Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2306945

mardi 17 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2306945
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a rejeté la requête de l'association culturelle de bienfaisance de Corbas, qui demandait l'annulation de l'arrêté préfectoral du 1er juin 2023 lui interdisant l'accueil de mineurs. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que l'association, en accueillant régulièrement une cinquantaine de mineurs pour des activités variées, entrait dans le champ des accueils collectifs de mineurs définis par le code de l'action sociale et des familles. Par conséquent, elle était soumise aux obligations de déclaration préalable et de souscription d'une assurance, qu'elle n'avait pas respectées. La solution retenue est le rejet de la requête, sur le fondement des articles L. 227-4 et L. 227-5 du code de l'action sociale et des familles.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 août 2023, l'association culturelle de bienfaisance à Corbas demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 1er juin 2023 par lequel la préfète du Rhône lui a interdit l'accueil de mineurs jusqu'à l'accomplissement de formalités de déclaration et d'assurance.

Elle soutient que :

- l'arrêté lui a été notifié par le maire de la commune de Corbas et non par la préfète ;

- il n'est pas suffisamment motivé en ce qu'il n'indique pas les manquements relevés ni les dispositions du code de l'action sociale et des familles qui auraient été méconnues ;

- elle n'est pas un lieu d'accueil collectif de mineurs mais une association cultuelle et n'est donc pas soumise à l'obligation de déclaration.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 décembre 2023, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

La procédure a été communiquée au rectorat de l'académie de Lyon qui n'a pas produit d'observations.

Vu les pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Feron,

- les conclusions de M. Gueguen, rapporteur public,

- et les observations de M. A, représentant la préfète du Rhône.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite d'un contrôle opéré dans les locaux de l'association culturelle de bienfaisance de Corbas, situés 25 rue Gabriel Péri à Corbas, la préfète du Rhône a, par un arrêté du 1er juin 2023, interdit à cette association d'accueillir des mineurs jusqu'à l'accomplissement des formalités permettant de régulariser son activité, en particulier la déclaration de l'accueil collectif de mineurs auprès des services de l'éducation nationale et la souscription d'un contrat d'assurance en responsabilité civile des animateurs et des participants aux activités. L'association culturelle de bienfaisance de Corbas demande l'annulation de cet arrêté.

2. Aux termes de l'article L. 227-4 du code de l'action sociale et des familles : " La protection des mineurs, dès leur inscription dans un établissement scolaire en application de l'article L. 113-1 du code de l'éducation, qui bénéficient hors du domicile parental, à l'occasion des vacances scolaires, des congés professionnels ou des loisirs, d'un mode d'accueil collectif à caractère éducatif entrant dans une des catégories fixées par décret en Conseil d'Etat, est confiée au représentant de l'Etat dans le département. () ". Aux termes de l'article L. 227-5 du même code " Les personnes organisant l'accueil de mineurs mentionné à l'article L. 227-4 ainsi que celles exploitant les locaux où ces mineurs sont hébergés doivent en faire la déclaration préalable auprès de l'autorité administrative. () Les personnes organisant l'accueil des mineurs mentionné à l'article L. 227-4, ainsi que celles exploitant les locaux où cet accueil se déroule, sont tenues de souscrire un contrat d'assurance garantissant les conséquences pécuniaires de leur responsabilité civile, ainsi que de celle de leurs préposés et des participants aux activités qu'elles proposent. () ". Aux termes de l'article R. 227-1 de ce code : " Les accueils mentionnés à l'article L. 227-4 sont ceux qui sont organisés par toute personne morale, tout groupement de fait ou par une personne physique si cette dernière perçoit une rétribution. Ils sont répartis dans les catégories ainsi définies : () II.- Les accueils sans hébergement comprenant : 1° L'accueil de loisirs de sept mineurs au moins, en dehors d'une famille, pendant au moins quatorze jours consécutifs ou non au cours d'une même année sur le temps extrascolaire ou périscolaire pour une durée minimale de deux heures par journée de fonctionnement ou, d'une heure minimale par journée de fonctionnement pour l'accueil de loisirs périscolaires organisé dans le cadre d'un projet éducatif territorial conclu en application de l'article L. 551-1 du code de l'éducation. Il se caractérise par une fréquentation régulière des mineurs inscrits auxquels il offre une diversité d'activités organisées ; L'accueil de loisirs extrascolaire est celui qui se déroule les samedis où il n'y a pas école, les dimanches et pendant les vacances scolaires. L'effectif maximum accueilli est de trois cents mineurs. L'accueil de loisirs périscolaire est celui qui se déroule les autres jours. ()"

3. En premier lieu, les conditions de notification de l'arrêté en litige du 1er juin 2023, que l'association a au demeurant pu régulièrement contester par un recours administratif et un recours contentieux, sont sans incidence sur sa légalité. Le moyen est donc inopérant et ne peut qu'être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté en litige vise les dispositions précitées de l'article L. 227-5 du code de l'action sociale et des familles relatives aux obligations de déclaration des accueils collectifs de mineurs, précise en outre les raisons pour lesquelles l'activité de l'association correspond à la définition d'un accueil collectif de mineurs et indique que l'interdiction d'accueillir des mineurs est fondée sur le non-respect des obligations de déclaration applicables aux accueils collectifs de mineurs. Ainsi, il comporte les considérations de fait et de droit sur lesquelles il se fonde. Par suite, l'association requérante n'est pas fondée à soutenir que cet arrêté serait insuffisamment motivé.

5. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que, lors de leur visite de contrôle le samedi 13 mai 2023, les inspecteurs de la jeunesse et des sports ont relevé la présence d'environ cinquante mineurs dans les locaux de l'association requérante ainsi que l'existence d'activités variées proposées aux mineurs, à fréquence régulière sur l'année, en particulier " l'atelier enfants " qui représente trois heures de cours par semaine le samedi ou le dimanche. Si l'association requérante soutient être une association cultuelle qui n'accueille des mineurs que pour l'exercice du culte, il ressort au contraire de ses déclarations lors du contrôle et de l'objet social indiqué dans ses statuts qu'elle propose aux mineurs des activités manuelles, sportives, culturelles, des cours de langue et d'informatique ou encore du soutien scolaire et ne se borne donc pas à l'exercice d'un culte. Ainsi, contrairement à ce qu'elle soutient, l'association requérante exerce une activité d'accueil collectif de mineurs au sens des dispositions précitées du 1° du II de l'article R. 227-1 du code de l'action sociale et des familles. Dès lors, en application des dispositions de l'article L. 227-5 ainsi que des articles R. 227-1 à R. 227-22 du même code, elle est soumise à des obligations de déclaration préalable de son activité, de justification des diplômes des animateurs et du responsable ainsi que de déclaration des conditions d'hygiène et de sécurité de ses locaux, de formalisation d'un projet éducatif par écrit et de souscription d'un contrat d'assurance en responsabilité civile. Or, si l'association soutient être en mesure de justifier d'un document relatif à la sécurité des locaux, qu'elle ne produit d'ailleurs pas dans la présente instance, elle ne conteste pas avoir omis de procéder à l'ensemble des formalités de déclaration précédemment rappelées. Par suite, la préfète du Rhône a pu, sans méconnaître les dispositions précitées du code de l'action sociale et des familles ni entacher sa décision d'erreur d'appréciation, regarder l'activité de l'association comme un accueil collectif de mineur et interdire à l'association culturelle de bienfaisance de Corbas d'accueillir des mineurs jusqu'à ce qu'elle ait régularisé sa situation en procédant aux formalités prévues par le code de l'action sociale et des familles.

6. Il résulte de ce qui précède que la requête de l'association culturelle de bienfaisance de Corbas doit être rejetée.

DECIDE :

Article 1er : La requête de l'association culturelle de bienfaisance de Corbas est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l'association culturelle de bienfaisance de Corbas et à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Copie en sera adressée à la préfète du Rhône et au recteur de l'académie de Lyon.

Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Vaccaro-Planchet, présidente,

Mme Feron, première conseillère ;

Mme de Tonnac, conseillère.

La rapporteure,

C. FeronLa présidente,

V. Vaccaro-PlanchetRendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.

La greffière,

I. Rignol

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Le greffier,