 du code du travail. () ". L'annexe 10 de ce code prévoir que le demandeur doit, notamment, fournir les " justificatifs de [ses] ressources ou de celles de [son] couple [s'il est marié] (à l'exclusion des prestations sociales ou allocations), qui doivent être suffisantes, stables et régulières sur les 5 dernières années (bulletins de paie, avis d'imposition, attestation de versement de pension, contrat de travail, attestation bancaire, revenus fonciers, etc.) ".

8. Il ressort des pièces du dossier qu'au titre de la période de référence, M. B, qui a exercé ses fonctions de façadier tantôt comme salarié tantôt en autoentrepreneur, a perçu des revenus annuels inférieurs au salaire minimum de croissance, hormis en 2018. Dans ces conditions, la préfète de la Loire a pu, sans méconnaître les dispositions et stipulations précitées, estimer que l'intéressé ne justifiait pas de ressources propres suffisantes et refuser, pour ce motif, de lui délivrer la carte de résident sollicitée.

9. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () ".

10. Le refus de délivrance d'un titre de séjour de résident de longue durée, qui ne fait pas obstacle à la délivrance d'un autre titre de séjour et qui n'emporte, par lui-même, aucune conséquence sur le droit au séjour de l'intéressé, ne porte pas atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, lesquelles ne peuvent être regardées comme imposant à un Etat de délivrer un type particulier de titre de séjour, ni à l'intérêt supérieur de ses enfants, protégé par les stipulations précitées du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de ces stipulations doivent être écartés.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 25 janvier 2023 par laquelle la préfète de la Loire a refusé de lui délivrer une carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE ".

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l'annulation de la décision attaquée, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par M. B doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Par suite, les conclusions présentées à ce titre par M. B doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de la Loire.

Délibéré après l'audience du 10 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Clément, président,

Mme Duca, première conseillère,

Mme Gros, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er octobre 2024.

La rapporteure,

R. Gros

Le président,

M. ClémentLa greffière,

G. Montézin

La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,