Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2302796
vendredi 20 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2302796 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 8ème chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 3 avril 2023, M. A C, représenté par Me Adja Oke demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 septembre 2022 par lequel la préfète de l'Ain a décidé sa réadmission Schengen à destination de l'Italie ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain de procéder au réexamen de sa situation administrative dans le délai de 2 mois à compter de l'intervention du jugement à venir, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour assortie d'un droit au travail dans cette attente ;
3°) mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à Me Adja-Oke en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- le signataire de la décision attaquée était incompétent pour se faire ;
- la décision attaquée est insuffisamment motivée et révèle un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;
- la décision attaquée méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de celle-ci sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 octobre 2023, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens de la requête de M. C n'est fondé.
Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle n° 2022/018771 du 27 janvier 2023, M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention d'application de l'accord de Schengen signée le 19 juin 1990 ;
- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
-le rapport de Mme D, magistrate rapporteure,
- les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. C né le 22 septembre 1994 à Meghraoua (Maroc), de nationalité marocaine, déclare être entré en France pour la première fois le 1er octobre 2018 et avoir effectué des séjours réguliers sur le territoire, muni de son titre de séjour italien obtenu le 29 juillet 2021 et valable jusqu'au 18 janvier 2024. Il a sollicité le 25 mai 2022 la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié " en application de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987. Par arrêté du 28 septembre 2022, la préfète de l'Ain a refusé de l'admettre au séjour et a décidé de le remettre aux autorités italiennes. M. C demande l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, Mme E B, directrice de la citoyenneté et de l'intégration de la préfecture de l'Ain disposait à la date de la décision attaquée d'une délégation de signature n° 01-2022-01-31-00008 du 31 janvier 2022, suffisamment précise quant au contenu des matières déléguées et quant à l'identité du déléguant et du délégataire et régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture de l'Ain le 1er février 2022 . Par suite, le moyen doit être écarté.
3. En deuxième lieu, le refus de délivrance d'un titre de séjour qui a été opposé à M. C vise les dispositions internationales, légales et réglementaires sur lesquelles il se fonde, et notamment l'article L. 621-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il précise en outre que l'intéressé, entré pour la dernière fois en France le 30 mars 2022, est célibataire et sans charge de famille et qu'il ne démontre pas une intégration ancienne et particulière sur le territoire français, ni ne fait valoir des éléments permettant de considérer que la décision attaquée aurait des conséquences disproportionnées au regard de la vie privée et familiale de l'intéressé. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé.
4. En troisième lieu, eu égard à ce qui vient d'être dit, la motivation de l'arrêté attaqué fait apparaître que l'autorité préfectorale s'est livrée à un examen approfondi de la situation individuelle de M. C. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen réel et sérieux de a situation du requérant doit être écarté.
5. En dernier lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation au refus d'entrée à la frontière prévu à l'article L. 332-1, à la décision portant obligation de quitter le territoire français prévue à l'article L. 611-1 et à la mise en œuvre des décisions prises par un autre État prévue à l'article L. 615-1, l'étranger peut être remis, en application des conventions internationales ou du droit de l'Union européenne, aux autorités compétentes d'un autre État, lorsqu'il se trouve dans l'un des cas prévus aux articles L. 621-2 à L. 621-7. / L'étranger est informé de cette remise par décision écrite et motivée prise par une autorité administrative définie par décret en Conseil d'État. Il est mis en mesure de présenter des observations et d'avertir ou de faire avertir son consulat, un conseil ou toute personne de son choix. ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 621-2 du même code : " Peut faire l'objet d'une décision de remise aux autorités compétentes d'un Etat membre de l'Union européenne, de la République d'Islande, de la Principauté du Liechtenstein, du Royaume de Norvège ou de la Confédération suisse l'étranger qui, admis à entrer ou à séjourner sur le territoire de cet Etat, a pénétré ou séjourné en France sans se conformer aux dispositions des articles L. 311-1, L. 311-2 et L. 411-1, en application des dispositions des conventions internationales conclues à cet effet avec cet État, en vigueur au 13 janvier 2009. ".
6. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2°) Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
7. Il est constant qu'à la date de la décision attaquée, M. C bénéficiait d'un titre de séjour italien en cours de validité désormais expiré depuis le 18 janvier 2024, et qu'il n'établit pas qu'il résidait en France de manière stable et continue avant le 30 mars 2022. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que M. C se déclare célibataire et sans charge de famille en France et ne démontre pas être dépourvu d'attaches familiales en Italie où il disposait d'un droit au séjour à la date de la décision attaquée. Enfin, si M. C se prévaut de son insertion professionnelle en France comme cuisinier à temps plein depuis le 15 avril 2022 dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée pour lequel son employeur aurait obtenu une autorisation de travail, il ne justifie pas, au regard de ces éléments, d'une insertion professionnelle ancienne et stable alors même qu'il ne démontre pas qu'il ne serait pas en mesure d'exercer son activité professionnelle de cuisinier en Italie. Dans ces conditions, la décision en litige ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. C et ne méconnaît donc pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, elle n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. C tendant à l'annulation de l'arrêté du 28 septembre 2022 par lequel la préfète de l'Ain a décidé sa réadmission Schengen à destination de l'Italie doivent être rejetées, de même par voie de conséquence, que ses conclusions à fin d'injonction qui doivent également être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une quelconque somme au bénéfice du conseil de M. C au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à la préfète de l'Ain.
Copie en sera adressée à Me Adja-Oke.
Délibéré après l'audience du 6 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Pascale Dèche, présidente,
Mme Ludivine Journoud, conseillère,
Mme Charlotte Pouyet, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2024.
La rapporteure,
L. D
La présidente,
P. Dèche
La greffière,
S. Hosni
La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
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