Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2310332

jeudi 3 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2310332
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantATV AVOCATS ASSOCIES

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a rejeté la requête de M. et Mme D, qui contestaient un permis de construire délivré par la maire de Saint-Genis-Laval pour la réalisation de 44 logements. Les requérants invoquaient notamment l'insuffisance du dossier de demande, la méconnaissance des règles relatives aux espaces boisés classés et un défaut de sécurité des accès. Le tribunal a estimé que les moyens soulevés n'étaient pas fondés, sans se prononcer sur la fin de non-recevoir tirée du défaut d'intérêt à agir. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'urbanisme, notamment les articles R. 431-10, L. 421-6, L. 113-2 et R. 111-2.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 1er décembre 2023 et 19 avril 2024, M. F et Mme C D, représentés par Me Matricon, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 juin 2023 par lequel la maire de Saint-Genis-Laval a délivré à la société Foncière et immobilière lyonnaise un permis de construire pour la réalisation de quatre bâtiments comprenant quarante-quatre logements sur un terrain situé 7 impasse Marion, ainsi que la décision du 4 octobre 2023 rejetant leur recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Genis-Laval la somme de 3 000 euros à leur verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- ils disposent d'un intérêt leur donnant qualité pour agir ;

- il appartient à la commune de justifier de l'existence et du caractère exécutoire de la délégation de signature accordée au signataire de l'arrêté attaqué ;

- les informations contenues dans la notice du dossier de demande de permis de construire sur les effets du projet sur son environnement et sur les accès sont insuffisantes ; le service instructeur n'a pas été en mesure d'apprécier l'insertion du projet par rapport aux constructions avoisinantes, en méconnaissance de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme ; les documents produits sont insuffisants s'agissant de l'abattage d'arbres dans un espace boisé classé ;

- le projet méconnaît l'article L. 421-6 du code de l'urbanisme dès lors qu'il n'a pas été précédé d'une déclaration préalable autorisant l'abattage d'arbres au sein d'un espace boisé classé ;

- il méconnaît l'article 3.2.4 des dispositions communes du règlement du plan local d'urbanisme et de l'habitat (PLU-H) de la métropole de Lyon et l'article L. 113-2 du code de l'urbanisme dès lors que le service instructeur n'a pas pu apprécier si l'abattage des arbres serait justifié pour des raisons sanitaires, en l'absence de production, dans le dossier de demande de permis de construire, du diagnostic phytosanitaire et que la conservation de six places de stationnement existantes au nord de la parcelle est incompatible avec le maintien des arbres présents au sein de l'espace boisé classé ;

- il méconnaît les articles 5.1.1.2.1 et 5.1.1.2.2 des dispositions communes du règlement du PLU-H ainsi que l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme dès lors que l'accès aux logements sociaux, l'accès des visiteurs ainsi que l'accès piétonnier et cycliste se fait depuis l'impasse Marion, laquelle ne permet pas d'assurer la sécurité des usagers ; en outre, les engins de lutte contre l'incendie ne pourront pas accéder au terrain d'assiette du projet par cette voie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 février 2024, la société Foncière et immobilière lyonnaise, représentée par la SELAS Léga-Cité, conclut au rejet de la requête, au besoin après avoir fait application des articles L. 600-5 et L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge solidaire des requérants sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 6 mars et 23 mai 2024, la commune de Saint-Genis-Laval, représentée par la SELARL ATV avocats associés, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge solidaire des requérants sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les requérants ne disposent pas d'un intérêt à agir ;

- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Par une lettre du 8 avril 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de la période à laquelle il était envisagé d'appeler l'affaire à une audience et que l'instruction pourrait être close à partir du 23 avril 2024 sans information préalable.

Une ordonnance portant clôture de l'instruction immédiate a été prise le 13 juin 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de M. Bodin-Hullin, rapporteur public,

- les observations de Me Matricon, représentant M. et Mme D, requérants,

- les observations de Me Matian, représentant la commune de Saint-Genis-Laval,

- et celles de Me Couderc, représentant la société Foncière et immobilière lyonnaise.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 27 juin 2023, la maire de Saint-Genis-Laval a délivré à la société Foncière et immobilière lyonnaise un permis de construire pour la réalisation de quatre bâtiments comprenant quarante-quatre logements sur un terrain situé 7 impasse Marion. M. et Mme D, dont le recours gracieux formé contre ce permis de construire a été rejeté par une décision du 4 octobre 2023, demandent l'annulation de cet arrêté du 27 juin 2023 ainsi que de cette décision du 4 octobre 2023.

