Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2303725

jeudi 5 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2303725
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a rejeté la requête de M. A qui demandait l'annulation du refus du maire de Bessenay de modifier le classement de sa parcelle en zone constructible. Le requérant contestait par voie d'exception la légalité du classement de son terrain en zone naturelle (Nh) par le plan local d'urbanisme (PLU) de 2012, invoquant une erreur manifeste d'appréciation et une inégalité de traitement. Le tribunal a jugé que le classement en zone naturelle n'était pas entaché d'erreur manifeste, car la parcelle, bien que proche d'un hameau, s'intègre dans un ensemble de terres à caractère naturel, conformément aux articles L. 151-9 et R. 151-24 du code de l'urbanisme. Le moyen tiré de l'inégalité de traitement a également été écarté, la délimitation des zones ne reposant pas sur une appréciation erronée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 9 mai 2023, 2 août 2023, 7 août 2023 et 22 mai 2024, M. C A doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 3 mai 2023 par laquelle le maire de Bessenay a refusé de modifier le classement de la parcelle cadastrée section B n° 768 " pour la rendre constructible ".

Il soutient que :

- cette décision est illégale, par la voie de l'exception, dès lors que la délibération approuvant le plan local d'urbanisme de la commune est entachée d'erreur manifeste d'appréciation en tant qu'elle classe sa parcelle en zone naturelle inconstructible ;

- il est victime d'inégalité de traitement.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 1er août 2023, 4 août 2023 et 22 mai 2024, la commune de Bessenay, représentée par son maire en exercice, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

La requête a été communiquée au département du Rhône qui n'a pas produit d'observations.

Par une lettre du 18 juillet 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de la période à laquelle il était envisagé d'appeler l'affaire à une audience et que l'instruction pourrait être close à partir du 2 août 2024 sans information préalable.

Une ordonnance portant clôture de l'instruction immédiate a été prise le 9 septembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de M. Bodin-Hullin, rapporteur public,

- et les observations de M. A, requérant.

Considérant ce qui suit :

1. M. A est propriétaire d'un terrain cadastré section B n° 768 situé sur le territoire de la commune de Bessenay. Il doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 3 mai 2023 par laquelle le maire de Bessenay a refusé de modifier le classement de cette parcelle " pour la rendre constructible ".

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 151-9 du code de l'urbanisme : " Le règlement délimite les zones urbaines ou à urbaniser et les zones naturelles ou agricoles et forestières à protéger. / () ". Aux termes de l'article R. 151-24 de ce code : " Les zones naturelles et forestières sont dites " zones N ". Peuvent être classés en zone naturelle et forestière, les secteurs de la commune, équipés ou non, à protéger en raison : / 1° Soit de la qualité des sites, milieux et espaces naturels, des paysages et de leur intérêt, notamment du point de vue esthétique, historique ou écologique ; () / 3° Soit de leur caractère d'espaces naturels ; / 4° Soit de la nécessité de préserver ou restaurer les ressources naturelles ; () ".

3. M. A, qui demande " l'autorisation de construire sur son terrain ", doit être regardé comme soutenant que la parcelle cadastrée section B n° 768 a été classée à tort en zone naturelle par le plan local d'urbanisme de la commune de Bessenay adopté le 17 janvier 2012. Toutefois, cette parcelle, proche du hameau de Crussillieux mais non bâtie, fait partie d'un ensemble de parcelles classé en zone Nh situé à proximité d'une zone agricole. La circonstance qu'elle ne présente aucun potentiel agricole ou forestier est, en elle-même, sans incidence sur le classement litigieux. Par ailleurs, la desserte de la parcelle par la voirie et la présence à proximité de réseaux et de constructions ainsi que d'annexes récentes ne font pas, par elles-mêmes, obstacle à un classement en zone naturelle. Enfin, le requérant ne peut utilement soutenir qu'un classement de sa parcelle en zone urbaine constructible serait plus opportun ou que cette parcelle aurait dû être incluse au sein d'un autre sous-secteur qui autoriserait les constructions puisqu'il appartient seulement au juge administratif de vérifier que le classement retenu par l'autorité administrative est légal au regard des critères précités. Dans ces conditions, eu égard à la configuration des lieux, la parcelle litigieuse peut, sans erreur manifeste, être regardée comme se rattachant à un ensemble de terres à caractère naturel, au sens des dispositions précitées de l'article R. 151-24 du code de l'urbanisme. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir, par la voie de l'exception, que le classement de sa parcelle en zone Nh au plan local d'urbanisme est entaché d'illégalité.

4. En second lieu, il est de la nature de toute réglementation d'urbanisme de distinguer des zones où les possibilités de construire sont différentes, ainsi que des zones inconstructibles. Dès lors que cette délimitation effectuée dans un plan local d'urbanisme ne repose pas sur une appréciation manifestement erronée, elle ne porte pas d'atteinte illégale au principe d'égalité des citoyens devant la loi. En l'espèce, en l'absence d'erreur manifeste d'appréciation entachant le classement de la parcelle de M. A en zone naturelle, la circonstance que d'autres terrains supportent des constructions, lesquelles ont d'ailleurs été réalisées avant l'approbation du plan local d'urbanisme de la commune, est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré d'une inégalité de traitement doit être écarté.

5. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 3 mai 2023 du maire de Bessenay.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à la commune de Bessenay et au département du Rhône.

Délibéré après l'audience du 21 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Jean-Pascal Chenevey, président,

Mme Marine Flechet, première conseillère,

Mme Flore-Marie Jeannot, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.

La rapporteure,

F.-M. BLe président,

J.-P. Chenevey

La greffière,

S. Saadallah

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière