Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2303670

mardi 3 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2303670
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a rejeté la requête de Mme F, qui contestait le refus du maire de Lyon de céder son autorisation d'occupation temporaire du domaine public sur un marché à son successeur. Le tribunal a écarté le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte, la maire-adjointe ayant reçu une délégation de signature valable. Il a jugé que la décision de refus, fondée sur la volonté d'améliorer la diversité du marché, était suffisamment motivée au regard de l'article L. 2224-18-1 du code général des collectivités territoriales. La requête a donc été rejetée dans son intégralité.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 mai 2023, Mme D F, représentée par DM-Avocats (Me Dokhan), demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 8 novembre 2022 par laquelle le maire de la commune de Lyon a rejeté sa demande de cession de son autorisation d'occupation temporaire du domaine public sur le marché dit " G E " à M. H B, ainsi que la décision rejetant implicitement son recours gracieux contre cette décision ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Lyon d'accorder à M. B le bénéfice de l'autorisation d'occupation temporaire du domaine public qui lui était initialement accordée, en qualité de successeur ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Lyon une somme de 2 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 2224-18-1 du code général des collectivités territoriales et le règlement général des marchés de la ville de Lyon du 7 juin 2022 ;

- elle méconnaît le principe d'égal accès au domaine public entre commerçants non-sédentaires placés dans une situation identique.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 septembre 2023, la commune de Lyon, représentée par la Selarl Itinéraires Avocats Cadoz-Lacroix-Rey-Verne (Me Cadoz), conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de Mme F au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme F ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code général de la propriété des personnes publiques ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Leravat,

- les conclusions de M. Gueguen, rapporteur public,

- et les observations de Me Sahraoui, représentant la commune de Lyon.

Considérant ce qui suit :

1. Mme F, commerçante non-sédentaire titulaire d'une autorisation d'occupation temporaire du domaine public délivrée par la commune de Lyon pour exercer l'activité de primeur sur le marché dit " G E ", a sollicité auprès du maire de cette commune, par un courrier du 23 juin 2022, la cession de son autorisation au bénéfice de M. H B, son successeur. Par une décision du 8 novembre 2022, le maire de la commune de Lyon a rejeté la demande de Mme F, qui a formé un recours gracieux le 6 janvier 2023, rejeté implicitement. Mme F demande au tribunal l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, Mme C A, maire-adjointe déléguée à l'emploi et à l'économie durable a reçu délégation de signature, par un arrêté du 1er septembre 2021, à l'effet de signer au nom du maire de Lyon tous actes, arrêtés, décisions, conventions, courriers ressortissants aux matières de sa délégation, laquelle comprend notamment la mise en œuvre des pouvoirs de police générale et spéciale du maire en matière d'occupations commerciales des kiosques, édicules, halles et marchés forains. Dès lors, Mme A était compétente pour signer au nom du maire de Lyon la décision en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 2224-18-1 du code général des collectivités territoriales : " Sous réserve d'exercer son activité dans une halle ou un marché depuis une durée fixée par délibération du conseil municipal dans la limite de trois ans, le titulaire d'une autorisation d'occupation peut présenter au maire une personne comme successeur, en cas de cession de son fonds. Cette personne, qui doit être immatriculée au registre du commerce et des sociétés, est, en cas d'acceptation par le maire, subrogée dans ses droits et ses obligations. / () / La décision du maire est notifiée au titulaire du droit de présentation et au successeur présenté dans un délai de deux mois à compter de la réception de la demande. Toute décision de refus doit être motivée. "

4. La décision du 8 novembre 2022 reprend les termes de la demande de Mme F et précise notamment que celle-ci relève du cadre de la loi n° 2014-626 du 18 juin 2014 relative à l'artisanat, au commerce et aux très petites entreprises. Elle indique que la demande de Mme F est rejetée afin d'améliorer la diversité sur le marché " G E " et cite l'article 25 du règlement général des marchés de la ville de Lyon, dans sa version alors en vigueur. Dans ces conditions, la décision attaquée comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, alors même qu'elle omet de préciser que l'article 25 dont elle cote les termes est celui du règlement général des marchés de la ville de Lyon, ce qui constitue une simple erreur de plume, et que les termes de celui-ci ont été repris aux articles 14 et 19 de la nouvelle version de ce règlement adoptée en juin 2022. Par suite, la décision en litige est suffisamment motivée.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 2122-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " L'autorisation d'occupation ou d'utilisation du domaine public peut être consentie, à titre précaire et révocable, par la voie d'une décision unilatérale ou d'une convention ". Aux termes de l'article L. 2224-18 code général des collectivités territoriales : " () Le régime des droits de place et de stationnement sur les halles et marché est défini conformément aux dispositions d'un cahier des charges ou d'un règlement établi par l'autorité municipale après consultation des organisations professionnelles intéressées ". Enfin, aux termes de l'article 14 relatif à la transmission des emplacements du règlement général des marchés de la ville de Lyon du 7 juin 2022, reprenant l'article 25 de la précédente version de ce règlement : " En cas de cessation d'activité pour quelque motif que ce soit, l'emplacement devient vacant. / La Ville de Lyon peut, sur demande écrite du commerçant, autoriser la reprise de l'abonnement pour la même activité aux personnes limitativement énumérées ci-après : / () / un successeur conformément aux dispositions de l'article L. 2224-18-1 du Code Général des Collectivités Territoriales si le titulaire exerce son activité en tant qu'abonné sur un marché depuis au moins 3 ans. La demande de présentation d'un successeur devra être adressée au Maire de Lyon. Elle pourra concerner un ou plusieurs emplacements fixes ou l'ensemble des emplacements fixes détenus sur les marchés de Lyon. () ".

6. Il ressort des termes des dispositions précitées de l'article L. 2224-18 du code général des collectivités territoriales et de l'article 14 du règlement général des marchés de la ville de Lyon que la présentation en vue de l'agrément d'un successeur pour l'autorisation d'occuper un emplacement de marché constitue une faculté offerte au bénéficiaire d'une telle autorisation qui n'a, toutefois, pour effet de créer aucune obligation pour le maire. En outre, le maire de la commune de Lyon pouvait légalement invoquer un motif tiré de l'amélioration de la diversité des commerçants du marché, qui, contrairement à ce que soutient Mme F, constitue un motif d'intérêt général pour rejeter la demande de la requérante. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision en litige aurait méconnu les dispositions précitées du code général des collectivités territoriales ou du règlement général des marchés de la ville de Lyon.

7. En dernier lieu, l'autorité investie du pouvoir réglementaire peut régler de façon différente des situations divergentes ou déroger à l'égalité pour des raisons d'intérêt général pourvu que, dans l'un comme l'autre cas, la différence de traitement qui en résulte soit en rapport direct avec l'objet de la norme qui l'établit et ne soit pas manifestement disproportionnée au regard des motifs susceptibles de la justifier. En l'espèce, Mme F n'établit ni même n'allègue qu'elle se trouvait dans la même situation que les trois commerçants non-sédentaires ayant obtenu l'agrément de leur successeur dans le cadre d'une cession de leurs fonds de commerce. En tout état de cause, à la supposer établie, la différence de traitement avec un primeur ayant été autorisé à succéder à un producteur-vendeur de fruits et légumes est en rapport direct avec l'objet du règlement général des marchés de la ville de Lyon qui l'établit et n'est pas manifestement disproportionnée au regard du motif d'intérêt général qui la justifie, en l'espèce la nécessité d'assurer la diversité de l'offre commerciale sur le marché alimentaire dit " G E ". Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance du principe d'égal accès au domaine public ne peut qu'être écarté.

8. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de Mme F doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Lyon, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme demandée par Mme F au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme F la somme demandée par la commune de Lyon à ce titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D F et à la commune de Lyon.

Délibéré après l'audience du 15 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Vaccaro-Planchet, présidente,

Mme Leravat, première conseillère,

Mme de Tonnac, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 décembre 2024.

La rapporteure,

C. LERAVAT

La présidente,

V. VACCARO-PLANCHET

La greffière,

S. ROLLAND

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,