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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2305026

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2305026

mardi 2 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2305026
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantURBAN CONSEIL

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a rejeté la requête de M. A... contestant l'arrêté du 4 mai 2023 par lequel le maire de Villieu-Loyes-Mollon avait sursis à statuer sur sa demande de permis de construire une maison individuelle. Le tribunal a écarté le moyen tiré du défaut de transmission de l'arrêté au préfet, jugeant cette circonstance sans incidence sur la légalité de l'acte. Il a également estimé que le projet, qui prévoyait une seule maison sur un terrain pouvant en accueillir plusieurs, était de nature à compromettre l'exécution du futur plan local d'urbanisme en révision, notamment au regard de l'orientation d'aménagement et de programmation n°7, justifiant ainsi le sursis à statuer sur le fondement des articles L. 153-11 et L. 152-1 du code de l'urbanisme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 19 juin 2023 et 18 février 2025, M. B... A..., représenté par Me Paturat, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 4 mai 2023 par lequel le maire de Villieu-Loyes-Mollon a sursis à statuer sur sa demande de permis de construire ;

2°) d’enjoindre au maire de Villieu-Loyes-Mollon de réexaminer sa demande de permis de construire dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Villieu-Loyes-Mollon une somme de 5 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- la commune n’établit pas avoir transmis la décision litigieuse au préfet dans les conditions prévues à l’article L. 2131-2 du code général des collectivités territoriales ;
- le projet n’est pas incompatible avec l’orientation d’aménagement et de programmation (OAP) n° 7 prévue par le plan local d’urbanisme (PLU) en cours de révision.


Par un mémoire en défense, enregistré le 9 septembre 2024, la commune de Villieu-Loyes-Mollon, représentée par Me Bourillon, conclut au rejet de la requête et à ce qu’une somme de 2 500 euros soit mise à la charge du requérant au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :
- aucun moyen de la requête n’est fondé ;
- le projet est incompatible avec l’OAP n° 7 en ce qu’il ne respecte pas l’attendu strict tendant à l’implantation des constructions sur au moins une limite latérale.


Par courriers du 13 novembre 2025, les parties ont été informées, en application de l’article R. 611-7-3 du code de justice administrative, que le tribunal était susceptible d’enjoindre d’office au maire de Villieu-Loyes-Mollon de délivrer le permis de construire litigieux.


Vu les autres pièces du dossier.


Vu :
- le code de l’urbanisme ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.


Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Lahmar,
- les conclusions de Mme Eymaron, rapporteure publique,
- les observations de Me Manamanni, pour M. A..., et celles de Me Drouin, pour la commune de Villieu-Loyes-Mollon.




Considérant ce qui suit :



1. Le 28 février 2023, M. A... a déposé auprès des services de la commune de Villieu-Loyes-Mollon une demande de permis de construire une maison individuelle sur un terrain situé chemin de la Côtière, parcelle cadastrée section ZA n° 265. M. A... demande au tribunal de prononcer l’annulation de l’arrêté du 4 mai 2023 par lequel le maire de Villieu-Loyes-Mollon a sursis à statuer sur cette demande.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

2. En premier lieu, le défaut de transmission d’un acte pris par l’autorité communale au représentant de l’Etat, dans les conditions prévues à l’article L. 2131-2 du code général des collectivités territoriales, est sans incidence sur sa légalité. Le moyen soulevé sur ce point ne peut donc qu’être écarté.

3. En second lieu, l’article L. 153-11 du code de l’urbanisme dispose : « (…) L'autorité compétente peut décider de surseoir à statuer, dans les conditions et délai prévus à l'article L. 424-1, sur les demandes d'autorisation concernant des constructions, installations ou opérations qui seraient de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution du futur plan dès lors qu'a eu lieu le débat sur les orientations générales du projet d'aménagement et de développement durable. »

4. Aux termes de l’article L. 152-1 du code de l’urbanisme : « L’exécution par toute personne publique ou privée de tous travaux, constructions, aménagements, plantations, affouillements ou exhaussements des sols, et ouverture d’installations classées appartenant aux catégories déterminées dans le plan sont conformes au règlement et à ses documents graphiques. / Ces travaux ou opérations sont, en outre, compatibles, lorsqu’elles existent, avec les orientations d’aménagement et de programmation ». Il résulte de ces dispositions qu’une autorisation d’urbanisme ne peut être légalement délivrée si les travaux qu’elle prévoit sont incompatibles avec les orientations d’aménagement et de programmation d’un plan local d’urbanisme et, en particulier, en contrarient les objectifs. Cette compatibilité s’apprécie en procédant à une analyse globale des effets du projet sur l’objectif ou les différents objectifs d’une orientation d’aménagement et de programmation, à l’échelle de la zone à laquelle ils se rapportent.

