Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2305130

mardi 17 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2305130
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon, statuant en excès de pouvoir, a examiné la requête de Mme B, ressortissante arménienne, contestant le refus de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de lui accorder les conditions matérielles d'accueil. Le tribunal a rejeté la demande d'annulation de la décision du 15 septembre 2022, estimant que la motivation était suffisante et que l'OFII avait procédé à un examen complet de sa situation, notamment via un entretien de vulnérabilité. La solution retenue s'appuie sur les articles L. 522-1, L. 522-2 et L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que sur le code des relations entre le public et l'administration.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 juin 2023, Mme A B, représentée par Me Dachary, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 15 septembre 2022 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a rejeté son recours administratif préalable obligatoire formé le 8 mars 2022 à l'encontre de la décision du 1er mars 2022 lui refusant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui accorder rétroactivement les conditions matérielles d'accueil, dans un délai d'une semaine à compter de la notification du jugement et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale en l'absence d'examen particulier de sa situation personnelle et familiale ainsi que de son état de vulnérabilité ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 522-1 et L. 522-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur de droit ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de l'existence d'un motif légitime ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juillet 2024, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Boulay, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante arménienne, qui déclare être entrée en France le 5 mars 2021, a demandé l'asile le 1er mars 2022. Par une décision du 1er mars 2022, le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de Lyon lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif que sa demande d'asile avait été présentée, sans motif légitime, plus de 90 jours après son entrée en France. Le 8 mars 2022, Mme B a formé un recours administratif préalable obligatoire contre cette décision, qui a été rejeté par une décision du directeur général de l'OFII du 15 septembre 2022. Mme B demande au tribunal d'annuler cette décision du 15 septembre 2022.

2. En premier lieu, la décision attaquée vise les dispositions des articles L. 551-15, L. 522-3 et D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise que Mme B, sans motif légitime, n'a pas sollicité l'asile dans le délai de 90 jours suivants son entrée en France. Dès lors, la décision attaquée est suffisamment motivée en droit et en fait alors que l'exigence de motivation n'implique pas qu'elle mentionne l'ensemble des éléments particuliers de la situation de la requérante. En outre, le caractère suffisant de la motivation ne dépend pas du bien-fondé des motifs retenus par l'autorité administrative et des éventuelles erreurs qu'elle pourrait contenir. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / Lors de l'entretien personnel, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale ".

4. Il ne ressort pas des pièces du dossier ni des termes de la décision attaquée, alors que Mme B a notamment bénéficié d'une évaluation de sa vulnérabilité lors d'un entretien réalisé le 1er mars 2022 par un agent formé de l'OFII, que cet office n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation personnelle de la requérante, et en particulier de son état de vulnérabilité.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : / () 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ". Aux termes de l'article L. 531-27 du même code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée à la demande de l'autorité administrative chargée de l'enregistrement de la demande d'asile dans les cas suivants : () / 3° Sans motif légitime, le demandeur qui est entré irrégulièrement en France ou s'y est maintenu irrégulièrement n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France () ".

6. Aux termes de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 : " () 2. Les États membres peuvent aussi limiter les conditions matérielles d'accueil lorsqu'ils peuvent attester que le demandeur, sans raison valable, n'a pas introduit de demande de protection internationale dès qu'il pouvait raisonnablement le faire après son arrivée dans l'État membre. / () 5. Les décisions portant limitation ou retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou les sanctions visées aux paragraphes 1, 2, 3 et 4 du présent article sont prises au cas par cas, objectivement et impartialement et sont motivées. Elles sont fondées sur la situation particulière de la personne concernée, en particulier dans le cas des personnes visées à l'article 21, compte tenu du principe de proportionnalité. Les États membres assurent en toutes circonstances l'accès aux soins médicaux conformément à l'article 19 et garantissent un niveau de vie digne à tous les demandeurs ".

7. Mme B est, selon ses propres déclarations, entrée sur le territoire français le 5 mars 2021 avec ses deux enfants âgés de 11 et 13 ans, où elle a rejoint son époux de la même nationalité, présent sur le territoire français depuis 2017. Elle n'a toutefois présenté sa demande d'asile que le 1er mars 2022, soit postérieurement au délai de 90 jours prévu au 3° de l'article L. 531-27 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si la requérante fait valoir qu'elle voulait retrouver son époux, entré en 2017 sur le territoire français après avoir fui l'Arménie, avant de déposer une demande d'asile, cette seule circonstance ne peut être regardée comme constituant un motif légitime justifiant le dépôt de sa demande d'asile près d'un an après son entrée en France. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'une erreur de droit. Par ailleurs si la requérante soutient qu'elle est dépourvue de ressources et d'hébergement stable et se prévaut de la pathologie dont est atteinte un de ses fils, il ne ressort pas des pièces du dossier, particulièrement de l'entretien d'évaluation de vulnérabilité, du certificat médical relatif à son fils et de l'aide financière accordée pour ses enfants produits, que la requérante se trouvait placer dans une situation de vulnérabilité particulière, notamment en raison de la situation de ses deux enfants et de l'état de santé de son fils, de nature à l'empêcher de déposer une demande d'asile dans le délai de quatre-vingts dix jours et à justifier l'octroi des conditions matérielles d'accueil. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit et de la méconnaissance de l'article L. 551-15 du le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'erreur d'appréciation au regard de cet article L. 551-15 doivent être écartés.

8. En dernier lieu, compte tenu des éléments exposés ci-dessus au point 7, Mme B n'est fondée à soutenir ni que la décision attaquée a méconnu l'intérêt supérieur de ses enfants, garanti par l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, ni que l'Office français de l'immigration et de l'intégration a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision litigieuse sur sa situation personnelle.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Segado, président,

Mme Bardad, première conseillère,

Mme Boulay, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.

La rapporteure,

P. Boulay

Le président,

J. Segado La greffière,

F. Abdillah

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,