Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2305531
mardi 10 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2305531 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 4ème chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 4 juillet 2023, M. B A, représenté par Me Paquet demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 27 octobre 2022 par laquelle le préfet du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois sous astreinte de 150 euros par jour de retard et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 15 jours à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ; à défaut, d'enjoindre à la préfète du Rhône de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros hors taxe en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision est entachée d'un défaut d'examen complet et sérieux de sa situation personnelle et d'une erreur manifeste d'appréciation des faits, dès lors qu'il remplissait les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'ancien article L.313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à la date de sa demande initiale le 6 février 2018, et les conditions pour se voir délivrer, au-delà de ses 19 ans, un titre de séjour sur le fondement des articles L.423-23 et L.435-1 de ce code ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une méconnaissance des dispositions de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il a transféré l'intégralité de ses liens privés en France, où il justifie d'une réelle intégration ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il justifie de circonstances permettant son admission exceptionnelle au séjour ;
- le préfet aurait dû faire usage de son pouvoir de régularisation.
La procédure a été communiquée au préfet du Rhône qui n'a pas produit de mémoire en défense.
M. A a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 juin 2023.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Viallet, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant albanais né le 1er mars 1999, est entré en France le 30 avril 2016 et a été pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance en qualité de mineur isolé. Il a bénéficié d'un titre de séjour portant la mention " étudiant " pour l'année universitaire 2020-2021, renouvelé jusqu'au 30 novembre 2023. Par sa requête, M. A demande au tribunal d'annuler la décision du 27 octobre 2022 du préfet du Rhône portant refus de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ".
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, il ne ressort ni de la motivation de la décision attaquée ni des autres pièces du dossier que le préfet du Rhône se serait abstenu de procéder à un examen complet de la situation personnelle de l'intéressé ou aurait commis une erreur dans l'appréciation des faits le concernant. En outre le préfet relate avec précision les conditions d'entrée et de séjour en France de M. A, souligne que s'il a estimé que l'intéressé ne répondait pas aux critères d'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L.435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, un titre de séjour portant la mention " étudiant " lui a néanmoins été délivré puis renouvelé pour l'année scolaire 2021-2022 et le sera de nouveau pour l'année 2022-2023 sous réserve de transmission du certificat de scolarité. Enfin le préfet fait état de sa situation personnelle et familiale, et précise que s'il poursuit avec succès ses études, il ne justifie pas d'une vie privée et familiale intense et ancienne sur le territoire, ni de considérations humanitaires ou de motif exceptionnel permettant la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Par suite ces moyens doivent être écartés.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".
4. Si M. A, célibataire et sans enfant, se prévaut de l'ancienneté de son séjour en France, il ressort des pièces du dossier qu'entré sur le territoire français le 30 avril 2016, il a été pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance jusqu'au 31 décembre 2017 avant d'être autorisé à séjourner en qualité d'étudiant à compter de l'année scolaire 2020-2021 jusqu'au 30 novembre 2023. Ainsi, M. A, qui soutient au demeurant sans plus de précision qu'il ne remplit aucun des critères de délivrance d'un titre de séjour portant la mention " étudiant ", n'a pas vocation à demeurer en France une fois ses études universitaires achevées, nonobstant des résultats scolaires satisfaisants et sa maîtrise de la langue française. La circonstance qu'il soit autonome financièrement grâce à un emploi à temps partiel depuis le 16 septembre 2021 ne lui confère aucun droit particulier au séjour. Dans ces conditions et par les pièces qu'il produit, M. A ne justifie pas avoir noué en France des liens personnels et familiaux tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, ce alors que ses parents, son frère et sa sœur résident dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 17 ans. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que, pour les mêmes motifs, celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ". Il appartient à l'autorité administrative, en application de ces dispositions, de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels et, à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat de travail ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là-même, des motifs exceptionnels exigés par la loi. Il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.
6. En l'espèce, eu égard à la situation personnelle, familiale et professionnelle de M. A décrite au point 4, le requérant ne justifie ni de considérations humanitaires, ni de motifs exceptionnels de nature à lui ouvrir droit au bénéfice d'une carte de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le préfet n'a pas commis d'erreur de droit et n'a pas davantage entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en refusant à M. A son admission au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait dû faire usage de son pouvoir de régularisation.
7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que par voie de conséquence les conclusions présentées à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
DECIDE:
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la préfète du Rhône et à Me Paquet.
Délibéré après l'audience du 26 novembre 2024 à laquelle siégeaient :
M. Clément, président,
Mme Gros, première conseillère,
Mme Viallet, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 décembre 2024.
La rapporteure,
M-L. VialletLe président,
M. Clément
Le greffier,
J. Billot
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Un greffier,
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