Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2307092

mardi 10 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2307092
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre

Résumé IA

Cette décision du Tribunal Administratif de Lyon rejette la requête de M. B et autres, qui demandaient l'annulation de la décision du préfet de l'Ain de procéder à la démolition d'office de leur maison d'habitation. Le tribunal déclare la requête irrecevable pour tardiveté, constatant que les requérants avaient déjà contesté la même décision (contenue dans un courrier du 11 juillet 2022) par une première requête enregistrée le 27 juillet 2022, et que le second recours, enregistré le 21 août 2023, dépasse le délai de deux mois prévu à l'article R. 421-1 du code de justice administrative. La fin de non-recevoir opposée par la préfète de l'Ain est donc accueillie, et toutes les conclusions des requérants sont rejetées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 août 2023, M. A B, Mme E D et la SCEA Val de Saône, représentés par Me Moutoussamy, demandent au tribunal :

1°) d'admettre à titre provisoire M. B et Mme D au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision par laquelle le préfet de l'Ain a décidé de procéder, entre le 31 juillet et le 4 octobre 2022, à la démolition d'office de leur maison d'habitation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme 1 800 euros TTC au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Ils soutiennent que :

- leur requête est recevable ;

- le maire était seul compétent pour ordonner la démolition d'office sur le fondement de l'article L. 480-9 du code de l'urbanisme ;

- le préfet ne pouvait pas faire usage des pouvoirs que lui confère l'article L. 480-9 du code de l'urbanisme pour ordonner la démolition d'office de leur maison d'habitation, dès lors que le juge pénal n'a pas indiqué dans quel délai les travaux de démolition doivent être exécutés ;

- cette mesure de démolition est disproportionnée, dès lors que la construction était conforme au plan d'occupation des sols en vigueur lors de son édiction, au permis de construire qui leur a été délivré en 2003 et au nouveau plan local d'urbanisme approuvé en 2020.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 octobre 2023, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- la requête est tardive, dès lors que les requérants étaient présents sur les lieux lors des opérations d'expulsion et de démolition menées le 4 octobre 2022 et que, par voie de conséquence, ils ont nécessairement eu connaissance de la décision attaquée, y compris des voies et délais de recours, eu égard aux nombreux recours qu'ils ont formé à l'encontre de cette mesure ;

- les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 21 octobre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 7 novembre 2024.

Des mémoires ont été enregistrés le 21 novembre 2024 pour M. B et autres et, l'instruction étant close, n'ont pas été communiqués.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Viotti, conseillère,

- les conclusions de M. Gilbertas, rapporteur public,

- les observations de M. C, représentant le préfet de l'Ain.

Considérant ce qui suit :

1. Par la présente requête, M. B et autres demandent l'annulation de la décision par laquelle le préfet de l'Ain a décidé de procéder, entre le 31 juillet et le 4 octobre 2022, à la démolition d'office de leur maison d'habitation.

Sur la recevabilité de la requête :

2. La démolition de la maison d'habitation des requérants, intervenue le 4 octobre 2022, n'est que la mise en œuvre de la décision qu'avait prise la préfète de l'Ain le 11 juillet 2022 de procéder d'office, à compter du 1er septembre 2022, à tous les travaux nécessaires à l'exécution des décisions rendues par les juridictions pénales. Ainsi, M. B et autres doivent être regardés comme demandant en réalité l'annulation de cette décision, contenue dans le courrier du 11 juillet 2022.

3. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée ". Selon l'article R. 421-5 du même code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".

4. L'auteur d'un recours juridictionnel tendant à l'annulation d'une décision administrative doit être réputé avoir eu connaissance de la décision qu'il attaque au plus tard à la date à laquelle il a formé son recours. Son auteur ne peut introduire un second recours contre la même décision que dans un délai de deux mois à compter de la date d'enregistrement du premier au greffe de la juridiction saisie, y compris lorsque la décision a été notifiée sans mention des voies et délais de recours.

5. La décision du 11 juillet 2022, qui ne comporte pas la mention des voies et délais de recours, a été contestée par les requérants dans le cadre d'une requête enregistrée au greffe du tribunal le 27 juillet 2022 sous le n° 2205762, date à laquelle ils sont réputés en avoir au plus tard connaissance. Dès lors, ils ne pouvaient introduire un second recours contre cette décision postérieurement au 28 septembre 2022. Ainsi, et comme le fait valoir à bon droit la préfète de l'Ain, leur seconde requête, enregistrée le 21 août 2023, a été présentée tardivement et n'est, par suite, par recevable. Il y a dès lors lieu d'accueillir la fin de non-recevoir opposée en défense, et de rejeter la requête en toutes ses conclusions, y compris celles formées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

6. La requête étant, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, manifestement irrecevable, il n'y a pas lieu d'admettre M. B et Mme D à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B et autres est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, désigné représentant unique, et à la ministre du logement et de la rénovation urbaine.

Copie en sera adressée à la préfète de l'Ain.

Délibéré après l'audience du 26 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Hervé Drouet, président,

M. François-Xavier Richard-Rendolet, premier conseiller,

Mme Océane Viotti, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 décembre 2024.

La rapporteure,

O. ViottiLe président,

H. Drouet

La greffière,

C. Chareyre

La République mande et ordonne à la ministre du logement et de la rénovation urbaine en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

No 2307092