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AccueilJurisprudence administrativeN° TA69-2308761

Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2308761

mardi 3 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2308761
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème chambre
Avocat requérantRODRIGUES

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I) Par une requête n° 2308761, enregistrée le 17 octobre 2023, Mme D, épouse A, représentée par Me Rodrigues, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 septembre 2022 par lequel la préfète de l'Ain a refusé de renouveler son titre de séjour, ensemble la décision du 9 janvier 2023 rejetant son recours gracieux formé à l'encontre de cette décision ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros, à verser à son conseil, au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Rodrigues renonce à percevoir le bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elles sont entachées d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour est entachée d'une erreur de droit, en méconnaissance des dispositions du 1° de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'elle exerce une activité professionnelle en France ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors que son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 mars 2024, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- à titre principal, la requête est tardive et est, dès lors, irrecevable ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par la requête ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 10 juin 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 26 juin 2024.

II) Par une requête n° 2308768, enregistrée le 17 octobre 2023, M. B A, représenté par Me Rodrigues, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 septembre 2022 par lequel la préfète de l'Ain a refusé de renouveler son titre de séjour, ensemble la décision du 9 janvier 2023 rejetant son recours gracieux formé à l'encontre de cette décision ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros, à verser à son conseil, au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Rodrigues renonce à percevoir le bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elles sont entachées d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour est entachée d'une erreur de droit, en méconnaissance des dispositions du 1° de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors que le comportement de son épouse ne constitue pas une menace à l'ordre public ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 mars 2024, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que :

- à titre principal, la requête est tardive et est, dès lors, irrecevable ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par la requête ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 10 juin 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 26 juin 2024.

M. et Mme A ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par deux décisions du 7 août 2023.

Vu les décisions attaquées et les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique, ensemble le décret n° 2020-1406 du 18 novembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à 1'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Le Roux, conseillère.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante roumaine, née le 21 mai 1990, déclare être entrée en France le 9 juin 2006. Elle a bénéficié de deux cartes de séjour mention " citoyen UE ", la première étant valable du 19 décembre 2013 au 18 décembre 2014 et la seconde du 30 mars 2021 au 29 mars 2022. Son époux, M. A, ressortissant kosovare, né le 16 décembre 1988, déclare être entré en France en 2009 et a bénéficié d'un titre de séjour mention " directive 2004/38/CE " en tant que membre de famille d'un citoyen de l'Union européenne, valable du 30 mars 2021 au 29 mars 2022. Le 25 juillet 2022, ils ont sollicité le renouvellement de leurs titres de séjour. Par deux arrêtés en date du 26 septembre 2022, la préfète de l'Ain a refusé de leur délivrer les titres demandés. Mme et M. A ont formé des recours gracieux à l'encontre de ces arrêtés, qui ont été rejetés par des décisions de la préfète de l'Ain du 9 janvier 2023. Par les requêtes enregistrées sous les n°s 2308761 et 2308768, Mme et M. A demandent au tribunal d'annuler les arrêtés de la préfète de l'Ain du 26 septembre 2022, ainsi que les décisions rejetant leurs recours gracieux.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n°s 2308761 et 2308768 concernent un couple, présentent à juger des questions semblables et connexes et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.

Sur les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

3. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police (). ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

4. En premier lieu, il ressort tant de l'arrêté rejetant la demande de titre de séjour de Mme A que de celui rejetant la demande de M. A, qu'ils citent les textes dont ils font application, notamment l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. S'agissant de la motivation en fait, le préfet rappelle, dans ces deux arrêtés, la nationalité de Mme et M. A, leurs conditions d'entrée et de séjour sur le territoire, ainsi que leurs situations personnelles et familiales, notamment qu'ils sont mariés et ont eu ensemble quatre enfants, qui sont tous nés en France. Les arrêtés litigieux, dont la motivation s'apprécie indépendamment du bien-fondé des motifs retenus, exposent également les éléments sur lesquels la préfète de l'Ain s'est fondée pour refuser de renouveler leurs titres de séjour, dont la circonstance que Mme A ne dispose pas de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge déraisonnable pour le système d'assistance sociale. En outre, il est constant que Mme A n'a jamais déposé de demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la circonstance qu'elle ne représenterait plus une menace pour l'ordre public est sans incidence sur la régularité formelle de l'arrêté attaqué. Par suite, les arrêtés du 26 septembre 2022, qui n'ont pas à reprendre l'ensemble des éléments de la situation personnelle des requérants, sont suffisamment motivés et cette motivation, qui n'est pas stéréotypée, démontre que la préfète de l'Ain a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de Mme et M. A.

5. En deuxième lieu, dès lors que les vices propres qui pourraient entacher les décisions rejetant les recours gracieux formés contre les arrêtés initiaux du 26 septembre 2022 ne peuvent être utilement contestés, le moyen selon lequel les décisions du 9 janvier 2023 seraient insuffisamment motivées est inopérant.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version alors en vigueur : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; (). ".

7. Il ressort des pièces du dossier que les requérants ont sollicité le renouvellement des titres de séjour qui leur avaient été délivrés en tant que citoyenne de l'Union européenne, pour Mme A, et en tant que membre de famille d'une citoyenne de l'Union européenne, pour M. A. Il en résulte qu'ils n'ont pas sollicité leur admission au séjour sur le fondement d'une des dispositions citées par l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et ne peuvent ainsi pas utilement soutenir que la préfète de l'Ain aurait dû saisir la commission du titre de séjour. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté comme inopérant.

Sur les moyens relatifs aux décisions portant refus de délivrance de titres de séjour :

8. En premier lieu, aux termes de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; / 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; / 3° Ils sont inscrits dans un établissement fonctionnant conformément aux dispositions législatives et réglementaires en vigueur pour y suivre à titre principal des études ou, dans ce cadre, une formation professionnelle, et garantissent disposer d'une assurance maladie ainsi que de ressources suffisantes pour eux et pour leurs conjoints ou descendants directs à charge qui les accompagnent ou les rejoignent, afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale ; / 4° Ils sont membres de famille accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées aux 1° ou 2° ; / 5° Ils sont le conjoint ou le descendant direct à charge accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées au 3°. ".

9. Il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne que la notion de travailleur, au sens des dispositions précitées du droit de l'Union européenne, doit être interprétée comme s'étendant à toute personne qui exerce des activités réelles et effectives, à l'exclusion d'activités tellement réduites qu'elles se présentent comme purement marginales et accessoires. Ni la nature juridique particulière de la relation d'emploi au regard du droit national, ni la productivité plus ou moins élevée de l'intéressé, ni l'origine des ressources pour la rémunération, ni encore le niveau limité de cette dernière ne peuvent avoir de conséquences quelconques sur la qualité de travailleur.

10. Il ressort des extraits d'immatriculations principales au registre du commerce et des sociétés produits que, depuis le 24 mai 2022, Mme A exerce une activité de vente de chaussures établie à son domicile et que M. A exerce une activité de commerce ambulant depuis le 8 juin 2022. Toutefois, la seule production de leurs déclarations trimestrielles de chiffres d'affaires, d'un montant respectif de 3 000 euros pour le troisième trimestre 2022, ne permet pas de qualifier les activités qu'ils exercent de réelles et effectives au sens des dispositions précitées. Ainsi, les activités exercées par Mme et M. A présentent un caractère purement marginal et accessoire ne leur permettant pas, dans ces conditions, de prétendre au bénéfice des dispositions précitées du 1° de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni, par suite, de pouvoir se maintenir légalement plus de trois mois sur le territoire français. Il suit de là que la préfète de l'Ain n'a pas commis d'erreur de fait, ni d'erreur de droit en refusant de renouveler les titres de séjour des requérants sur le fondement des dispositions précitées du 1° et du 4° de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

11. En deuxième lieu, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si les intéressés peuvent prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé. En l'espèce, Mme et M. A n'établissent pas avoir sollicité un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du même code. Il en résulte que les moyens tirés de ce que la préfète de l'Ain a méconnu ces dispositions et commis une erreur manifeste d'appréciation dans leur application ne peuvent qu'être écartés.

12. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention "résident de longue durée-UE". ". Lorsque l'administration oppose le motif de menace à l'ordre public pour refuser de faire droit à une demande de titre de séjour, il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de rechercher si les faits qu'elle invoque à cet égard sont de nature à justifier légalement sa décision.

