Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2303261

mardi 8 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2303261
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon, statuant en formation de 1ère chambre, a rejeté la requête de M. A D, ressortissant camerounais, qui contestait la décision implicite du préfet du Rhône rejetant sa demande de titre de séjour "vie privée et familiale". Le tribunal a jugé inopérant le moyen tiré du défaut de motivation, le requérant n'ayant pas sollicité la communication des motifs de la décision implicite. Il a également estimé que la décision ne méconnaissait pas l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme, et qu'elle n'était pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 avril 2023, M. A D E, représenté par Me Gillioen, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet du Rhône a rejeté sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet du Rhône de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de procéder à un nouvel examen de sa demande de titre de séjour, dans les mêmes conditions de délais et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 400 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation au regard des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- cette décision est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et commis une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 septembre 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Viotti, conseillère,

- et les observations de Me Stadler pour M. A D.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D, ressortissant camerounais né le 16 février 1992 à Yaoundé, déclare être entré en France au cours de l'année 1994. A compter de 2010, il indique avoir bénéficié de plusieurs titres de séjour, dont le dernier, portant la mention " vie privée et familiale ", était valable du 26 décembre 2017 au 25 décembre 2018. Il a ensuite sollicité un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " le 27 juin 2022 auprès de la préfecture de la Drôme, laquelle, du fait de déménagement de l'intéressé, l'a transmise à la préfecture du Rhône. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé par le préfet du Rhône pendant quatre mois, soit le 27 octobre 2022. Par la présente requête, M. C en demande l'annulation.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Selon l'article L. 211-5 dudit code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Enfin, l'article L. 232-4 de ce même code prévoit : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ".

3. Il ne ressort pas des pièces du dossier ni n'est même allégué que M. C aurait sollicité la communication des motifs de la décision implicite de rejet qui lui a été opposée le 27 octobre 2022. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation est inopérant.

4. En deuxième lieu, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que la préfète du Rhône aurait négligé de procéder à un examen sérieux et attentif de la situation du requérant.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Aux termes de l'article L. 412-5 du même code : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance () de la carte de séjour temporaire () ".

