Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2305629

vendredi 6 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2305629
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a annulé la décision du 19 juin 2023 par laquelle le préfet de la Loire avait clôturé la demande de titre de séjour "passeport-talent - profession libérale" de Mme B, ressortissante libanaise. La juridiction a jugé que cette décision, constituant un refus de titre de séjour, était insuffisamment motivée en droit, en méconnaissance des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. En conséquence, le tribunal a enjoint au préfet de réexaminer la demande de Mme B dans un délai d'un mois et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 juillet 2023, Mme A B, représentée par Me Gillioen, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 19 juin 2023 par laquelle le préfet de la Loire a clôturé sa demande de délivrance d'un titre de séjour " passeport-talent - profession libérale " ;

2°) d'enjoindre à titre principal au préfet de la Loire de lui délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " passeport-talent " dans le délai de deux mois suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ; à défaut, d'enjoindre à titre subsidiaire au préfet de la Loire, de procéder à un nouvel examen de sa demande de titre de séjour, et ce dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 400 euros à lui verser en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est dépourvue de motivation en droit et en fait ;

- l'absence de motivation de la décision attaquée révèle un défaut d'examen complet et sérieux de sa situation personnelle ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 421-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 433-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La requête a été communiquée au préfet de la Loire qui n'a pas produit de mémoire en défense, malgré une mise en demeure adressée le 22 juillet 2024.

Vu :

- la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C, magistrate rapporteure,

- et les observations de Me Stadler pour Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, née le 2 janvier 1978 à Hadath (Liban), de nationalité libanaise, est titulaire d'un titre de séjour mention " visiteur " valable du 25 août 2022 au 24 août 2023. Le 28 mars 2023 elle a sollicité le renouvellement de son droit au séjour avec un changement de statut vers la délivrance d'un titre " passeport-talent / profession libérale " lui permettant de travailler en France et d'exercer sa profession d'architecte d'intérieur. Le 19 juin 2023, le préfet de la Loire a procédé à la clôture de sa demande sur la plateforme ANEF. Mme B demande l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Le refus d'enregistrement d'une demande de titre de séjour, y compris lorsqu'il est caractérisé par une clôture de la demande en cours sur la plateforme de l'administration numérique des étrangers en France (ANEF), et lorsqu'il n'est pas motivé sur le seul caractère incomplet du dossier ou par le caractère abusif ou dilatoire de la demande, constitue un refus de titre de séjour à l'encontre duquel l'étranger est recevable à se pourvoir.

3. Aux termes de l'article L.211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; (). ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

4. La décision de clôture de la demande du 19 juin 2023 qui en l'espèce n'est pas motivée par le caractère incomplet du dossier ni par le caractère dilatoire ou abusif de la demande, constitue en l'espèce un refus de titre de séjour pris à l'encontre de Mme B dont le dépôt de la demande avait été confirmé par l'émission d'une confirmation de dépôt. Il ressort des termes de la décision en litige, que celle-ci ne vise pas les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui en constituent la base légale. Ainsi, la décision du 19 juin 2023 ne permet pas à l'intéressée de comprendre et de contester utilement le fondement légal de la décision qui lui est opposée. Dans ces conditions, le préfet de la Loire a insuffisamment motivé en droit sa décision.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à solliciter l'annulation de la décision du 19 juin 2023 par laquelle le préfet de la Loire a clôturé et refusé sa demande de titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

6. Le présent jugement qui annule la décision du 19 juin 2023 par laquelle le préfet de la Loire a clôturé la demande de Mme B et lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour " passeport-talent - profession libérale ", implique nécessairement qu'il soit enjoint au préfet de la Loire de procéder à un nouvel examen de la demande de Mme B et ce, dans le délai d'un mois suivant la notification du présent jugement, ainsi qu'à la délivrance dans cette attente d'une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser à Mme B au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 19 juin 2023 du préfet de la Loire est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Loire de procéder au réexamen de la situation administrative de Mme B dans le délai d'un mois suivant la notification de la décision à intervenir et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'Etat versera une somme de 1 000 euros à Mme B au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de la Loire.

Délibéré après l'audience du 22 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Pascale Dèche, présidente,

Mme Ludivine Journoud, conseillère,

Mme Charlotte Pouyet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2024.

La rapporteure,

L. C

La présidente,

P. Dèche

La greffière,

S. Hosni

La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière.

N°2305629