Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 19 juillet 2023, M. E... A..., représenté par Me Weckerlin, demande au tribunal :
1°) d’annuler la décision du 20 juin 2023 par laquelle la préfète du Rhône a prononcé la suspension de la validité de son permis de conduire pour une durée de six mois ;
2°) d’enjoindre à la préfète du Rhône de lui restituer son permis de conduire valide dans un délai de quinze jours ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est intervenue en méconnaissance du principe du contradictoire et du principe général des droits de la défense ;
- elle n’est pas motivée ;
- elle méconnaît le principe de la présomption d'innocence ;
- elle repose sur des faits dont la matérialité n’est pas établie et est dépourvue de fondement légal dès lors que ne figurent sur l’arrêté ni la voie de circulation, ni le point routier concerné, ni le sens de la circulation, ni le lieu d’interpellation, ne permettant pas de constater la fiabilité des autres mentions qui y sont portées et notamment la vitesse qui lui est reprochée au regard de la vitesse maximale autorisée ; ne figure pas davantage la moindre mention relative à l’appareil cinémomètre utilisé aux fins de constater l’infraction ; enfin la vitesse maximale autorisée, plus restrictive que celle prévue par le code de la route, devait faire l'objet d'un arrêté et d'une signalisation conformément aux dispositions des articles R. 413-14 et R. 411-25 du code de la route ;
- la mesure est disproportionnée dès lors qu'il n'a aucun antécédent et qu'il a besoin de son permis de conduire dans le cadre de son activité professionnelle.
Par un mémoire en défense enregistré le 8 octobre 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la route ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de procédure pénale ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Vaccaro-Planchet, vice-présidente, en application de l’article R. 222-13 du code de justice administrative pour statuer sur les litiges relevant de cet article.
En application de l’article R. 732-1-1 du code de justice administrative, la magistrate désignée a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience au cours de laquelle a été entendu le rapport de Mme Vaccaro-Planchet, magistrate désignée.
Considérant ce qui suit :
M. A... a été contrôlé, le 20 juin 2023, alors qu’il circulait à une vitesse enregistrée de 145 km/h, retenue à 137 km/h, sur la route départementale RD306 à Lissieu, où la vitesse est limitée à 80 km/h. Il a fait l’objet d’une mesure de rétention de son permis de conduire le même jour. Il demande l’annulation de la décision du 20 juin 2023 par laquelle la préfète du Rhône a prononcé la suspension de son permis de conduire pour une durée de six mois.
Aux termes de l’article L. 224-2 du code de la route : « I.- Le représentant de l'Etat dans le département peut, dans les soixante-douze heures de la rétention du permis prévue à l'article L. 224-1, ou dans les cent vingt heures pour les infractions pour lesquelles les vérifications prévues aux articles L. 234-4 à L. 234-6 et L. 235-2 ont été effectuées, prononcer la suspension du permis de conduire lorsque : (…) 3° Le véhicule est intercepté, lorsque le dépassement de 40 km/ h ou plus de la vitesse maximale autorisée est établi au moyen d'un appareil homologué (…) / II.- La durée de la suspension du permis de conduire ne peut excéder six mois. Cette durée peut être portée à un an en cas d'accident de la circulation ayant entraîné la mort d'une personne ou ayant occasionné un dommage corporel, en cas de conduite sous l'empire d'un état alcoolique, de conduite après usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants et de refus de se soumettre aux épreuves de vérification prévues aux articles L. 234-4 à L. 234-6 et L. 235-2. /III.-A défaut de décision de suspension dans le délai prévu au premier alinéa du I du présent article, le permis de conduire est remis à la disposition de l'intéressé, sans préjudice de l'application ultérieure des articles L. 224-7 à L. 224-9 ».
En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Mme C... D..., cheffe de la section règlementation routière de la préfecture du Rhône, titulaire d’une délégation de signature à cet effet par un arrêté de la préfète du Rhône du 30 janvier 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence du signataire de l’acte attaqué doit être écarté.
En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 211 2 du code des relations entre le public et l’administration : « Les personnes physiques ou morales ont le droit d’être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : - restreignent l’exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police (…) ». Aux termes de l’article L. 211 5 de ce code : « La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l’énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ». La décision par laquelle un préfet suspend un permis de conduire sur le fondement de l’article L. 224-2 du code de la route est une décision individuelle défavorable qui doit être motivée en application de l’article L. 211-2 précité du code des relations entre le public et l’administration.
La décision attaquée vise les dispositions applicables du code de la route et notamment ses articles L. 224-2, L. 224-6, L. 224-9 et R. 224-4. Elle précise l’identité et l’adresse de l’intéressé, relève que M. A... a fait l’objet, le 20 juin 2023 à 10h10 sur le territoire de la commune de Lissieu, d’une mesure de rétention de son permis de conduire pour dépassement de la vitesse maximale autorisée de 40 km/h ou plus, soit en l’espèce une vitesse retenue de 137 km/h pour une vitesse maximale autorisée de 80 km/h. Elle précise également que cette infraction justifie, en raison du danger grave et immédiat que représente le conducteur en infraction pour la sécurité des usagers de la route, de ses éventuels passagers et de lui-même, une suspension provisoire pour une durée de six mois du permis de conduire de M. A.... Ainsi, l’arrêté contesté comporte l’énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il est, par suite, suffisamment motivé au regard des exigences des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l’administration.
En troisième lieu, aux termes de l’article L. 121-1 du code des relations entre le public et l’administration, qui a repris l’article 24 de la loi du 12 avril 2000 invoqué par le requérant : « Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l’article L. 2112, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d’une procédure contradictoire préalable ». Aux termes de l’article L. 121-2 du même code : « Les dispositions de l'article L. 1211 ne sont pas applicables : / 1° En cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles ; (…) ».
Si la décision par laquelle un préfet suspend un permis de conduire sur le fondement de l’article L. 224-2 du code de la route est une décision individuelle défavorable qui doit être motivée en application de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l’administration, en l’absence d’une procédure contradictoire particulière organisée par les textes, le préfet doit se conformer aux dispositions des articles L. 121-1, L. 121-2 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l’administration, en informant le conducteur de son intention de suspendre son permis de conduire et de la possibilité qui lui est offerte de présenter des observations dans les conditions prévues par ces dispositions. Le préfet ne peut légalement se dispenser de cette formalité, en raison d’une situation d’urgence, que s’il apparaît, eu égard au comportement du conducteur, que le fait de différer la suspension de son permis pendant le temps nécessaire à l’accomplissement de la procédure contradictoire créerait des risques graves pour lui-même ou pour les tiers.
Il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que celle-ci a été prise au motif que M. A... a été contrôlé, au moyen d’un appareil homologué, à une vitesse dépassant de 40 km/h ou plus la vitesse maximale autorisée, constitutive d’une infraction au code de la route. Eu égard au délai de 72 heures laissé au préfet pour prononcer la suspension du permis de conduire et à la gravité de l’infraction commise par l’intéressé, la préfète du Rhône doit être regardée comme ayant été placée dans une situation d’urgence pour l’application des dispositions précitées. Dès lors, le requérant ne peut utilement soutenir que la décision attaquée, prise sur le fondement des dispositions précitées de l’article L. 224-2 du code de la route, serait intervenue en méconnaissance des dispositions précitées des articles L. 121-1 et L.121-2 du code des relations entre le public et l’administration ou du principe général des droits de la défense, faute pour la préfète de l’avoir mis à même de présenter ses observations.
En quatrième lieu, la mesure de suspension provisoire prononcée par la préfète du Rhône est une mesure de police administrative tendant à assurer le maintien de l’ordre public et de la sécurité des usagers de la route et non une décision juridictionnelle statuant en matière pénale. Dès lors, M. A... ne peut utilement invoquer à l’encontre de l’arrêté attaqué le principe de présomption d’innocence.
En cinquième lieu, si le requérant conteste la matérialité des faits, il ressort des pièces du dossier, et notamment de la décision attaquée, que M. A... a été contrôlé le 20 juin 2023 à 10h10, sur une route départementale située sur le territoire de la commune de Lissieu limitée à 80 km/h, à une vitesse retenue de 137 km/h, établie au moyen d’un appareil homologué, dépassant ainsi la vitesse maximale autorisée de plus de 40 km/h. Ni la circonstance tirée de ce que ne figurent pas sur l’arrêté de mentions relatives à la voie de circulation, au point routier concerné, au sens de la circulation, au lieu d’interpellation, ni celle tirée de ce que ne figure pas davantage une mention relative à l’appareil cinémomètre utilisé aux fins de constater l’infraction, alors au demeurant qu’aucune disposition n’impose de porter de telles indications sur l’arrêté litigieux, ni aucun élément produit par le requérant ne sont de nature à remettre en cause les mentions portées sur cette décision quant à la réalité de l’infraction commise. En outre, les allégations du requérant selon lesquelles la préfète du Rhône aurait restreint la vitesse maximale autorisée sur cette portion de voie définie à l’article R. 413-2 du code de la route et que cette limitation n’aurait pas fait l’objet d’une signalisation particulière, ne sont pas établies par les pièces du dossier. Dès lors, le requérant n’est fondé à soutenir ni que la matérialité des faits n’est pas établie ni que la préfète du Rhône ne pouvait légalement prendre la décision attaquée en application de l’article L. 224-2 du code de la route.
En dernier lieu, ainsi qu’il a été dit, il ressort des pièces du dossier que M. A... a été contrôlé à une vitesse retenue de 137 km/h alors que la vitesse maximale autorisée était de 80 km/h. Dans ces conditions, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que la préfète du Rhône, eu égard à la nature et à la gravité de l'infraction commise par le requérant, a, par sa décision du 20 juin 2023, prononcé la suspension de la validité de son permis de conduire pour une durée de six mois sur le fondement des dispositions précitées de l’article L. 224-2 du code de la route, sans que M. A... puisse utilement se prévaloir de sa personnalité, des conditions d’exercice de son activité professionnelle ou de l’absence de précédentes infractions.
Il résulte de tout ce qui précède que M. A... n’est pas fondé à demander l’annulation de la décision du 20 juin 2023.
Sur les conclusions à fin d’injonction :
Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d’annulation de la requête de M. A..., n’appelle aucune mesure d’exécution.
Sur les frais liés au litige :
Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu’il en soit fait application à l’encontre de l’Etat, qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E... A... et à la préfète du Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 décembre 2025.
La magistrate désignée,
V. Vaccaro-Planchet La greffière,
M. B...
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône, en ce qui la concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Une greffière,