6. La préfète du Rhône fait valoir que le comportement de M. A D représente une menace pour l'ordre public, motif pour lequel elle a décidé de ne pas faire droit à sa demande de titre de séjour. Le requérant ne conteste pas avoir fait l'objet de plusieurs condamnations pénales, à savoir le 20 avril 2010 à six mois d'emprisonnement pour des faits de tentative de vol en réunion commis en récidive, le 28 juin 2012 à trente jours d'amende d'un montant de 5 euros à titre principal pour conduite d'un véhicule avec un permis de conduire relevant d'une catégorie n'autorisant pas conduite, le 25 septembre 2012 à trois mois d'emprisonnement pour des faits de refus de se soumettre à un prélèvement biologique destiné à l'identification de son empreinte génétique par une personne soupçonnée d'infraction entraînant l'inscription au ficher national des empreintes génétiques, le même jour à trois ans d'emprisonnement dont deux ans avec sursis assortis d'une mise à l'épreuve pendant trois ans pour vol aggravé par deux circonstances et tentative de vol aggravé par deux circonstances commis en récidive, le 13 février 2014 à un mois d'emprisonnement pour vol avec violence ayant entraîné une incapacité totale de travail n'excédant pas huit jours, le 30 juin 2014 à six mois d'emprisonnement pour vol en réunion commis en récidive et dégradation ou détérioration du bien d'autrui commise en réunion, le 1er septembre 2014 à un mois d'emprisonnement pour s'être rendu complice de faits d'obstacle, par un conducteur, à l'immobilisation administrative de son véhicule, le 29 janvier 2015 pour recel de bien provenant d'un vol, le 30 mars 2015 à huit mois d'emprisonnement pour outrage à un agent d'un exploitant de réseau de transport public de personnes commis en réunion, le 13 avril 2015 à un mois d'emprisonnement pour des faits de conduite d'un véhicule à moteur malgré une suspension administrative ou judiciaire du permis de conduire, le 3 novembre 2015 à six mois d'emprisonnement pour recel habituel de bien provenant d'un vol commis en récidive, le 18 novembre 2015 à cinq mois d'emprisonnement pour violence avec usage ou menace d'une arme suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours, le 3 décembre 2015 à deux mois d'emprisonnement pour refus, par le conducteur d'un véhicule, d'obtempérer à une sommation de s'arrêter, le 8 décembre 2015 à deux ans et six mois d'emprisonnement pour vol par ruse, effraction, escalade dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt aggravé par une autre circonstance commis en récidive, refus par le conducteur d'un véhicule d'obtempérer à une sommation de s'arrêter dans des circonstances exposant directement autrui à un risque de mort ou d'infirmité, recel de bien provenant d'un vol commis en récidive et conduite d'un véhicule à moteur malgré une suspension administrative ou judiciaire du permis de conduire, le 9 janvier 2017 à deux mois d'emprisonnement pour dégradation ou détérioration d'un bien appartenant à autrui, le 20 janvier 2020 à six mois d'emprisonnement pour usurpation de plaque d'immatriculation et circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance, le 2 juillet 2021 à cinq ans d'emprisonnement et 10 000 euros d'amende pour des faits de vol par ruse, effraction ou escalade dans un local d'habitation ou un lien d'entrepôt aggravé par une autre circonstance commis en récidive, vol aggravé par trois circonstances commis en récidive, vol avec destruction ou dégradation en récidive, recel de bien provenant d'un vol en récidive, recel de bien provenant d'un vol par effraction dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt, vols aggravés par deux circonstances commis en récidive et participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un délit puni d'au moins cinq ans d'emprisonnement et, enfin, le 18 janvier 2022 à six mois d'emprisonnement pour violence aggravée par deux circonstances suivie d'une incapacité n'excédant pas huit jours avec usage ou menace d'une arme, commise en réunion avec plusieurs personnes agissant en qualité d'auteur ou de complice. Ainsi, M. A D a été condamné à plus de quatorze ans d'emprisonnement sur une période de douze ans ayant débuté dès sa majorité. Il a par ailleurs fait l'objet de soixante-deux inscriptions au traitement des antécédents judiciaires durant sa minorité, et de trente inscriptions depuis qu'il est majeur. Compte tenu de la nature, de la gravité et de la réitération encore récente des faits pour lesquels il a été condamné à de multiples reprises, le comportement de M. A D représente une menace à l'ordre public, de sorte qu'il ne peut prétendre bénéficier d'un droit au séjour fondé sur l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En quatrième lieu, il n'est pas contesté que M. A D est entré en France au cours de l'année 1994, alors qu'il était âgé de deux ans, et qu'il a bénéficié, à compter du 30 juin 2010, d'un titre de séjour régulièrement renouvelé jusqu'au 25 décembre 2018. Toutefois, s'il fait valoir qu'il s'est marié le 10 septembre 2022 avec Mme B, ressortissante française, il ne produit aucune pièce attestant de la réalité de la communauté de vie et de l'ancienneté de cette relation. Il ne justifie pas davantage contribuer à l'entretien et à l'éducation de ses deux enfants de nationalité française, né d'une précédente union, ni entretenir des liens intenses et stables avec les membres de sa famille présents en France. En outre, le requérant, qui se prévaut de cinq bulletins de salaire datés de novembre 2011, décembre 2011, novembre 2013, décembre 2013 et février 2018, ainsi que d'une promesse d'embauche postérieure à la décision attaquée, ne justifie pas, compte tenu de sa durée de présence en France, d'une insertion professionnelle particulière. Enfin, ainsi qu'il a été dit au point 6, son comportement représente une menace grave et actuelle à l'ordre public et témoigne de son refus de s'intégrer à la société française, dont le respect des lois est une composante essentielle. Compte tenu de ses conditions de séjour en France et de son comportement délictuel, et en dépit de sa longue durée de présence sur le territoire, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des exigences de sécurité publique en vue desquels elle a été prise. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

8. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. A D n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision implicite du 27 octobre 2022. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonctions sous astreinte et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. A D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D E A et à la préfète du Rhône.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 24 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Hervé Drouet, président,

M. François-Xavier Richard-Rendolet, premier conseiller,

Mme Océane Viotti, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 octobre 2024.

La rapporteure,

O. Viotti Le président,

H. Drouet

La greffière,

L. Khaled

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

No 2303261