13. Pour refuser de renouveler le titre de séjour des requérants, la préfète de l'Ain a également considéré que Mme A représentait une menace pour l'ordre public au motif qu'elle a été condamnée, le 29 mars 2016, pour des faits d'outrage à une personne chargée d'une mission de service public, et le 18 septembre 2018, pour des faits d'émission de chèque par le titulaire d'un compte en violation d'une injonction bancaire, et qu'elle est défavorablement connue des services de police pour des faits d'escroquerie en 2016 et en 2018, ainsi qu'en raison de la production de faux documents administratifs constatant un droit, de non tenue du registre par un revendeur d'objets mobiliers et d'exécution d'un travail dissimulé en 2021. Toutefois, les faits ayant entraîné les deux condamnations précitées sont antérieurs au dernier titre de séjour délivré à la requérante et ne lui ont pas été opposés lors de l'instruction de cette demande. Ces faits ne suffisent ainsi pas, à eux seuls, à faire regarder la présence de Mme A sur le territoire français comme constituant actuellement une menace pour l'ordre public. De plus, s'il ressort des pièces du dossier que les autres faits reprochés à la requérante sont inscrits dans les extraits du fichier du traitement de ses antécédents judiciaires, cette circonstance, qui permet de constater que la requérante a été entendue par des services d'enquête pour de tels faits, ne permet pas, en revanche, d'établir que les infractions considérées auraient, à l'issue de l'enquête, été jugées suffisamment caractérisées pour donner lieu à des poursuites voire à des condamnations pénales et n'est, par suite, pas suffisante à caractériser la menace à l'ordre public au sens des dispositions précitées de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que représenterait actuellement la présence en France de Mme A. Toutefois, il résulte de l'instruction que la préfète de l'Ain aurait pris les mêmes décisions si elle s'était seulement fondée sur le seul motif tiré du non respect des dispositions de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de nature à fonder légalement le refus de renouveler leurs titres de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation sur la menace à l'ordre public doit être écarté.

14. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

15. Mme et M. A font valoir que le centre de leur vie privée et familiale se situe en France, où Mme A résiderait depuis 2006, et M. A depuis 2009, et où sont nés et scolarisés leurs quatre enfants, dont l'aînée a obtenu la nationalité française. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la majeure partie de la durée du séjour des requérants résulte de leur maintien irrégulier sur le territoire. S'ils produisent la carte nationale d'identité de leur fille, délivrée le 23 décembre 2022, et faisant état de sa nationalité française, cette seule circonstance ne suffit pas à considérer que les requérants ont ancré leur vie privée et familiale en France, dès lors qu'aucun autre membre de leur famille n'a la nationalité française. De plus, les intéressés ne justifient, ni même n'allèguent, être dépourvus d'attaches familiales et personnelles dans leurs pays d'origine, où ils ont vécu la majeure partie de leur existence. En outre, s'ils se prévalent de leur insertion professionnelle, les circonstances que Mme A ait exercé une activité professionnelle à temps plein pendant six mois entre 2011 et 2012, puis quelques journées en tant qu'extra en restauration en 2012, avant de créer sa société de vente de chaussures domiciliée chez elle à compter du mois de mai 2022, et que M. A ait exercé une activité salariée à durée déterminée entre les mois de septembre 2021 et avril 2022 avant de créer sa société de vente ambulante en juin 2022, ne suffisent pas à démontrer qu'ils disposeraient d'insertion professionnelle significative, alors qu'il est constant qu'ils ne disposent pas suffisamment de ressources pour subvenir aux besoins de leur famille chaque mois. Dans ces conditions, au regard des motifs des refus opposés, les décisions attaquées, qui n'ont pas pour effet de séparer la famille nucléaire des requérants, n'ont pas porté une atteinte excessive à leurs droits au respect de leur vie privée et familiale. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, dès lors, être écarté.

16. En dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

17. Si les requérants se prévalent de la nationalité française acquise par l'aînée de leurs enfants, ainsi que de la naissance et de la scolarisation de l'ensemble de leurs enfants sur le territoire français, il résulte de ce qui a été indiqué au point 14 qu'ils n'attestent pas avoir ancré leur vie privée et familiale en France. En outre, ils ne justifient pas que la scolarisation de leurs enfants ne pourrait pas être poursuivie dans un autre pays que la France. Ainsi, dès lors que les décisions contestées rejetant leurs demandes de renouvellement de titres de séjour n'ont ni pour objet, ni pour effet de les séparer de leurs enfants mineurs, elles n'ont pas méconnu l'intérêt supérieur de ces enfants. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit, par suite, être écarté.

18. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir opposées en défense, que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme et M. A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, leurs conclusions présentées au titre des frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes n°s 2308761 et 2308768 de Mme A et de M. A sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D épouse A, à M. B A, à Me Rodrigues et à la préfète de l'Ain.

Délibéré après l'audience du 19 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bour, présidente,

Mme Jorda, conseillère,

Mme Le Roux, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 décembre 2024.

La rapporteure,

J. Le Roux

La présidente,

A-S. Bour

La greffière,

C. Delmas

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ain en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

N°s 2308761 - 2308768

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