jeudi 5 juin 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2305899 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | JU 3ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique enregistrés le 13 juillet 2023 et le 26 juillet 2024, Mme A F E et M. D E, représentés par Me Pitcher, demandent au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à leur verser la somme respective de 800 euros et de 500 euros en réparation des préjudices qu'ils ont subis du fait de l'absence de différents enseignants de la classe fréquentée par D E au cours de l'année scolaire 2022-2023 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 700 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- en ne remplaçant pas les enseignants absents à hauteur de 80 heures sur l'année, l'Etat a manqué à son obligation légale d'assurer l'enseignement des matières inscrites aux programmes d'enseignement ;
- le préjudice subi par D E peut être évalué à 10 euros par heure d'absence ;
- le préjudice subi par Mme F E peut être évalué à 500 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 22 juillet 2024, le recteur de l'académie de Lyon conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la matérialité des absences en litige n'est pas établie à hauteur des 80 heures alléguées sans aucune précision quant aux enseignements concernés et les circonstances ne permettent pas de caractériser la carence fautive de l'Etat ;
- les préjudices allégués et leur lien avec la faute qui est invoquée ne sont pas établis.
Le recteur de l'académie de Lyon a produit un mémoire le 8 octobre 2024, qui n'a pas été communiqué.
La clôture de l'instruction a été fixée au 5 novembre 2024 par une ordonnance du 8 octobre précédent.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'éducation ;
- l'arrêté du 16 juillet 2018 relatif à l'organisation et aux volumes horaires des enseignements du cycle terminal des lycées, sanctionnés par le baccalauréat général ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir présenté son rapport et entendu, au cours de l'audience publique :
- les conclusions de Mme Allais, rapporteure publique,
- et les observations de Me Pitcher pour la requérante ainsi que celles de Mme B pour la rectrice de l'académie de Lyon.
Considérant ce qui suit :
1. Mme F E et son fils D, qui était alors inscrit en classe de première au lycée polyvalent international de Ferney-Voltaire (Ain), demandent la condamnation de l'Etat à les indemniser des préjudices qu'ils estiment avoir subis du fait de l'absence de différents enseignants de cette classe au cours de l'année scolaire 2022-2023.
2. Aux termes de l'article L. 122-1-1 du code de l'éducation : " La scolarité obligatoire doit garantir à chaque élève les moyens nécessaires à l'acquisition d'un socle commun de connaissances, de compétences et de culture, auquel contribue l'ensemble des enseignements dispensés au cours de la scolarité. Le socle doit permettre la poursuite d'études, la construction d'un avenir personnel (et) professionnel (et) préparer à l'exercice de la citoyenneté () ". Aux termes de l'article L. 211-1 du même code : " L'éducation est un service public national, dont l'organisation (et) le fonctionnement sont assurés par l'Etat () ". Lorsqu'en l'absence de toute justification tirée des nécessités de l'organisation du service, il a pour effet de priver un élève de l'enseignement considéré pendant une période appréciable, le manquement de l'Etat à l'obligation légale d'assurer l'enseignement de toutes les matières obligatoires inscrites aux programmes d'enseignement tels qu'ils sont définis par les dispositions législatives et réglementaires en vigueur selon les horaires réglementairement prescrits est constitutif d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat.
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de l'éducation : " L'année scolaire comporte trente-six semaines au moins () ". Par un arrêté ministériel du 16 juillet 2018, le volume horaire des enseignements de la classe de première a été fixé ainsi qu'il suit : 4 heures de Français, 3 heures d'Histoire-Géographie, 4 heures 30 de Langues vivantes, 2 heures d'Education physique et sportive, 2 heures d'Enseignement scientifique, 18 heures annuelles d'Enseignement moral et civique, 4 heures pour chacun des enseignements de spécialité choisis et, le cas échéant, 3 heures d'enseignement optionnel.
4. Au soutien de leurs prétentions, les requérants se bornent à exposer que les absences des enseignants de la classe de D E au cours de l'année en litige ont représenté 80 heures d'enseignement, ne précisent en rien la nature des enseignements concernés si ce n'est pour faire état de leur nature optionnelle et ne contestent pas sérieusement les éléments circonstanciés et les justificatifs présentés par le recteur de l'académie de Lyon dans son mémoire en défense du 22 juillet 2024 faisant apparaître que D E n'était pas concerné par des enseignements optionnels et que, s'agissant des trois enseignements de spécialité qu'il avait choisis, celui-ci n'avait été privé sur l'année que de 14 heures d'enseignement. Dans ces conditions, compte tenu du volume horaire annuel des enseignements dispensés en classe de première et pour l'application du principe rappelé au point 2, il ne résulte pas de l'instruction que D E a été privé d'un enseignement obligatoire pendant une période appréciable dans des conditions de nature à engager la responsabilité de l'Etat.
5. Il résulte de ce qui précède que la requête doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A F E et de M. D E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A F E, à M. D E et à la rectrice de l'académie de Lyon.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juin 2025.
Le magistrat désigné,
A. Gille La greffière,
M. C
La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier
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