Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2310554

mardi 17 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2310554
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJU 6ème chambre

Résumé IA

Cette décision du Tribunal Administratif de Lyon (6ème chambre) concerne un recours pour excès de pouvoir formé par M. A B contre des décisions de retrait de points de son permis de conduire pour deux infractions commises le même jour. Le tribunal constate un non-lieu à statuer pour l'infraction de 17h30, le ministre ayant retiré cette décision en cours d'instance. Pour l'infraction de 17h20 (changement de direction sans avertissement), le tribunal rejette la requête, estimant que la réalité de l'infraction est établie par l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée, conformément aux articles L. 223-1 et L. 223-2 du code de la route.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 décembre 2023, M. A B demande au tribunal d'annuler les décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur a successivement retiré du capital de son permis de conduire trois points pour une infraction commise le 2 décembre 2022 à 17h20 et six points pour une infraction commise le 2 décembre 2022 à 17h30.

Il soutient que :

- il n'a pas commis les infractions reprochées ;

- ces infractions ne pouvaient pas être relevées le même jour à la même heure et engendrer un retrait de douze points ;

- il a contesté ces infractions auprès du tribunal judiciaire de Saint-Etienne ;

- son permis lui est essentiel à l'exercice de sa profession de chauffeur poids-lourd.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mai 2024, le ministre de l'intérieur conclut à titre principal au non-lieu à statuer et, à titre subsidiaire, au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions relatives à la décision portant retrait de points suite à l'infraction commise le 2 décembre 2022 à 17h30 dès lors qu'il résulte du relevé d'information intégral du requérant que les mentions afférentes à cette infraction ont été supprimées ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 27 mai 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 27 juin 2024.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Segado, président de la sixième chambre, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative pour statuer sur les litiges relevant de cet article.

En application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative, le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience au cours de laquelle a été entendu le rapport de M. Segado, magistrat-désigné.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a commis deux infractions le 2 décembre 2022 à 17h20 et 17h30 ayant entraîné le retrait de trois points et six points de son permis de conduire. M. B saisit le tribunal administratif d'une demande tendant à l'annulation de ces décisions de retrait de points.

Sur l'étendue du litige :

2. Il résulte des mentions du relevé d'information intégral édité le 17 mai 2024 et produit en défense que toute mention d'un retrait de points fondé sur une infraction commise le 2 décembre 2022 à 17h30 en a été ôtée. Le ministre de l'intérieur est ainsi fondé à soutenir que la décision portant retrait de points en raison d'une infraction du 2 décembre 2022 à 17h30 a été retirée en cours d'instance. Il n'y a, dès lors, plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre cette décision.

3. Il résulte de ce qui précède qu'il y a seulement lieu pour le tribunal de se prononcer sur la légalité des décisions portant retrait de points intervenues à la suite de l'infraction commise le 2 décembre 2022 à 17h20.

Sur le surplus des conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 223-2 du code de la route : " () III. - Dans le cas où plusieurs infractions entraînant retrait de points sont commises simultanément, les retraits de points se cumulent dans la limite des deux tiers du nombre maximal de points. " et aux termes de l'article R. 223-2 de ce code : " Dans le cas où plusieurs infractions entraînant retrait de points sont commises simultanément, les retraits de points se cumulent dans la limite de huit points. ".

5. M. B soutient qu'il ne pouvait se voir retirer douze points en raison de trois infractions commises le 2 décembre 2022 à 17h20 et 17h30, en l'occurrence, un changement de direction sans avertissement préalable, l'usage d'un téléphone au volant et un refus de se soumettre aux analyses en vue d'établir s'il conduisait en ayant fait usage de stupéfiants. Il résulte cependant de la lecture du relevé d'information intégral de la situation du requérant que l'infraction de refus de se soumettre aux analyses en vue d'établir s'il conduisait en ayant fait usage de stupéfiants n'apparait plus sur le relevé produit par le ministre édité au 17 mai 2024, que l'infraction relative à l'usage d'un téléphone au volant n'apparait pas sur le relevé d'information intégral du requérant et que seul le retrait de trois points est maintenu en raison de l'infraction commise le 2 décembre 2022 à 17h20 en raison d'un changement de direction sans avertissement préalable. Dès lors, le moyen tiré de l'irrégularité du cumul de pertes de points en raison de la simultanéité des infractions ne peut être accueilli.

6. En deuxième lieu, en vertu de l'article L. 223-1 du code de la route, le nombre de points dont est affecté le permis de conduire est réduit de plein droit si le titulaire du permis a commis une infraction pour laquelle cette réduction est prévue. Il résulte du même article que la réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive.

7. Il résulte des mentions du relevé d'information intégral versé au dossier qu'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée a été émis à raison de l'infraction commise le 2 décembre 2022 à 17h20. Dans ces conditions, et alors que l'appel formé sur l'ordonnance pénale rendue le 2 novembre 2023 a uniquement pour objet l'infraction du 2 décembre 2022 à 17h30 relative au refus de se soumettre aux analyses en vue d'établir s'il conduisait en ayant fait usage de stupéfiants, la réalité de cette infraction doit être regardée comme établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 précité du code de la route, et le moyen tiré du défaut d'établissement de la réalité de ces infractions ne peut qu'être écarté.

7. En troisième lieu, M. B fait valoir, pour contester la décision par laquelle le ministre de l'intérieur a retiré les points de son titre de conduite, que les faits qui lui ont été reprochés afférents à l'infraction du 2 décembre 2022 à 17h20 ne lui sont pas imputables. Toutefois, l'appréciation de l'imputabilité de cette infraction à l'intéressé relève exclusivement de la compétence du juge judiciaire dans le cadre de la procédure pénale et la contestation de cette imputabilité ne constitue pas un moyen susceptible d'être utilement soulevé devant le juge administratif à l'encontre d'une décision ministérielle portant retrait de points.

8. En dernier lieu, si M. B fait valoir que son titre de conduite lui est indispensable pour exercer une activité professionnelle cette circonstance est sans incidence sur la légalité de la décision contestée.

9. Il résulte de ce qui précède que le surplus des conclusions aux fins d'annulation présentées par le requérant doit être rejeté.

D E C I D E :

Article 1 er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant retrait de points à la suite de l'infraction commise le 2 décembre 2022 à 17h30.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.

Le magistrat désigné

J. Segado

La greffière,

F. Abdillah

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier.