Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2306287
jeudi 26 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2306287 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 3ème chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 22 juillet 2023, Mme D A B, représentée par la SCP Robin-Vernet, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions implicites de refus nées du silence conservé par le préfet du Rhône sur sa demande de titre de séjour et sur sa demande tendant à ce qu'un récépissé de cette demande de titre de séjour lui soit délivré ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer un certificat de résidence algérien d'une validité d'un an portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande et, dans l'attente, de la munir d'une autorisation provisoire de séjour dans un délai de 15 jours, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire et de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 300 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Elle soutient que :
- faute de réponse à la demande de communication de ses motifs, la décision implicite attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;
- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 6 (5° et 7°) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ainsi que celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, et résulte d'une erreur manifeste d'appréciation.
La requête a été communiquée à la préfète du Rhône qui, malgré une mise en demeure, n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;
Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Gille,
- les conclusions de Mme Allais, rapporteure publique,
- et les observations de Me Vernet pour Mme A B.
Considérant ce qui suit :
1. Ressortissante algérienne née en 1986, Mme A B a présenté aux services de la préfecture du Rhône, le 7 mars 2022, une demande de titre de séjour fondée sur l'état de santé de son fils E, né le 18 décembre 2019. Mme A B conteste les décisions implicites de refus nées du silence conservé par le préfet du Rhône, d'une part, sur cette demande de titre de séjour et, d'autre part, sur sa demande du 15 septembre 2022 tendant à ce qu'un récépissé de sa demande de titre de séjour lui soit délivré.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'objet du litige :
2. Compte tenu de la naissance d'une décision implicite de rejet du fait du silence conservé quatre mois par l'autorité préfectorale sur la demande de titre de séjour présentée au mois de mars 2022 par Mme A B, sa demande du 15 septembre suivant tendant à ce qu'un récépissé de cette demande de titre de séjour lui soit délivré était sans objet et les conclusions de la requérante doivent en l'espèce être regardées comme étant en réalité dirigées contre la seule décision implicite portant rejet de sa demande de titre de séjour.
En ce qui concerne la légalité du refus de séjour :
3. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 visé ci-dessus : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () / 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; / () / 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays ".
4. Alors que la préfète du Rhône n'a pas produit de mémoire en défense, il est constant que le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, saisi de la demande de titre de séjour en litige, a émis un avis en date du 4 juillet 2022 selon lequel l'état de santé de l'enfant E nécessitait pour une durée alors envisagée de 12 mois une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et précisant que l'enfant ne pourrait pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié en Algérie. Alors que la requérante produit la confirmation d'inscription de son enfant le 4 février 2022 et le 24 mai 2023 sur la liste nationale d'attente d'une greffe de rein et d'une greffe de foie ainsi qu'un certificat du 9 février 2022 du chef du service de néphrologie, rhumatologie et dermatologie pédiatrique de l'hôpital femme-mère-enfant de Bron établissant que cet enfant nécessitait des soins quotidiens et un certificat médical du même jour certifiant que sa présence était justifiée aux côtés de son jeune fils, Mme A B est fondée à soutenir que la décision implicite lui refusant le titre de séjour sollicité, dont les motifs ne lui ont au demeurant pas été communiqués, est intervenue en violation des stipulations précitées de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.
5. Il résulte de ce qui précède que la décision implicite du préfet du Rhône portant rejet de la demande de titre de séjour de Mme A B doit être annulée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
6. Eu égard à ses motifs, l'exécution du présent jugement implique en l'espèce la délivrance à Mme A B du certificat de résidence d'un an mentionné à l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Alors qu'il résulte de l'instruction que le préfet de la Savoie est désormais territorialement compétent pour statuer sur la situation de la requérante, il y a lieu d'adresser une injonction en ce sens à cette autorité et de lui impartir un délai de deux mois pour s'y conformer. Dans les circonstances de l'espèce, il y a également lieu d'enjoindre au préfet de la Savoie de munir Mme A B dans le délai de quinze jours d'un document provisoire l'autorisant à séjourner et à travailler en France dans l'attente de la remise de son certificat de résidence. Il n'y a en revanche pas lieu d'assortir cette injonction de l'astreinte qui est demandée.
Sur les frais liés au litige :
7. L'urgence n'étant pas constituée au sens des dispositions de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991, il y a lieu de rejeter les conclusions de Mme A B tendant à son admission à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées pour le conseil de la requérante et tendant à ce qu'il soit fait application à son profit des dispositions combinées de l'article 37 de cette même loi et de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision implicite du préfet du Rhône portant rejet de la demande de titre de séjour de Mme A B est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Savoie de délivrer un certificat de résidence d'un an à Mme A B dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de munir Mme A B dans le délai de quinze jours d'un document provisoire l'autorisant à séjourner et à travailler en France.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A B est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A B, à la préfète du Rhône et au préfet de la Savoie.
Délibéré après l'audience du 12 décembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Gille, président,
Mme Lacroix, première conseillère,
Mme Reniez, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 décembre 2024.
Le président, rapporteur,
A. Gille L'assesseure la plus ancienne,
A. Lacroix
La greffière,
M. C
La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier
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