5. Il ressort des pièces du dossier que la révision du plan local d’urbanisme de Villieu-Loyes-Mollon a été prescrite par délibération du conseil municipal du 7 avril 2017 et que le débat sur les orientations générales du plan d’aménagement et de développement durables a eu lieu les 17 juillet 2019 et 28 septembre 2022. L’orientation d’aménagement et de programmation n° 7 qui figure au sein du projet de révision du plan local d’urbanisme arrêté vise à créer trente à trente-deux logements, dont vingt-quatre individuels, au sein du secteur du Nord-Mollon, qui représente une superficie totale de 27 221 mètres-carrés et qui recouvre notamment la parcelle cadastrée section ZA n° 265. Pour surseoir à statuer sur la demande de permis de construire de M. A..., le maire de Villieu-Loyes-Mollon a relevé que le projet porte sur la construction d’une unique maison individuelle alors que la superficie du terrain permettrait l’édification de plusieurs constructions, ainsi que l’envisage le schéma joint à l’OAP. Toutefois, d’une part, la demande de permis de construire prévoit l’implantation de la construction à l’ouest du terrain, de sorte que la réalisation du projet ne fait pas obstacle à ce que d’autres habitations soient bâties sur la partie est de la parcelle, comme le prévoit le schéma de l’OAP. D’autre part, le schéma de l’OAP matérialise trois constructions sur la parcelle de M. A... et il n’apparaît pas que les deux autres habitations que celle prévue par le projet litigieux ne pourraient être édifiées sur les autres terrains relevant du périmètre de l’OAP, de sorte que le permis en litige ne peut être regardé comme contrariant l’objectif de réaliser vingt-quatre logements individuels à l’échelle du secteur. En se fondant sur ce motif pour considérer que le projet litigieux était incompatible avec l’OAP n° 7 et, par conséquent, susceptible de compromettre l’exécution du plan local d’urbanisme en cours de révision, le maire de Villieu-Loyes-Mollon a donc entaché sa décision d’erreur d’appréciation.

6. Toutefois, l’administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l’excès de pouvoir que la décision dont l’annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l’auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d’apprécier s’il résulte de l’instruction que l’administration aurait pris la même décision si elle s’était fondée initialement sur ce motif. Dans l’affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu’elle ne prive pas le requérant d’une garantie procédurale liée au motif substitué.

7. La seule circonstance que le permis de construire litigieux ne prévoit pas une implantation de la construction sur au moins une limite latérale du terrain, configuration qui est définie comme un « attendu strict » par l’OAP n° 7, ne permet pas de considérer que le projet serait incompatible avec cette orientation. En considérant même qu’une incompatibilité puisse être caractérisée sur ce point, elle n’apparaît pas de nature à compromettre ou rendre plus onéreuse l’exécution du plan local d’urbanisme en cours de révision. Il en résulte qu’à supposer que la commune de Villieu-Loyes-Mollon ait entendu solliciter une substitution de ce motif à celui opposé dans l’arrêté attaqué, celui-ci n’est pas susceptible de fonder légalement la décision contestée et la demande de substitution doit être rejetée.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. A... est fondé à demander l’annulation de l’arrêté du 4 mai 2023 par lequel le maire de Villieu-Loyes-Mollon a sursis à statuer sur sa demande de permis de construire.


Sur les conclusions à fin d’injonction sous astreinte :

9. Lorsque le juge annule un refus d'autorisation, y compris une décision de sursis à statuer, après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation ou de prendre une décision de non-opposition. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction soit que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée, qui eu égard aux dispositions de l'article L. 600-2 du code de l'urbanisme demeurent applicables à la demande, interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle.

10. Il ne résulte pas de l’instruction que les dispositions législatives ou réglementaires en vigueur à la date d’édiction de l’arrêté du 4 mai 2023 ou un changement de circonstances de fait survenu avant le prononcé du présent jugement feraient obstacle à la délivrance du permis de construire sollicité par M. A.... Il y a donc lieu d’enjoindre au maire de Villieu-Loyes-Mollon de procéder à cette délivrance dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu’il soit besoin d’assortir cette injonction d’une astreinte.


Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu’il soit fait droit aux conclusions présentées par la commune de Villieu-Loyes-Mollon. Dans les circonstances de l’espèce, il y a, en revanche, lieu de mettre à la charge de la commune de Villieu-Loyes-Mollon une somme de 1 000 euros à verser au requérant sur ce fondement.




D E C I D E :


Article 1er : L’arrêté du 4 mai 2023 par lequel le maire de Villieu-Loyes-Mollon a sursis à statuer sur la demande de permis de construire de M. A... est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au maire de Villieu-Loyes-Mollon de délivrer à M. A... le permis de construire sollicité dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune de Villieu-Loyes-Mollon versera à M. A... une somme de 1 000 (mille) euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et à la commune de Villieu-Loyes-Mollon.



Délibéré après l'audience du 18 novembre 2025, à laquelle siégeaient :
M. Drouet, président,
Mme Viotti, première conseillère,
Mme Lahmar, conseillère.



Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 décembre 2025.




La rapporteure,




L. Lahmar

Le président,




H. Drouet
La greffière,




L. Khaled




La République mande et ordonne à la préfète de l’Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition,
Une greffière,

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