Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2305809

jeudi 3 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2305809
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a rejeté la requête de M. A, ressortissant surinamien, qui contestait le refus de renouvellement de son titre de séjour « vie privée et familiale » pris par le préfet de la Loire. Le tribunal a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et que le préfet n'avait pas à saisir la commission du titre de séjour, car M. A ne remplissait pas les conditions de délivrance du titre en raison de la menace à l'ordre public que constituent ses condamnations pénales. La décision s'appuie sur les articles L. 423-23 et L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que sur la convention européenne des droits de l'homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 juillet 2023, M. C A demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 juin 2023 par lequel le préfet de la Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire de lui délivrer un titre de séjour sans délai.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé dès lors qu'il ne précise pas les raisons de son inscription dans le fichier du traitement des antécédents judiciaires et qu'il ne détaille pas sa situation familiale et personnelle ;

- il est entaché d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;

- il est entaché d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle dès lors qu'il dispose de liens personnels et familiaux anciens, intenses et stables sur le territoire français ;

- il est disproportionné dès lors qu'il n'a fait l'objet que de deux condamnations pénales, qu'il a bénéficié de remises de peine et qu'il n'a aucune attache dans son pays d'origine ;

- il est entaché d'un détournement de procédure dès lors qu'il a pour objet de sanctionner ses agissements en le privant de la possibilité d'exercer son droit à une vie privée et familiale et de subvenir à ses besoins.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er août 2023, le préfet de la Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une lettre du 8 mars 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de la période à laquelle il était envisagé d'appeler l'affaire à une audience et que l'instruction pourrait être close à partir du 8 avril 2024 sans information préalable.

Une ordonnance portant clôture de l'instruction immédiate a été prise le 12 juin 2024.

Par une décision du 10 novembre 2023, le bureau d'aide juridictionnelle a rejeté la demande d'aide juridictionnelle de M. A.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- et les observations de M. A, requérant.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant surinamien né le 4 février 1996, est entré en France le 17 juin 1998. Il a sollicité, le 5 janvier 2023, le renouvellement de son titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". M. A demande l'annulation de l'arrêté du 13 juin 2023 par lequel le préfet de la Loire a refusé de lui délivrer le titre de séjour ainsi sollicité.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 423-23 code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; / () ". Si le préfet n'est tenu de saisir la commission que du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues par ces textes auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité et non de celui de tous les étrangers qui s'en prévalent, la circonstance que la présence de l'étranger constituerait une menace à l'ordre public ne le dispense pas de son obligation de saisine de la commission.

4. Enfin, si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.

5. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté du 13 juin 2023 que le requérant est entré en France en 1998 à l'âge de deux ans, qu'il s'est vu délivrer un premier titre de séjour le 3 avril 2014 et qu'il a sollicité le renouvellement de son dernier titre de séjour le 5 janvier 2023. Il ressort également des pièces du dossier que M. A est le père d'un enfant français qu'il a reconnu le 23 mai 2018 et qui vit avec son ancienne conjointe en Guyane. Il n'est en outre pas contesté que ses parents ainsi que ses frères et sœurs résident en France en situation régulière, certains de ses frères et sœurs disposant de la nationalité française. Il est par ailleurs titulaire d'un contrat à durée indéterminée depuis le 30 août 2020 en qualité de vendeur. Dans ces conditions, en dépit des signalements recensés dans le fichier de traitement des antécédents judiciaires et des deux condamnations pénales dont il a fait l'objet en 2021, qui ont entraîné une période totale de détention de deux ans, le préfet était tenu de saisir de son cas la commission du titre de séjour, sans que puisse y faire obstacle la circonstance que sa présence constituerait une menace à l'ordre public. Faute d'avoir été précédé de cette consultation, le refus de renouvellement de titre de séjour opposé à M. A est entaché d'un vice de procédure qui, eu égard à la garantie que cette consultation constitue pour l'intéressé, en justifie l'annulation.

6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 13 juin 2023 par lequel le préfet de la Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Eu égard au motif d'annulation retenu, après examen de l'ensemble des moyens de la requête, le présent jugement implique seulement, par application des dispositions de l'article L. 911-2 du code de justice administrative, que l'administration, après saisine de la commission du titre de séjour, procède au réexamen de la situation de M. A et prenne une nouvelle décision dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. Il y a donc lieu de prescrire ces mesures d'exécution au préfet de la Loire.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 13 juin 2023 du préfet de la Loire est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Loire, après saisine de la commission du titre de séjour, de procéder au réexamen de la demande de M. A et de prendre une nouvelle décision dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de la Loire.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Jean-Pascal Chenevey, président,

Mme Marine Flechet, première conseillère,

Mme Flore-Marie Jeannot, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2024.

La rapporteure,

F.-M. BLe président,

J.-P. Chenevey

La greffière,

S. Saadallah

La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière