Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2305775
vendredi 20 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2305775 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 8ème chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 9 mai 2023, M. C B, représenté par Me Robin, demande au tribunal :
1°) d'ordonner à l'administration la production de son entier dossier ;
2°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
3°) d'annuler l'arrêté du 8 mai 2023 par lequel le préfet du Puy-de-Dôme a décidé de prolonger, pour une durée de deux ans, la mesure d'interdiction de retour sur le territoire français qui lui a été opposée le 24 août 2022 ;
4°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 000 euros à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- la décision attaquée est signée par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;
- le préfet a violé les dispositions combinées des articles L.612-7 et L.612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a commis une erreur manifeste d'appréciation, et la mesure présente un caractère disproportionné au regard de sa situation personnelle.
La procédure a été communiquée au Préfet du Puy-de-Dôme qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Viallet, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant kosovar né le 21 septembre 2004 est entré en France le 24 novembre 2021. Il a présenté une demande d'asile en France, rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 31 décembre 2021. Par un arrêté du préfet du Puy-de-Dôme du 24 août 2022, il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par sa requête, il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 8 mai 2023 par lequel le préfet du Puy-de-Dôme a décidé de prolonger, pour une durée de deux ans, la mesure d'interdiction de retour sur le territoire français qui lui a été opposée le 24 août 2022.
Sur la communication du dossier administratif du requérant :
2. Aux termes de l'article L. 614-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger peut demander () au magistrat désigné à cette fin le concours d'un interprète et la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise ". Il n'apparaît pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la communication de l'entier dossier du requérant détenu par l'administration, l'affaire étant en état d'être jugée et le principe du contradictoire ayant été respecté.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
3. La présente procédure ne présentant pas le caractère d'urgence exigé par les dispositions de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 susvisée, ni n'apparaissant mettre en péril les conditions essentielles de vie du requérant, lequel n'a pas déposé de demande d'aide juridictionnelle auprès du bureau d'aide juridictionnelle, les conclusions de la requête tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. En premier lieu, l'arrêté a été signé par Mme D A, sous-préfète d'Ambert. Par un arrêté du 2 décembre 2022 visé dans l'arrêté attaqué, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le même jour, le préfet du Puy-de-Dôme a donné délégation à Mme A à l'effet de signer, notamment, la décision attaquée pendant les périodes où elle assure le service de permanence. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut prolonger l'interdiction de retour pour une durée maximale de deux ans dans les cas suivants : 1° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français alors qu'il était obligé de le quitter sans délai ; 2° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français au-delà du délai de départ volontaire qui lui avait été accordé ; 3° L'étranger est revenu sur le territoire français après avoir déféré à l'obligation de quitter le territoire français, alors que l'interdiction de retour poursuivait ses effets. Compte tenu des prolongations éventuellement décidées, la durée totale de l'interdiction de retour ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, sauf menace grave pour l'ordre public. ". Et aux termes de l'article L.612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. "
6. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les motifs qu'invoque l'autorité compétente sont de nature à justifier légalement dans son principe et sa durée la décision d'interdiction de retour et si la décision ne porte pas au droit de l'étranger au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise.
7. Il ressort des termes de la décision litigieuse, qui vise le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment l'article L. 612-11, et énumère les différents critères prévus à l'article L.612-10, que le préfet a examiné la situation personnelle de M. B au regard de l'ensemble desdits critères. Le préfet a ensuite indiqué que M. B a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français en date du 24 août 2022, qu'il représente une menace pour l'ordre public eu égard à son interpellation le 6 mai 2023 pour des faits de " refus d'obtempérer aggravé avec mise en danger de la vie d'autrui, recel de vol, défaut de maîtrise et maintien sur le territoire français malgré l'existence d'une mesure d'éloignement ", qu'entré sur le territoire le 24 novembre 2021 il ne peut être regardé comme se prévalant de liens suffisamment anciens, forts et caractérisés avec la France, étant constaté qu'il se déclare célibataire et sans enfant, et qu'il s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français alors qu'il était obligé de le quitter, éléments sur lesquels le préfet s'est fondé pour augmenter de vingt-quatre mois l'interdiction de retour sur le territoire français opposée à M. B. Dans ces conditions, et alors que l'exigence de motivation n'implique pas que la décision mentionne l'ensemble des éléments particuliers de la situation de l'intéressé, celle-ci comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui la fondent. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit dès lors être écarté.
8. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux qui précèdent, il ne ressort pas des pièces du dossier ni des termes de l'arrêté attaqué que le préfet aurait entaché sa décision d'un défaut d'examen réel et complet de la situation de M. B. Le moyen doit par suite être écarté.
9. En dernier lieu, il résulte des termes de la décision en litige que pour édicter une prolongation de l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, le préfet s'est fondé sur les quatre critères prévus par l'article L.612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en relevant que M. B, qui ne justifie pas de circonstance humanitaire particulière, a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 24 août 2022 à laquelle il n'a pas déféré, qu'il ne dispose pas de liens suffisamment anciens, forts et caractérisés avec la France et qu'il représente une menace pour l'ordre public. Par suite, alors même qu'il n'aurait fait l'objet d'aucune condamnation pénale ni de précédentes mesures d'éloignement, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la durée de la prolongation de l'interdiction de retour, ainsi fixée à deux ans, serait entachée d'erreurs de droit et d'appréciation ou serait disproportionnée quant à sa durée. Ces moyens doivent dès lors être écartés.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du préfet du Puy-de-Dôme du 8 mai 2023 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions présentées sur le fondement des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
DECIDE:
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2: Le présent jugement sera notifié à C B et au préfet du Puy-de-Dôme.
Délibéré après l'audience du 6 septembre 2024 à laquelle siégeaient :
Mme Dèche, présidente,
Mme Viallet, conseillère
Mme Pouyet, conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2024
La rapporteure,
ML. VialletLa présidente,
P. Dèche
La greffière,
S. Hosni
La République mande et ordonne au préfet du Puy-de-Dôme en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Décisions similaires
Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — N° TA95-2618596
01/09/2026
Tribunal Administratif de Cergy-Pontoise — N° TA95-2618522
01/09/2026
Tribunal Administratif de Toulon — N° TA83-2604282
01/09/2026
Tribunal Administratif de Toulon — N° TA83-2503670
01/09/2026