Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2303331
vendredi 20 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2303331 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 25 avril 2023, M. B A, représenté par Me Gillioen, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 27 mars 2023 par lequel la préfète de l'Ain a refusé de renouveler son titre de séjour portant la mention " salarié " ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain à titre principal de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", et à titre subsidiaire de réexaminer sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de cent euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 400 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux et complet de sa situation et d'erreurs manifestes d'appréciation;
- la préfète a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la préfète a méconnu les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la préfète a commis des erreurs manifestes d'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense enregistré le 5 juin 2024, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Viallet, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant albanais né le 5 septembre 1987, déclare être entré en France le 25 mai 2004. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 16 décembre 2004 confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 1er juin 2005. Il a obtenu un droit au séjour en qualité de salarié renouvelé annuellement du 13 novembre 2008 au 12 novembre 2020. Alors qu'il était incarcéré depuis le 29 juin 2020, il a sollicité le renouvellement de sa carte de séjour le 11 janvier 2022. Par sa requête, il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 27 mars 2023 par lequel la préfète de l'Ain a refusé de renouveler son titre de séjour portant la mention " salarié ".
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué, non stéréotypé, mentionne avec une précision suffisante les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il précise de manière détaillée les conditions d'entrée et de séjour en France de l'intéressé ainsi que sa situation familiale, personnelle, professionnelle et pénale. En outre, il vise la convention internationale des droits de l'enfant et précise que l'intéressé peut poursuivre sa vie privée et familiale dans son pays d'origine, avec sa compagne, également de nationalité albanaise et en situation irrégulière, et leur fils né en 2018. Ainsi, contrairement à ce que soutient le requérant, en particulier au regard de l'intérêt de son fils mineur, la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour est suffisamment motivée. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier et notamment de la décision en litige que, pour refuser de délivrer à M. A le titre de séjour sollicité portant la mention " salarié ", la préfète s'est fondée sur la circonstance qu'il ne dispose pas d'un visa de long séjour et que son comportement est constitutif d'une menace à l'ordre public. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier ni des termes de l'arrêté attaqué, qui est suffisamment motivé ainsi qu'il a été exposé au point 2, que la préfète n'aurait pas procédé à un examen sérieux et complet de la situation de M. A. En outre, la circonstance que la décision précise que ses frères disposent d'un droit au séjour en France alors qu'ils ont acquis la nationalité française est sans incidence sur l'examen de sa situation de famille. Par suite, le moyen doit être écarté.
4. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 3, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
6. M. A est entré en France en mai 2004 à l'âge de 16 ans avec ses parents et ses frères. Il a suivi une scolarité au lycée puis a bénéficié de titres de séjour en qualité de salarié renouvelés du 13 novembre 2008 au 12 novembre 2020 avant d'obtenir un certificat de formation générale le 18 décembre 2020. Il a été incarcéré sans discontinuité, au regard de sa fiche pénale, depuis le 29 juin 2020 en raison de multiples condamnations à des peines d'emprisonnement prononcées par décisions du juge pénal des 15 novembre 2017, 18 avril 2019, 4 août 2020, 14 décembre 2020, 21 mars 2022 et 2 mai 2022, pour des faits d'usage illicite, transport, détention et trafic de produits stupéfiants, notamment en récidive, menaces de mort réitérées et violences, conduite d'un véhicule sans permis de conduire et sans assurance et usage de faux documents administratifs. Si son père et ses frères résident en France et que sa mère y est décédée, il vit avec une compatriote, en situation irrégulière, avec laquelle il est parent d'un enfant né le 19 décembre 2018 et peut ainsi reconstituer sa cellule familiale dans leur pays d'origine. Il ne démontre pas davantage une insertion sociale ou professionnelle particulière et ne justifie plus de revenus depuis le courant de l'année 2017, quand bien même il a créé une auto-entreprise en avril 2019. Ainsi, eu égard à la gravité et au caractère récent et répété des faits pour lesquels M. A a été condamné, sa présence constitue une menace à l'ordre public. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait porté à son droit au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
7. En cinquième lieu, compte tenu de ce qui vient d'être dit, la décision de refus d'admission au séjour ne méconnaît pas les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, eu égard au jeune âge du fils de M. A et alors que ce dernier peut poursuivre sa vie familiale avec sa compagne et leur enfant dans leur pays d'origine. Par ailleurs, si M. A produit un courrier du médecin scolaire orientant son fils vers les services départementaux pour une prise en charge d'un trouble du neuro développement, aucun élément du dossier n'atteste que ses problèmes de santé ne pourraient faire l'objet d'un suivi ou d'un traitement en Albanie. Par suite, le moyen doit être écarté.
8. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux deux points précédents, la préfète n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté de la préfète de l'Ain du 27 mars 2023 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
DECIDE:
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de l'Ain.
Délibéré après l'audience du 6 septembre 2024 à laquelle siégeaient :
Mme Dèche, présidente,
Mme Viallet, conseillère,
Mme Pouyet, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2024.
La rapporteure,
ML. VialletLa présidente,
P. Dèche
La greffière,
S. Hosni
La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
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