Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2303389

mardi 8 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2303389
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Lyon a annulé l'arrêté du 7 mars 2023 par lequel la préfète de l'Ain refusait de délivrer un titre de séjour à Mme C, ressortissante marocaine. La préfète avait motivé son refus par le dépôt tardif de la demande, au-delà du délai de trois mois prévu par l'article R. 233-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le tribunal a jugé que ce motif était insuffisant, car l'époux de Mme C, citoyen italien, exerçait une activité professionnelle en France, lui conférant un droit au séjour. En ne délivrant pas le titre, la préfète a commis une erreur manifeste d'appréciation, en violation des articles L. 233-1 et L. 233-2 du même code.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 26 avril et 26 mai 2023, Mme A B épouse C doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler l'arrêté du 7 mars 2023 par lequel la préfète de l'Ain a refusé de lui délivrer un titre de séjour.

Elle soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 novembre 2023, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- le moyen soulevé par Mme C n'est pas assorti de précisions suffisantes pour permettre d'en apprécier le bien-fondé ;

- il n'est, en tout état de cause, pas fondé.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Gros, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B épouse C, ressortissante marocaine née le 1er février 1985, est entrée en France le 13 août 2022 munie d'un titre de séjour italien. Le 8 décembre 2022, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Par un arrêté du 7 mars 2023, dont la requérante demande l'annulation, la préfète de l'Ain a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité.

2. Aux termes de l'article L. 200-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par membre de famille d'un citoyen de l'Union européenne, on entend le ressortissant étranger, quelle que soit sa nationalité, qui relève d'une des situations suivantes : / 1° Conjoint du citoyen de l'Union européenne ; () ". Aux termes de l'article L. 233-2 de ce code : " Les ressortissants de pays tiers, membres de famille d'un citoyen de l'Union européenne satisfaisant aux conditions énoncées aux 1° ou 2° de l'article L. 233-1, ont le droit de séjourner sur le territoire français pour une durée supérieure à trois mois. () ". Aux termes de l'article L. 233-1 du même code : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; / 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; () ". Son article R. 233-15 dispose que : " Les membres de famille ressortissants de pays tiers mentionnés à l'article L. 233-2 présentent dans les trois mois de leur entrée en France leur demande de titre de séjour avec leur passeport en cours de validité ainsi que les justificatifs établissant leur lien familial et garantissant le droit au séjour du citoyen de l'Union européenne accompagné ou rejoint. / Lorsque le citoyen de l'Union européenne qu'ils accompagnent ou rejoignent n'exerce pas d'activité professionnelle, ils justifient en outre des moyens dont celui-ci dispose pour assurer leur prise en charge financière et d'une assurance offrant les prestations mentionnées aux articles L. 160-8 et L. 160-9 du code de la sécurité sociale. () ".

3. Pour refuser de délivrer à Mme C le titre de séjour sollicité sur le fondement de l'article L. 233-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète de l'Ain s'est fondée sur la circonstance qu'elle avait présenté sa demande au-delà du délai de trois mois mentionné par l'article R. 233-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, motif qui n'est pas utilement contesté par l'intéressée.

4. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que Mme C réside en France avec son époux et leurs trois enfants mineurs, de nationalité italienne. A la date de la décision attaquée, l'époux de la requérante exerçait une activité professionnelle en intérim, dont il n'est pas argué par la préfète de l'Ain qu'elle se présentait comme purement marginale et accessoire, et disposait, ainsi, du droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois. L'intéressé a, au demeurant, conclu un mois plus tard un contrat de travail à durée indéterminée pour un emploi de monteur soudeur au sein de la société Latem Industrie. Dans ces conditions, en ne délivrant pas à Mme C un titre de séjour, la préfète de l'Ain a commis une erreur manifeste d'appréciation.

5. Il résulte de ce qui précède que Mme C est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 7 mars 2023 par lequel la préfète de l'Ain a refusé de lui délivrer un titre de séjour.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 7 mars 2023 par lequel la préfète de l'Ain a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme C est annulé.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B épouse C et à la préfète de l'Ain.

Délibéré après l'audience du 24 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Clément, président,

Mme Duca, première conseillère,

Mme Gros, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 octobre 2024.

La rapporteure,

R. Gros

Le président,

M. ClémentLe greffier,

J. Billot

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,