Sur la fin de non-recevoir :

2. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager que si la construction, l'aménagement ou les travaux sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation".

3. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.

4. Il ressort des pièces du dossier que les requérants sont propriétaires d'une maison implantée sur un terrain contigu au terrain d'assiette du projet en litige. Ils ont ainsi la qualité de voisins immédiats. Ils font état, notamment, de troubles futurs dans les conditions de circulation sur l'une des voies de desserte du projet en cause, qui dessert également leur propriété, et, compte tenu de la proximité de ce projet avec leur propriété, d'un préjudice de vue. Dans ces conditions, compte tenu de l'ampleur du projet de construction, de quatre bâtiments comprenant quarante-quatre logements, ils justifient d'un intérêt à agir contre le projet litigieux. La fin de non-recevoir soulevée par la commune de Saint-Genis-Laval doit dès lors être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente pour délivrer le permis de construire () est : a) Le maire, au nom de la commune, dans les communes qui se sont dotées d'un plan local d'urbanisme () ". Aux termes de l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est seul chargé de l'administration, mais il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints () ". En application de l'article L. 2131-1 de ce code : " I. - Les actes pris par les autorités communales sont exécutoires de plein droit dès qu'ils ont été portés à la connaissance des intéressés dans les conditions prévues au présent article et, pour les actes mentionnés à l'article L. 2131-2, qu'il a été procédé à la transmission au représentant de l'Etat dans le département ou à son délégué dans l'arrondissement prévue par cet article. / Le maire peut, sous sa responsabilité, certifier le caractère exécutoire d'un acte. () ".

6. L'arrêté du 27 juin 2023 a été signé par Mme A E, adjointe déléguée au cadre de vie et à l'urbanisme, en vertu d'une délégation de fonctions et de signature de la maire de Saint-Genis-Laval datée du 15 mai 2023, consentie notamment à cet effet. Cet arrêté de délégation a été transmis aux services de la préfecture et affiché le lendemain. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte litigieux doit être écarté.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend une notice précisant : / 1° L'état initial du terrain et de ses abords indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants ; / 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : / a) L'aménagement du terrain, en indiquant ce qui est modifié ou supprimé ; / b) L'implantation, l'organisation, la composition et le volume des constructions nouvelles, notamment par rapport aux constructions ou paysages avoisinants ; () / e) Le traitement des espaces libres, notamment les plantations à conserver ou à créer ; / f) L'organisation et l'aménagement des accès au terrain, aux constructions et aux aires de stationnement. ". Aux termes de l'article R. 431-10 de ce code : " Le projet architectural comprend également : () / c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ; / d) Deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et, sauf si le demandeur justifie qu'aucune photographie de loin n'est possible, dans le paysage lointain. Les points et les angles des prises de vue sont reportés sur le plan de situation et le plan de masse. ".

8. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

9. Le dossier de demande de permis de construire comporte la pièce PC4.17b, intitulée " Notice architecturale - Stationnement ", qui détaille les modalités d'accès au projet, et notamment précise qu'une servitude de passage est créée. Cette pièce comporte également des plans faisant apparaître les différents accès créés. Le dossier de demande comprend en outre un plan de situation, un document graphique d'insertion, deux photographies de l'environnement proche et deux photographies de l'environnement lointain. Les pièces PC4.1 et PC4.14, intitulées " Notice architecturale ", décrivent l'état initial du terrain et présentent l'implantation des constructions ainsi que l'insertion du projet dans son environnement. Ainsi, le service instructeur a pu apprécier les modalités d'accès du projet ainsi que son insertion dans l'environnement. Par ailleurs, le dossier de demande comprend un " Plan de masse paysage ", un plan du patrimoine arboré, un plan de plantation des arbres, un plan des strates végétales, une notice concernant la protection des arbres existants ainsi qu'un plan de terrassement, lequel fait état de manière très précise des arbres existants à conserver et des arbres à planter, ces différents documents ayant permis au service instructeur d'apprécier le traitement des plantations à conserver ou à créer. Si les requérants font valoir qu'un diagnostic phytosanitaire aurait dû être joint au dossier, une telle pièce ne figure pas au nombre des informations ou pièces requises par l'article R. 431-4 du code de l'urbanisme, qui fixe, de manière exhaustive, l'ensemble des pièces exigibles à l'appui d'une demande de permis de construire. Enfin, la société pétitionnaire n'était pas tenue de joindre une déclaration d'abattage d'arbres au dossier de demande de permis de construire contesté. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incomplétude et de l'insuffisance de ce dossier doit être écarté dans toutes ses branches.

10. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 421-6 du code de l'urbanisme : " Le permis de construire ou d'aménager ne peut être accordé que si les travaux projetés sont conformes aux dispositions législatives et réglementaires relatives à l'utilisation des sols, à l'implantation, la destination, la nature, l'architecture, les dimensions, l'assainissement des constructions et à l'aménagement de leurs abords et s'ils ne sont pas incompatibles avec une déclaration d'utilité publique. () ".

11. D'autre part, aux termes de l'article L. 113-1 du code de l'urbanisme : " Les plans locaux d'urbanisme peuvent classer comme espaces boisés, les bois, forêts, parcs à conserver, à protéger ou à créer, qu'ils relèvent ou non du régime forestier, enclos ou non, attenant ou non à des habitations. () ". Aux termes de l'article L. 113-2 du même code : " Le classement interdit tout changement d'affectation ou tout mode d'occupation du sol de nature à compromettre la conservation, la protection ou la création des boisements. () ". Aux termes de l'article R. 421-23 de ce code : " Doivent être précédés d'une déclaration préalable les travaux, installations et aménagements suivants : / () g) Les coupes et abattages d'arbres dans les bois, forêts ou parcs situés sur le territoire de communes où l'établissement d'un plan local d'urbanisme a été prescrit, ainsi que dans tout espace boisé classé en application de l'article L. 113-1 ; () ". Et selon l'article R. 421-23-2 du même code, dans sa version alors en vigueur : " Par exception au g de l'article R. 421-23, une déclaration préalable n'est pas requise pour les coupes et abattages : / 1° Lorsque le propriétaire procède à l'enlèvement des arbres dangereux, des chablis et des bois morts ; () ".

12. Enfin, aux termes de l'article 3.2.4 des dispositions communes du règlement du plan local d'urbanisme et de l'habitat (PLU-H) de la métropole de Lyon : " En application des articles L.113-1 et R.151-31-1° du Code de l'urbanisme, les espaces boisés classés par le PLU-H, délimités par les documents graphiques du règlement, peuvent concerner des espaces boisés, des bois, forêts, parcs, des arbres isolés, des haies ou réseaux de haies ou des plantations d'alignement, à conserver, à protéger ou à créer. / Dans ces espaces, les dispositions des articles L.113-1 et suivants du Code de l'urbanisme s'appliquent. ".

13. D'une part, il ressort des pièces du dossier, et notamment du diagnostic phytosanitaire produit par la société pétitionnaire en défense, que, si le projet épargne majoritairement les deux espaces boisés classés présents sur la parcelle et si la plupart des arbres devant être abattus sont situés en dehors de ces deux espaces boisés, sept arbres situés au sein même de ces espaces seront abattus. Toutefois, il ressort également de ce diagnostic que cinq arbres ont été identifiés comme dangereux et que deux arbres présentent un mauvais état mécanique et physiologique et comportent des branches mortes. L'expert a ainsi recommandé un abattage de ces sept arbres. Par suite, dans la mesure où l'abattage des arbres en question est prévu pour des raisons sanitaires, en application du 1°) de l'article R. 421-23-2 du code de l'urbanisme, la société pétitionnaire est fondée à soutenir qu'aucune déclaration préalable portant sur l'abattage des arbres litigieux n'était nécessaire, en application du g) de l'article R. 421-23 du code de l'urbanisme.

14. D'autre part, il ressort de la pièce PC 4.12 du dossier de demande de permis que la création de places de stationnement au nord de la parcelle litigieuse, au sein d'un espace boisé classé, ne nécessite l'abattage d'aucun arbre. Dans ces conditions, alors qu'au surplus, le service nature et fleuves de la métropole de Lyon a émis un avis favorable au projet le 12 avril 2023 assorti de prescriptions, lesquelles ont été reprises dans l'arrêté contesté, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le projet méconnaît l'article L. 113-2 du code de l'urbanisme et l'article 3.2.4 des dispositions communes du règlement du PLU-H.

15. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. ". En vertu de l'article 5.1.1.2.1 des dispositions communes à toutes les zones du règlement du PLU-H de la métropole de Lyon : " Conditions de desserte des terrains par les voies / a. Règles applicables à l'ensemble des voies de desserte / Les voies de desserte des terrains : / - présentent des caractéristiques répondant à la nature et à l'importance du projet situé sur le terrain à desservir ; / - permettent la mise en œuvre de la défense incendie des constructions desservies. () ". Et aux termes de l'article 5.1.1.2.2 de ce règlement : " () b. Caractéristiques des accès / Une opération comporte un nombre d'accès sur les voies publiques limité au strict nécessaire. Les accès : - sont conçus en tenant compte de la topographie et de la configuration des lieux dans lesquels s'insère l'opération, en cherchant d'une part à réduire leur impact sur la fluidité de la circulation des voies de desserte, d'autre part la mutualisation des accès ; - présentent des caractéristiques répondant à la nature et à l'importance du projet ; - prennent en compte la nature des voies sur lesquelles ils sont susceptibles d'être aménagés afin de préserver la sécurité des personnes (visibilité, vitesse sur voie, intensité du trafic) ; - permettent d'assurer la sécurité des usagers des voies de desserte et de ceux utilisant ces accès. / Cette sécurité est appréciée compte tenu : - de la position des accès et de leur configuration ; - de la nature des voies de desserte, du type de trafic et de son intensité. / () ".

16. Le projet prévoit la création de deux accès. Le premier, situé au nord du terrain, permettra, depuis l'impasse Marion, l'accès aux 12 places de stationnement extérieures prévues pour les visiteurs et les logements sociaux, ainsi que l'accès des piétons. Le second, situé à l'ouest du terrain, permettra, depuis l'avenue Maréchal Foch, l'accès des véhicules aux 68 places de stationnement prévues sur deux niveaux de sous-sol, via une servitude de passage passant sur le fonds voisin. Il n'est pas contesté que la servitude de passage, d'une largeur comprise entre 5 et 7 mètres, ainsi que l'avenue Maréchal Foch présentent les caractéristiques nécessaires pour assurer la desserte de ces 68 places de stationnement. En revanche, l'impasse Marion, qui présente une longueur de 150 mètres et une largeur comprise entre 2,50 et 3,50 mètres et ne comporte aucun trottoir, ne permettra pas aux véhicules de se croiser, hormis au niveau, ponctuellement, de quelques renfoncements et entrées charretières, et d'assurer la sécurité des usagers, et notamment des cyclistes et piétons. Dans ces conditions, cette voie ne saurait être regardée comme présentant des caractéristiques répondant à la nature et à l'importance du projet et comme permettant, sans risques pour les piétons et cyclistes et sans gêne excessive pour les véhicules, l'accès aux bâtiments projetés. Par suite, en délivrant le permis de construire attaqué, la maire de Saint-Genis-Laval a méconnu les dispositions précitées de l'article 5.1.1.2.1 des dispositions communes du règlement du PLU-H de la métropole de Lyon et a entaché sa décision d'une erreur manifeste dans la mise en œuvre de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.

Sur les conséquences du vice relevé :

17. Aux termes de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5-1, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire () estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice n'affectant qu'une partie du projet peut être régularisé, limite à cette partie la portée de l'annulation qu'il prononce et, le cas échéant, fixe le délai dans lequel le titulaire de l'autorisation pourra en demander la régularisation, même après l'achèvement des travaux. () ".

18. Le vice relevé au point 16 du présent jugement affecte une partie identifiable du projet et peut, eu égard à sa nature, faire l'objet d'une mesure de régularisation.

19. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme D sont seulement fondés à demander l'annulation de l'arrêté de la maire de Saint-Genis-Laval du 27 juin 2023 en tant que cet arrêté méconnaît l'article 5.1.1.2.1 des dispositions communes du règlement du PLU-H de la métropole de Lyon et est entaché d'une erreur manifeste dans la mise en œuvre de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme. La décision du 4 octobre 2023 rejetant leur recours gracieux doit être annulée dans cette même mesure.

Sur les frais liés à l'instance :

20. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de la commune de Saint-Genis-Laval, partie perdante, le versement aux requérants d'une somme globale de 1 400 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Ces mêmes dispositions font en revanche obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions présentées par la commune de Saint-Genis-Laval et la société Foncière et immobilière lyonnaise sur ce même fondement.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté de la maire de Saint-Genis-Laval du 27 juin 2023 et sa décision du 4 octobre 2023 sont annulés dans les conditions fixées au point 19 du présent jugement.

Article 2 : La commune de Saint-Genis-Laval versera à M. et Mme D une somme globale de 1 400 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions de la commune de Saint-Genis-Laval et de la société Foncière et immobilière lyonnaise présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. F et Mme C D, à la commune de Saint-Genis-Laval et à la société Foncière et immobilière lyonnaise.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Jean-Pascal Chenevey, président,

Mme Marine Flechet, première conseillère,

Mme Flore-Marie Jeannot, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2024.

La rapporteure,

F.-M. BLe président,

J.-P. Chenevey

La greffière,

S. Saadallah

La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière