Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2303138
jeudi 24 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2303138 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 3ème chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu les procédures suivantes :
I- Par une requête enregistrée le 18 avril 2023 sous le n° 2303138, Mme A B, représentée par la Selarl Lozen Avocats, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé par la préfète du Rhône sur sa demande de titre de séjour ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de la munir d'une autorisation provisoire de séjour puis de lui délivrer dans le délai d'un mois une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de procéder dans le même délai au réexamen de sa situation et de statuer de nouveau sur son droit au séjour ;
3°) de condamner l'Etat à lui verser une somme totale de 27 648 euros en réparation des préjudices que l'illégalité du refus critiqué lui a causés ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 400 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le refus de titre de séjour attaqué méconnaît l'article L. 423-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et résulte d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le refus implicite en litige est entaché d'illégalité, faute de réponse à la demande de communication de ses motifs ;
- l'illégalité du refus de titre de séjour qu'elle conteste est constitutif d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat ;
- le préjudice constitué par la perte de chance de poursuivre un autre cursus universitaire peut être évalué à 3 000 euros, la perte de revenus résultant du refus critiqué peut être évaluée à 5 000 euros, le préjudice constitué de la perte d'une bourse d'études peut être fixé à 11 648 euros et son préjudice moral et les troubles dans ses conditions d'existence peuvent être évalués à 1 000 euros par mois.
Par un mémoire en défense enregistré le 15 juin 2023, la préfète du Rhône conclut à ce que le tribunal constate que la requête à fin d'annulation de Mme B a perdu son objet.
Elle soutient que la requête est devenue sans objet dès lors qu'il a été fait droit à la demande de titre de la requérante.
II- Par une requête enregistrée le 26 mai 2023 sous le n° 2304274, Mme A B, représentée par la Selarl Lozen Avocats, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser une provision de 50 648 euros en réparation des préjudices résultant du refus de titre de séjour qui lui a été illégalement opposé ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que l'illégalité du refus de titre de séjour qui lui a été opposé lui a causé un préjudice matériel ainsi qu'un préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence justifiant l'allocation de la provision demandée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 juin 2023, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les dommages invoqués et leur lien de causalité avec la décision de refus de titre critiquée ne sont pas établis.
Vu les pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Reniez a été entendu au cours de l'audience publique, à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Ressortissante comorienne née en 2002, Mme B conteste la décision implicite de rejet née du silence gardé par la préfète du Rhône sur sa demande de titre de séjour et demande la condamnation de l'Etat à l'indemniser des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de l'illégalité de ce rejet.
2. Les requêtes visées ci-dessus sont relatives à la situation d'une même requérante et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions de la requête n° 2303138 :
En ce qui concerne les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :
3. Il est constant que la préfète du Rhône a fait droit en cours d'instance à la demande de titre de séjour présentée par Mme B en lui délivrant une carte de séjour valable du 20 avril 2023 au 19 avril 2024. Par suite, les conclusions de la requête aux fins d'annulation et d'injonction ont perdu leur objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.
En ce qui concerne les conclusions à fin d'indemnisation :
4. Il ressort des pièces du dossier et n'est d'ailleurs pas contesté qu'au regard de l'établissement de sa vie privée et familiale en France, Mme B remplissait les conditions pour obtenir un titre de séjour qui ne lui a toutefois été délivré en cours d'instance qu'au mois d'avril 2023. Dans ces conditions, Mme B est fondée à soutenir que le refus implicite initialement opposé à la demande de titre de séjour qu'elle a formée au mois de septembre 2020 était entaché d'une illégalité fautive de nature à engager la responsabilité de l'Etat.
5. Alors que les allégations de la requérante et les pièces qu'elle produit ne suffisent pas pour considérer que le refus de titre de séjour en litige l'a privée de la bourse d'études dont elle fait état ou d'une chance sérieuse d'exercer une activité rémunérée ou de suivre un cursus universitaire mieux valorisé que celui dans lequel elle a pu s'inscrire, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral et des troubles de toute nature subis par la requérante dans ses conditions d'existence du fait de l'illégalité du refus critiqué pour la période pendant laquelle elle n'a pas bénéficié de titre de séjour en condamnant l'Etat à lui verser à ce titre la somme de 3 000 euros.
En ce qui concerne les frais liés au litige :
6. Dans les circonstances de l'espèce et en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement à Mme B de la somme de 1 000 euros au titre des frais d'instance.
Sur les conclusions de la requête n° 2304274 :
En ce qui concerne le versement d'une provision :
7. Le présent jugement statuant sur la demande de Mme B tendant à l'indemnisation des préjudices allégués, il n'y a pas lieu de statuer sur ses conclusions tendant au versement d'une provision.
En ce qui concerne les frais liés au litige :
8. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par la requérante sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au titre de l'instance n° 2304274.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction de la requête n° 2303138 de Mme B.
Article 2 : L'Etat est condamné à verser à Mme B la somme de 3 000 euros en réparation du préjudice que lui a causé l'illégalité du refus initialement opposé à sa demande de titre de séjour.
Article 3 : L'Etat versera à Mme B la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative dans l'instance n° 2303138.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête n° 2303138 est rejeté.
Article 5 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête n° 2304274 de Mme B tendant au versement d'une provision.
Article 6 : Le surplus des conclusions de la requête n° 2304274 est rejeté.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la préfète du Rhône.
Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Gille, président,
Mme Lacroix, première conseillère,
Mme Reniez, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2024.
La rapporteure,Le président,
E. ReniezA. Gille
La greffière,
K. Schult
La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier
Nos 2303138 - 2304274
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