Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2308898

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2308898
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU Chambre Sociale

Résumé IA

Cette décision du Tribunal Administratif de Lyon annule le rejet par la commission de médiation "Droit au logement opposable" du Rhône du recours de Mme B A, mère de trois enfants en situation précaire. Le tribunal juge que la commission ne pouvait se fonder sur le seul fait que Mme A bénéficiait d'un hébergement d'urgence à l'hôtel, car ce dispositif est par nature provisoire et instable. Il rappelle que l'hébergement attribué aux demandeurs reconnus prioritaires doit présenter un caractère de stabilité pour permettre un accompagnement vers un logement autonome. La solution retenue s'appuie sur les articles L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation et L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 octobre 2023, Mme B A demande au tribunal d'annuler la décision du 12 septembre 2023 par laquelle la commission de médiation " Droit au logement opposable " du Rhône a rejeté son recours tendant à la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de sa demande d'hébergement.

Elle soutient que la prise en charge temporaire par la métropole de Lyon, qui peut s'arrêter à tout moment, n'est pas adaptée à sa situation de mère en charge de 3 enfants aux conditions de vie précaires.

Par un mémoire enregistré le 9 septembre 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête, en faisant valoir que le moyen soulevé n'est pas fondé.

La présidente du tribunal a désigné M. Reymond-Kellal, premier conseiller, pour statuer sur les litiges relatifs aux prestations, allocations ou droits attribués au titre du logement, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement convoquées à une audience publique.

Le magistrat désigné ayant dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Après avoir présenté son rapport et entendu, au cours de l'audience publique, les observations de Mme C pour la préfète du Rhône, la requérante n'étant ni présente, ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A a formé un recours auprès de la commission de médiation " Droit au logement opposable " du département du Rhône tendant à la reconnaissance du caractère prioritaire et urgent de sa demande d'hébergement. Elle conteste la décision du 12 septembre 2023 par laquelle la commission de médiation a rejeté sa demande.

2. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant () est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière (), n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1. ". Aux termes des dispositions du III de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation : " La commission de médiation peut également être saisie, sans condition de délai, par toute personne qui, sollicitant l'accueil dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande. Si le demandeur ne justifie pas du respect des conditions de régularité et de permanence du séjour mentionnées au premier alinéa de l'article L. 300-1, la commission peut prendre une décision favorable uniquement si elle préconise l'accueil dans une structure d'hébergement. La commission de médiation transmet au représentant de l'Etat dans le département ou, en Ile-de-France, au représentant de l'Etat dans la région la liste des demandeurs pour lesquels doit être prévu un tel accueil dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale et précise, le cas échéant, les mesures de diagnostic ou d'accompagnement social nécessaires. (). ". Aux termes de l'article R. 441-14-1 du même code : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département ou en Ile-de-France dans la région. () / La commission peut, par décision spécialement motivée, désigner comme prioritaire et devant être logée en urgence une personne qui, se trouvant dans l'une des situations prévues à l'article L. 441-2-3, ne répond qu'incomplètement aux caractéristiques définies ci-dessus. ". Aux termes de l'article L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence. (). ".

3. Il appartient aux autorités de l'Etat, et à celles de la métropole de Lyon s'agissant de la prise en charge d'une mère isolée avec ses deux enfants dont l'un a moins de trois ans, de mettre en œuvre le droit à l'hébergement d'urgence reconnu par la loi à toute personne sans abri qui se trouve en situation de détresse médicale, psychique et sociale au sens des dispositions précitées de l'article L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles. En revanche, la reconnaissance du droit à un hébergement par une décision d'une commission de médiation doit constituer, pour les demandeurs qui en bénéficient, une étape vers l'accès à un logement autonome. Par suite, l'hébergement attribué à des demandeurs reconnus comme prioritaires par une commission de médiation doit présenter un caractère de stabilité, afin, notamment, de leur permettre de bénéficier d'un accompagnement adapté vers l'accès au logement.

4. Pour rejeter le recours amiable de Mme A, la commission de médiation du Rhône s'est fondée sur la circonstance que l'intéressée est " hébergée à l'hôtel par la Métropole ". Il ressort toutefois des pièces du dossier que cet hébergement lui a été proposé dans le cadre du dispositif d'hébergement d'urgence, et, est, à ce titre, provisoire. Ainsi, en rejetant pour ce motif le recours amiable de Mme A, alors que sa prise en charge se caractérise notamment par son instabilité et sa précarité, ses enfants étant mineurs, la commission de médiation a entaché sa décision d'erreur de droit.

5. En se bornant à faire valoir que la requérante est en situation irrégulière, sans établir ni même alléguer qu'elle fait l'objet d'une mesure d'éloignement, la préfète du Rhône ne fait pas état, dans ses écritures, d'un motif susceptible de légalement justifier la décision de la commission de médiation par voie de substitution.

6. Il résulte de ce qui précède que la décision de la commission de médiation du Rhône du 12 septembre 2023 doit être annulée.

D E C I D E :

Article 1er : La décision de la commission de médiation du Rhône du 12 septembre 2023 est annulée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la ministre du logement et de la rénovation urbaine.

Copie en sera adressée pour information à la préfète du Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

R. Reymond-Kellal

La greffière,

A. Farlot

La République mande et ordonne à la ministre du logement et de la rénovation urbaine en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier.