Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2309540
mardi 8 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2309540 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | SELARL NNG AVOCATS |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 10 novembre 2023 et 22 août 2024, M. et Mme E et D C, représentés par la SELARL Cadrajuris, demandent au tribunal :
1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 23 mars 2023 par lequel le maire de la commune de Saint-Étienne a délivré à M. B F un permis de construire en vue de la transformation d'un garage en habitation, la surélévation d'une maison individuelle, l'isolation extérieure du logement existant et la démolition d'une annexe contiguë, sur un terrain situé 2 rue Georges Moullades sur le territoire de la commune et la décision du 2 octobre 2023 rejetant leur recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Étienne une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- le permis de construire en litige a été délivré en méconnaissance des exigences de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme ;
- le bâtiment qui doit faire l'objet des travaux projetés est une construction illégale ;
- le projet méconnaît les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;
- le projet méconnaît les dispositions des articles N2, N7 et N11 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Saint-Étienne.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 juillet 2024, la commune de Saint-Étienne, représentée par la SELARL NNG Avocats, conclut au rejet de la requête, ou à tout le moins à ce qu'il soit fait application des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable pour défaut d'intérêt à agir ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par deux mémoires en défense, enregistré le 12 décembre 2023 et le 5 septembre 2024, M. B F conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable pour défaut de notification du recours contentieux et défaut d'intérêt à agir ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par un courrier du 9 septembre 2024, les parties ont été informées de ce que le tribunal était susceptible, sur le fondement de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, de considérer que les moyens tirés de la méconnaissance des articles N2 et N11 du règlement du plan local d'urbanisme de Saint-Étienne sont susceptibles d'être régularisés par une autorisation d'urbanisme et, en conséquence, de surseoir à statuer jusqu'à l'expiration du délai qu'il aura fixé pour cette régularisation.
Un mémoire, enregistré le 19 septembre 2024 et présenté pour M. et Mme E et D C en réponse à ce courrier, a été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Richard-Rendolet, premier conseiller,
- les conclusions de M. Gilbertas, rapporteur public,
- les observations de Me Leleu, pour la commune de Saint-Étienne, et de M. F.
Une note en délibéré, présentée par M. F, a été enregistrée le 24 septembre 2024.
Considérant ce qui suit :
1. M. B F a déposé, le 8 décembre 2022, une demande de permis de construire en vue de la transformation d'un garage en habitation, la surélévation d'une maison individuelle, l'isolation intérieure du logement existant et la démolition d'une annexe contiguë sur la parcelle cadastrée section NW n°0021, sur le territoire de la commune de Saint-Étienne. Par un arrêté du 23 mars 2023, le maire de cette commune lui a accordé ce permis de construire. M. et Mme C demandent l'annulation de cette décision et de la décision rejetant leur recours gracieux.
Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation. () ".
3. Il ressort des pièces du dossier que les requérants, qui occupent un bien d'habitation au contact du tènement du projet, doivent être regardés comme voisins immédiats du projet. Ils font état d'une vue depuis leur habitation sur le projet. Dans ces conditions, ils justifient d'un intérêt à agir, au sens et pour l'application des dispositions précitées de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme, contre l'arrêté du 23 mars 2023 accordant un permis de construire. La fin de non-recevoir opposée à ce titre en défense doit ainsi être écartée.
4. D'autre part, aux termes de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme : " En cas de déféré du préfet ou de recours contentieux à l'encontre d'un certificat d'urbanisme, ou d'une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code, le préfet ou l'auteur du recours est tenu, à peine d'irrecevabilité, de notifier son recours à l'auteur de la décision et au titulaire de l'autorisation () L'auteur d'un recours administratif est également tenu de le notifier à peine d'irrecevabilité du recours contentieux qu'il pourrait intenter ultérieurement en cas de rejet du recours administratif. / La notification prévue au précédent alinéa doit intervenir par lettre recommandée avec accusé de réception, dans un délai de quinze jours francs à compter du dépôt du déféré ou du recours. / La notification du recours à l'auteur de la décision et, s'il y a lieu, au titulaire de l'autorisation est réputée accomplie à la date d'envoi de la lettre recommandée avec accusé de réception. Cette date est établie par le certificat de dépôt de la lettre recommandée auprès des services postaux () ".
5. Si le pétitionnaire expose que la notification du recours contentieux, exercé à l'encontre du permis de construire dont il est titulaire et enregistré le 10 novembre 2023 au greffe du tribunal, n'a pas été régulièrement effectuée par les requérants, ceux-ci la lui ayant adressée à son ancienne adresse, l'intéressé admet dans ses écritures avoir reçu le 22 novembre 2023 notification écrite de ce recours. Dans ces conditions, la fin de non-recevoir tirée du défaut de notification du recours contentieux doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
6. En premier lieu, l'arrêté attaqué est signé par M. G A, premier adjoint au maire de la commune de Saint-Étienne en charge de l'urbanisme, investi à cet effet d'une délégation de signature par arrêté du maire du 23 mai 2022, régulièrement publié. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte en litige doit ainsi être écarté.
7. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend également : () / c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain () ".
8. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.
9. M. et Mme C soutiennent, d'une part, qu'aucun document graphique ne présente les constructions situées aux alentours du projet, et, d'autre part, que la notice paysagère ne représente la future construction que de manière partielle. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, et notamment du dossier de demande de permis de construire, que, contrairement à ce qui est soutenu par les requérants, les différents plans, cartographies et photographies joints ont permis à l'autorité compétente de statuer en toute connaissance de cause sur l'insertion du projet en cause dans son environnement. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme doit en conséquence être écarté.
10. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'urbanisme : " Les constructions, même ne comportant pas de fondations, doivent être précédées de la délivrance d'un permis de construire. () ". Selon l'article L. 421-9 du même code : " Lorsqu'une construction est achevée depuis plus de dix ans, le refus de permis de construire ou la décision d'opposition à déclaration préalable ne peut être fondé sur l'irrégularité de la construction initiale au regard du droit de l'urbanisme. / Les dispositions du premier alinéa ne sont pas applicables : / () 5° Lorsque la construction a été réalisée sans qu'aucun permis de construire n'ait été obtenu alors que celui-ci était requis ; () ".
11. M. et Mme C soutiennent que le maire aurait dû refuser le permis de construire dès lors que celui-ci portait sur l'élévation d'un garage qui serait une construction illégale.
12. Il appartient au pétitionnaire d'apporter la preuve de l'existence légale de sa construction, au moment où il envisage d'y réaliser des aménagements soumis à déclaration ou à autorisation. La construction est considérée légale si elle a été construite avant la loi du 15 juin 1943 relative au permis de construire ou conformément à une législation applicable à l'époque de la construction ou conformément au permis de construire accordé.
13. Il ressort des pièces du dossier qu'un permis de construire a été accordé le 10 janvier 1985 en vue de l'extension de la maison individuelle située sur la même parcelle. La circonstance relevée par les requérants que le garage ainsi construit présente une surface de 32 m2 et non de 19 m2, comme le prévoyait ce permis est sans incidence sur la légalité de la construction dont l'élévation est projetée. Dans ces conditions le moyen tiré de l'illégalité de la construction existante doit être écarté.
14. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. " L'article 1.1.2.2. du plan de prévention des risques miniers de la ville de Saint-Étienne définit une zone à risque " R1 " dans laquelle toute augmentation de plus de 20 m2 de la surface de plancher à usage d'habitation est interdite.
15. Si les requérants exposent que la parcelle sur laquelle se situe le projet est partiellement classée en zone R1 du plan de prévention des risques miniers et que l'augmentation de 58 m2 de la surface existante méconnaîtrait les dispositions précitées, ils ne démontrent pas de manière probante que le projet de construction serait situé, même en partie, dans cette zone, alors qu'une étude géotechnique de janvier 2023 diligentée par le pétitionnaire concluait à l'absence de risques liés à d'éventuelles extractions souterraines. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme doit être écarté.
16. En cinquième, aux termes de l'article N 2 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Saint-Étienne : " () 2.2.1 - L'extension des bâtiments d'habitation existants est admise dès lors que la surface de plancher initiale des locaux est supérieure à 60 m² et que la surface totale de plancher n'excède pas 250m² (existant + extensions). Les constructions visées ne doivent pas compromettre la qualité paysagère du site. / L'extension des bâtiments d'habitation existants : / - est limitée à 30% de la surface de plancher initiale des locaux et la surface totale de plancher (existant + extensions) ne doit pas excéder 250 m², / - est limitée à 15 % de l'emprise au sol initiale des locaux si elle n'a pas pour effet de créer de la surface de plancher () ".
17. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de la demande de permis de construire, que le projet vise la création de 58 m2 de surface nouvelle. La surface existante avant travaux étant de 134 m2, les dispositions précitées du plan local d'urbanisme imposent que la surface nouvellement créée ne dépasse pas 40,2 m2. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit ainsi être retenu.
18. En sixième lieu, aux termes de l'article N 7 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune : " Lorsque la construction n'est pas implantée en limite séparative, la différence d'altitude entre tout point de la construction, excepté les débords de toiture inférieurs à 50 cm, et le point le plus proche de la limite séparative doit être égale ou inférieure à la distance mesurée horizontalement entre ces 2 points sans que cette distance puisse être inférieure à 4 m ".
19. Il ressort des pièces du dossier que la distance entre le projet et le point le plus proche de la limite séparative est de 4,45 mètres, et il n'est pas démontré par les requérants que la distance entre cette limite séparative et le haut du faitage, mesurée à 6,34 mètres, soit inférieure à cette mesure. Dans ces conditions, le moyen doit être écarté.
20. En septième lieu, aux termes de l'article N 11 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Saint Etienne : " La construction ou l'opération d'aménagement, ne doit pas porter atteinte au caractère de la zone, à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains et ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. / Les travaux, de réaménagement ou d'extension des bâtiments existants, doivent être réalisés dans le respect de la construction d'origine (forme, volume, matériaux, ) et s'attacher à la mettre en valeur ".
21. Il ressort des pièces du dossier que le projet contesté consiste en la réalisation d'un étage supplémentaire au-dessus d'un garage, la construction finale, surmontée d'un toit-terrasse, présentant un aspect cubique, alors que la construction d'origine présente une toiture de tuiles à pans asymétriques et des éléments en bois. Dans ces conditions, le projet ne peut être regardé comme respectant la forme, le volume et les matériaux de la construction d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article N 11 doit être accueilli.
Sur les conséquences à tirer des illégalités relevées :
22. Aux termes de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5-1, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable, estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice n'affectant qu'une partie du projet peut être régularisé, limite à cette partie la portée de l'annulation qu'il prononce et, le cas échéant, fixe le délai dans lequel le titulaire de l'autorisation pourra en demander la régularisation, même après l'achèvement des travaux. Le refus par le juge de faire droit à une demande d'annulation partielle est motivé ".
23. Les vices retenus aux points 17 et 21 du présent jugement ne concernent que des parties identifiables du projet. Dans ces conditions, il y a lieu de faire application des dispositions de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme précité et de prononcer l'annulation partielle de l'arrêté du 23 mars 2023 en tant qu'il méconnaît les articles N 2 et N 11 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Saint-Étienne, dans les conditions précisées par le présent jugement, et en impartissant à M. F, titulaire de l'autorisation en cause, un délai de trois mois pour solliciter la régularisation du projet sur ces points.
Sur les frais liés au litige :
24. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que les requérants, qui ne sont pas les parties perdantes dans la présente instance, soient condamnés à verser la somme que demande la commune de Saint-Étienne sur leur fondement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la commune de Saint-Étienne le versement aux requérants d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
DÉCIDE :
Article 1er : L'arrêté du 23 mars 2023 du maire de la commune de Saint-Étienne et la décision du maire rejetant le recours gracieux des requérants sont annulés en tant qu'ils méconnaissent les dispositions des articles N 2 et N 11 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Saint-Étienne dans les conditions précisées par le présent jugement.
Article 2 : Le délai imparti à M. F pour solliciter la régularisation de son projet est de trois mois.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. et Mme C et les conclusions présentées par la commune de Saint-Étienne au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme E et D C, à la commune de Saint-Étienne et à M. B F.
Délibéré après l'audience du 24 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Drouet, président,
M. Richard-Rendolet, premier conseiller,
Mme Viotti, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 octobre 2024.
Le rapporteur,
F.-X. Richard-Rendolet
Le président,
H. Drouet
La greffière,
L. Khaled
La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Une greffière,
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