Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2308279

vendredi 20 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2308279
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantHASSID

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a été saisi par M. A, ressortissant kosovar, d’un recours en excès de pouvoir contre la décision implicite de la préfète du Rhône rejetant sa demande de titre de séjour pour raisons médicales et familiales. En cours d’instance, la préfète a délivré à M. A un titre de séjour valable un an, rendant sans objet les conclusions principales en annulation et injonction. Le tribunal a donc constaté qu’il n’y avait plus lieu de statuer sur ces demandes. Il a toutefois condamné l’État à verser 800 euros à l’avocate de M. A au titre des frais de justice, en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 octobre 2023, M. C, représenté par Me Hassid, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née du refus gardé pendant quatre mois par la préfète du Rhône sur la demande de titre de séjour qu'il a présentée le 25 août 2017 ;

2°) à titre principal, d'enjoindre à la préfète du Rhône, de lui délivrer une carte de séjour dans le mois suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ; en cas d'annulation du refus de séjour pour illégalité externe, d'enjoindre à cette même autorité de lui délivrer, dans les huit jours suivant la notification du jugement à intervenir, une autorisation provisoire de séjour comportant un droit au travail jusqu'à réinstruction de sa demande, sous astreinte de cent euros par jour de retard et de fixer le délai de réinstruction du dossier à deux mois, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à charge pour ce conseil, de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la préfète du Rhône ne lui a pas communiqué les motifs de la décision en litige alors qu'il lui en avait fait la demande ;

- la préfète devra justifier de ce que le collège des médecins de l'Office français de l'intégration et de l'immigration a rendu un avis, dans des conditions régulières ;

- alors qu'il est atteint d'une sclérose en plaque, son état de santé s'est aggravé ; ainsi, il présente un état de santé nécessitant une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé au Kosovo, il ne peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; la décision en litige méconnaît les dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est présent en France avec son épouse, depuis près de six ans ; deux de ses enfants y résident ; la famille justifie d'une intégration en France et ne dispose plus d'attache au Kosovo ; dans ces conditions, la décision en litige été prise en méconnaissance des articles 23 du pacte international relatif aux droits civils et politiques du 19 décembre 1966 et 7 de la charte des droits fondamentaux, du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle est également entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- cette décision méconnaît les stipulations du 1° de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La requête a été communiquée à la préfète du Rhône qui a informé le tribunal, le 30 août 2024, de la délivrance à M. A, d'un titre de séjour valable du 29 août 2024 au 28 août 2025.

Par un mémoire enregistré le 3 septembre 2024, M. A informe le tribunal du maintien de sa requête.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, par une décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 28 juillet 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention des Nations-Unies sur les droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le pacte international relatif aux droits civils et politiques ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Le rapport de Mme Dèche a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, de nationalité kosovare, né le 5 janvier 1973, est entré sur le territoire français, le 14 septembre 2012, sous couvert d'un visa de court séjour, accompagné de son épouse et de leurs deux enfants mineurs. Le 25 août 2017, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des anciens articles L. 313-11 11°, L. 313-11 7° et L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur. M. A demande au tribunal d'annuler la décision implicite de rejet née du silence gardé par la préfète du Rhône pendant plus de quatre mois sur cette demande.

2. Il ressort des pièces du dossier qu'en cours d'instance, la préfète du Rhône a fait droit à la demande de titre de séjour présentée par M. A et lui a délivré un titre de séjour valable du 29 août 2024 au 28 août 2025. Par suite, les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction sous astreinte de la requête ont perdu leur objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.

3. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Hassid, avocate de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Hassid d'une somme de 800 euros au titre des dispositions précitées.

D E C I D E :

Article 1er : : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction sous astreinte de la requête de M. A.

Article 2 : L'Etat versera à Me Hassid une somme de 800 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 février 1991, sous réserve que Me Hassid renonce à percevoir le bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C, à Me Hassid et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Dèche, présidente,

Mme Viallet, première conseillère,

Mme Pouyet, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2024.

La présidente rapporteure,

P. Dèche

L'assesseure la plus ancienne,

M.L. Viallet

La greffière,

S. Hosni

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

La greffière,