Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2304404
jeudi 31 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2304404 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | JU Chambre Sociale |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés le 26 mai 2023, le 5 mars 2024, le 17 mai 2024 et le 11 octobre 2024, M. A B demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de transmettre la requête au président de la section du contentieux du Conseil d'Etat en application de l'article R. 342-2 du code de justice administrative ;
2°) d'annuler la décision du 20 mars 2023 de Pôle emploi, devenu France Travail, lui ayant demandé de produire les justificatifs de déplacement pour le paiement des aides à la mobilité et la décision du 31 mars 2023 lui imposant un délai de 48 heures pour déposer une demande d'aide à la mobilité ;
3°) de condamner Pôle emploi, devenu France Travail, à lui verser la somme de 848,61 euros au titre des aides à la mobilité des 15 mars 2023, 20 mars 2023, 22 mars 2023 et 17 avril 2023, subsidiairement la somme de 102,94 euros, augmentée des intérêts au taux légal ;
4°) de mettre à la charge de Pôle emploi, devenu France Travail, la somme de 50 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les dépens de l'instance ;
5°) d'ordonner l'exécution provisoire du jugement.
Il soutient que :
- l'affaire étant connexe à celle enregistrée par le tribunal administratif de Marseille s'agissant du paiement d'aide à la mobilité des 25 septembre 2023, 12 octobre 2023, 7 et 11 novembre 2023, et d'autres dont est saisi le tribunal administratif de Toulouse, la juridiction doit mettre en œuvre la procédure prévue par l'article R. 342-1 du code de justice administrative ;
- les tickets d'essence et de péage ne sont pas exigés par la délibération de Pôle emploi pour le paiement de l'aide à la mobilité ;
- il ne peut être exigé de produire des pièces justificatives par décision distincte de celle attributive de l'aide et plusieurs jours après le concours ;
- ayant transmis les attestations de présence dans le délai requis, il a droit au paiement de l'aide à la mobilité pour les concours des 15, 20 et 22 mars 2023 ;
- les pièces produites en défense, obtenues en méconnaissance de l'article L. 5312-13-2 du code du travail, doivent être " annulées " ;
- la pièce produite en défense, qui méconnait l'article 1316-1 du code civil, doit l'être également ;
- il ne peut lui être imposé de partir la veille en train, ce qui justifie que lui soit accordée l'indemnisation forfaitaire de 208,61 euros au titre de l'aide à la mobilité du 17 avril 2023 ;
- l'obligation de déposer sa demande d'aide dans le délai de 48 heures avant le début du concours, dans la réponse du 31 mars 2023, méconnait la délibération fixant les modalités d'attribution de l'aide et constitue une violation du principe d'égalité ;
- les frais d'avocats dont il est demandé le remboursement ne sont pas justifiés ;
- les décisions dont il demande l'annulation lui font grief.
Par des mémoires enregistrés les 2 octobre 2023 et 30 septembre 2024, Pôle emploi Auvergne Rhône-Alpes, devenu France Travail, représenté par la société Levy Roche Sarda, conclut au rejet de la requête et demande la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
- les " décisions " attaquées ne constituent pas des actes faisant grief ;
- l'instruction DG n° 2022-25 du 1er décembre 2022 autorise de solliciter la production des justificatifs des frais engagés pour le remboursement des frais de déplacement ;
- elle autorise de privilégier les bons de transport en permettant la prise en charge des frais d'hébergement si le déplacement doit avoir lieu la veille du concours ;
- le requérant obtient frauduleusement le remboursement de ses frais de déplacement en produisant des justificatifs falsifiés lui permettant d'obtenir une somme supérieure à celle qu'il a réellement déboursée pour ses trajets.
Par une ordonnance n° 2304404 du 30 août 2024, la présidente de la 5ème chambre du tribunal a refusé de transmettre au Conseil d'Etat la question prioritaire de constitutionnalité soulevée par M. B par un mémoire distinct enregistré le 5 mars 2024.
Un mémoire présenté par M. B a été enregistré le 19 septembre 2024.
Par un courrier du 23 septembre 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement est susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public, relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions en annulation du courrier du 20 mars 2023 et du courriel du 31 mars 2023 qui ne constituent pas des décisions faisant grief susceptibles de recours en annulation.
France Travail a présenté des observations en réponse à ce moyen le 30 septembre 2024, et M. B le 10 octobre 2024.
Une lettre de France Travail a été enregistrée le 15 octobre 2024.
La présidente du tribunal a désigné M. Reymond-Kellal, premier conseiller, pour statuer sur les litiges relatifs aux prestations, allocations ou droits attribués au titre des travailleurs privés d'emploi, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code civil,
- le code du travail,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Après avoir, au cours de l'audience publique, présenté son rapport et entendu les observations de M. B et Me Djebari de la société Levy Roche Sarda pour France Travail Auvergne Rhône-Alpes.
La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par décisions des 20 mars 2023, 22 mars 2023 et 17 avril 2023, le directeur de l'agence Pôle emploi Auvergne Rhône-Alpes devenu France Travail de Lyon a attribué à M. B des aides à la mobilité en vue de sa participation aux concours organisés respectivement à Rungis le 15 mars 2023, Arcueil le 20 mars 2023, Noisy-le-Grand le 22 mars 2023 et Champs-sur-Marne le 13 avril 2023. M. B demande l'annulation des décisions qui lui imposeraient de produire les justificatifs de ses frais de déplacement d'une part, et d'autre part, l'obligeraient à présenter sa demande dans un délai de 48 heures, ainsi que le paiement des aides ainsi attribuées.
Sur la connexité :
2. Contrairement à ce que soutient M. B, les litiges, distincts, dont il a saisi le tribunal administratif de Marseille ou celui de Toulouse concernant l'attribution ou le paiement d'autres aides à la mobilité qui lui auraient été implicitement refusées, lesquelles relèvent de la compétence des agences de France Travail d'autres régions en raison notamment de son déménagement en cours d'instance, ne présentent pas un lien de connexité avec celui dont il a saisi le tribunal. Par suite, il n'y a pas lieu de transmettre l'affaire en application de l'article R. 342-2 du code de justice administrative.
Sur les conclusions aux fins d'annulation et de condamnation :
En ce qui concerne le cadre juridique :
3. Selon le 2° du I de l'article L. 5312-1 du code du travail, Pôle emploi devenu France Travail a pour mission de faciliter la mobilité géographique et professionnelle des personnes à la recherche d'un emploi. Le 2° de l'article R. 5312-6 du même code prévoit à ce titre que le conseil d'administration de cet organisme délibère sur les mesures destinées à faciliter cette mobilité géographique.
4. En vertu de la délibération n° 2020-45 du 7 juillet 2020 parue au BOPE n° 56 du 8 juillet 2020, il a été institué une aide à mobilité au demandeur d'emploi participant à un concours public situé à plus de 60 kilomètres ou 2 heures aller-retour du lieu de résidence. Selon l'article 3 de cette délibération, la demande d'aide doit être faite de préférence avant la participation au concours public et au plus tard dans un délai de 7 jours après le premier jour dudit concours. Son article 4 précise que le montant des frais de déplacement est calculé sur la base d'une indemnité kilométrique égale à un forfait " par kilomètre parcouru multiplié par le nombre de kilomètres aller-retour. / Lorsque la prise en charge des frais de déplacement est réalisée sous forme de bons de transport, le montant de ces bons et les modalités de prise en charge sont négociés dans le cadre de convention(s) nationales conclue(s) par Pôle emploi avec le(s) transporteur(s) ".
5. Le point 4.1.1 de l'instruction DG n° 2022-25 du 1er décembre 2022 publiée au BOPE n° 2022-83 du 16 décembre 2022, prise en application de l'article 6 de la délibération n° 2020-45 précitée, dispose que la prise en charge en numéraire des frais de déplacement au titre de l'aide à la mobilité " peut être forfaitaire ou correspondre à des frais engagés dans la limite du montant maximum précédemment défini ". Le point 4.1.2 de la même instruction précise que : " L'utilisation d'un bon de transport ou d'un bon de réservation SNCF sera privilégiée par rapport au versement de frais de déplacement kilométrique dès qu'un trajet en train est possible seulement lorsque le déplacement concerne () un concours public () ". Le point 7.3 dispose, en outre, que la demande est recevable dès lors qu'elle est accompagnée de la convocation à l'examen du concours. Enfin, le point 8 de cette instruction dispose que : " Le versement de l'aide attribuée est effectué, sauf dans certains cas particuliers, par virement suite à remise des justificatifs de paiement dans les délais fixés par la présente instruction ". Et le point 8.4 précise que le demandeur doit fournir comme justificatifs pour déclencher le paiement des frais de déplacement en cas de participation à un concours public : " Une attestation de présence signée, () par () l'organisateur du concours public () dans le délai maximum de 15 jours suivant () du concours et le cas échéant une facture des frais engagés ".
En ce qui concerne le courrier du 20 mars 2023 :
6. Il résulte des dispositions citées précédemment que le paiement de l'aide à la mobilité pour la participation à un concours public, qui peut prendre la forme d'une indemnité forfaitaire kilométrique ayant pour objet de couvrir les frais de déplacement exposés, peut être subordonnée non seulement à la production d'une attestation de présence signée par l'organisateur dudit concours mais également de toute facture ou pièce de nature à justifier la réalité du moyen de déplacement utilisé et des frais ainsi engagés par le candidat. Dès lors, le directeur de l'agence de Lyon n'a commis aucune illégalité en exigeant la production de " ticket péage, essence, parking " en vue de justifier le paiement de l'indemnité kilométrique correspondant aux frais de déplacement au titre de l'aide à la mobilité accordée. Il n'en a pas davantage commis en rappelant que seule la production de ces justificatifs permettrait le paiement de l'aide, par un courrier distinct des décisions datées des 20 et 22 mars 2023 déclarant recevable la demande d'aide à la mobilité et donnant un accord de principe. En outre, les conditions de mise à disposition ou de notification de ce courrier son sans incidence sur la légalité des modalités de détermination du caractère certain de la créance ou de la liquidation des frais de déplacement. Par suite, M. B n'est pas fondé à demander l'annulation du courrier du 20 mars 2023 à supposer même qu'il constitue une décision lui faisant grief en tout état de cause.
En ce qui concerne le courriel du 31 mars 2023 :
7. Le courriel du 31 mars 2023, par lequel un agent a indiqué à M. B, en réponse à ses reproches concernant l'édition d'un bon SNCF le matin d'un concours alors que le requérant avait sollicité ce moyen la veille et refusé l'aide à l'hébergement pour un départ plus tôt, qu'il pouvait " faire parvenir [sa demande de prise en charge] 48 heures avant le déplacement pour () permettre de [lui] envoyer le bon de transport, sinon () conserver [ses] justificatifs de déplacement afin " qu'il puisse être remboursé à posteriori, ne constitue pas une décision faisant grief susceptible de recours en annulation.
En ce qui concerne le paiement des aides à la mobilité :
8. M. B demande le versement d'une somme de 633,75 euros au titre des aides à la mobilité qui lui ont été attribuées les 20 mars 2023 et 22 mars 2023 pour des concours organisés respectivement à Rungis le 15 mars 2023, Arcueil le 20 mars 2023 et Noisy-le-Grand le 22 mars 2023. Il demande également le versement de la somme de 208,61 euros au titre de la même aide attribuée le 13 avril 2023 pour un concours à Champs-sur-Marne le 17 avril 2023. Ces sommes semblent correspondre pour l'essentiel à l'indemnité forfaitaire kilométrique attribuée au titre des frais de déplacement de l'aide à la mobilité. Toutefois, il ne produit dans la présente instance ni les attestations de présence à ces concours, ni les pièces justificatives de l'utilisation d'un moyen de transport personnel pour s'y rendre, et par suite, n'établit pas la réalité des frais exposés dans ce cadre qui devraient donner lieu à remboursement au moyen de l'indemnisation forfaitaire. Dès lors, M. B n'est fondé à demander le paiement d'aucune de ces sommes, pas même celle de 102,94 euros présentée à titre subsidiaire.
Sur l'exécution provisoire :
9. Aux termes de l'article L. 11 du code de justice administrative : " Les jugements sont exécutoires ". Les conclusions demandant l'exécution provisoire du jugement sont sans objet et doivent, dès lors, être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
10. La présente instance n'ayant pas donné lieu à dépens, les conclusions présentées à ce titre par M. B doivent être rejetées. En outre, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de France Travail, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par M. B. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de ce dernier la somme demandée par France Travail Auvergne Rhône-Alpes en application des mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le surplus des conclusions présentées par France Travail Auvergne Rhône-Alpes est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B, à France Travail Auvergne Rhône-Alpes et à la ministre du travail et de l'emploi.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2024.
Le magistrat désigné,
R. Reymond-Kellal
La greffière,
T. Zaabouri
La République mande et ordonne à la ministre du travail et de l'emploi, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
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