jeudi 21 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2311006 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL BS2A BESCOU ET SABATIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 18 décembre 2023 et 24 octobre 2024, Mme E, épouse C, représentée par la SELARL BS2A Bescou et Sabatier Avocats et Associés, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler les décisions du 20 septembre 2024 par lesquelles la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou un certificat de résidence de 10 ans portant la mention " conjoint de retraité " ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, le tout dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
S'agissant des moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :
- le signataire de ces décisions ne justifie pas d'une délégation de signature régulière ;
S'agissant de la décision de refus de titre de séjour :
- cette décision est entachée d'erreurs de fait ;
- compte tenu des particularités de sa situation sur le territoire français, cette décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 6-5) de l'accord franco-algérien ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 7 ter de l'accord franco-algérien, dès lors que la préfète aurait dû lui délivrer de plein droit un certificat de résidence portant la mention " conjoint de retraité " ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
S'agissant de la décision l'obligeant à quitter le territoire :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour et de la décision l'obligeant à quitter le territoire ;
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre de séjour et de la décision l'obligeant à quitter le territoire.
La préfète du Rhône a produit des pièces, qui ont été enregistrées le 11 octobre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, à laquelle elles n'étaient ni présentes ni représentées.
A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Chenevey, président-rapporteur.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, ressortissante algérienne née le 6 avril 1967, est entrée en France le 12 mai 2022. Le 16 janvier 2023, elle a sollicité, auprès des services de la préfecture du Rhône, la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " conjoint de retraité ". La requérante demande au tribunal d'annuler les décisions du 20 septembre 2024 par lesquelles la préfète du Rhône a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'annulation, d'injonction et d'astreinte :
S'agissant des moyens communs à l'ensemble des décisions :
2. Les décisions en litige ont été signées par Mme A D, directrice adjointe des migrations et de l'intégration, qui disposait à cet effet d'une délégation, en vertu d'un arrêté du 15 mai 2024 portant délégation de signature aux agents de la préfecture, publié le 16 mai 2024 au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de ces décisions doit être écarté.
S'agissant de la décision de refus de titre de séjour :
3. En premier lieu, la décision attaquée mentionne que l'acte de recueil légal produit à l'appui de la demande de titre de séjour a été conclu entre M. et Mme C et leur fille et concerne leur petite-fille. Si la requérante soutient que cet acte a en réalité été conclu avec sa belle-sœur et ne concerne donc pas sa petite-fille, il ne ressort pas des pièces du dossier que les erreurs ainsi alléguées auraient pu avoir une quelconque incidence sur l'appréciation qui a été portée sur sa situation par la préfète du Rhône.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. " L'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 stipule que : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () / 5) Au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; / () ".
5. Mme C est entrée en France le 12 mai 2022 à l'âge de 55 ans. Elle est mariée à un compatriote titulaire d'un certificat de résidence de dix ans portant la mention " retraité ". Ce titre étant délivré au ressortissant algérien qui, ayant établi sa résidence habituelle hors de France, ne peut effectuer que des séjours en France n'excédant pas un an, l'époux de la requérante n'a pas vocation à s'installer durablement sur le territoire français. Cette dernière ne peut dès lors utilement invoquer la circonstance que l'état de santé de son époux résidant en France requiert la présence d'une tierce personne. Par ailleurs, elle n'établit pas disposer d'une vie privée et familiale en France en dehors de Mme B E, qu'elle a recueillie avec son époux en vertu d'un acte de recueil légal jusqu'à la majorité de l'intéressée, laquelle, devenue majeure, effectue des études en France, où elle n'a donc pas vocation à demeurer. Elle n'établit pas davantage qu'elle serait dépourvue de tout lien avec son pays d'origine, où elle a passé la majeure partie de son existence. Enfin, elle ne justifie pas d'une insertion particulière au sein de la société française. Dans ces conditions, la préfète du Rhône n'a pas porté, en refusant de lui délivrer un titre de séjour, une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale et n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 6 - 5) de l'accord franco-algérien.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 7 ter de l'accord franco-algérien : " Le ressortissant algérien, qui après avoir résidé en France sous couvert d'un certificat de résidence valable dix ans, a établi ou établit sa résidence habituelle hors de France et qui est titulaire d'une pension contributive de vieillesse, de droit propre ou de droit dérivé, liquidées au titre d'un régime de base français de sécurité sociale, bénéficie, à sa demande, d'un certificat de résidence valable dix ans portant la mention " retraité ". Ce certificat lui permet d'entrer à tout moment sur le territoire français pour y effectuer des séjours n'excédant pas un an. () / Le conjoint du titulaire d'un certificat de résidence portant la mention " retraité ", ayant résidé régulièrement en France avec lui, bénéficie d'un certificat de résidence conférant les-mêmes droits et portant la mention " conjoint de retraité ". (). " Il résulte de ces dispositions que la délivrance du certificat de résidence portant la mention " conjoint de retraité " est réservée aux seuls ressortissants algériens ayant régulièrement résidé en France auprès de leur conjoint.
7. Mme C ne produit aucun élément relatif à son séjour sur le territoire français pour établir que, contrairement à ce que la préfète du Rhône a estimé, elle a effectivement résidé régulièrement en France avec son époux. Dans ces conditions, la préfète n'a pas méconnu les stipulations de l'article 7 ter de l'accord franco-algérien en refusant de lui délivrer le certificat de résidence sollicité.
8. En dernier lieu, et pour les mêmes motifs que ceux évoqués aux points 5 et 7, la décision litigieuse n'est pas entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressée.
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :
9. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision refusant à Mme C de lui délivrer un titre de séjour, le moyen tiré de ce que la décision l'obligeant à quitter le territoire français doit être annulée pour voie de conséquence de l'annulation de ce refus doit être écarté.
10. En second lieu, et pour les mêmes motifs que ceux évoqués au point 5, la décision attaquée ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
S'agissant de la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours :
11. En l'absence d'illégalité des décisions refusant à Mme C de lui délivrer un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire, le moyen tiré de ce que la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours doit être annulée pour voie de conséquence de l'annulation de ces décisions ne peut être accueilli.
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
12. En l'absence d'illégalité des décisions refusant à Mme C de lui délivrer un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire, le moyen tiré, de ce que la décision fixant le pays de destination doit être annulée pour voie de conséquence de l'annulation de ces décisions doit être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions attaquées. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte.
Sur les frais liés au litige :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par la requérante soit mise à la charge de l'État, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme F E, épouse C, et à la préfète du Rhône.
Délibéré après l'audience du 7 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Jean-Pascal Chenevey, président-rapporteur,
- Mme Marine Flechet, première conseillère,
- Mme Flore-Marie Jeannot, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2024.
Le président-rapporteur,
J-P. Chenevey
L'assesseure la plus ancienne
dans l'ordre du tableau,
M. G
La greffière,
S. Saadallah
La République mande et ordonne à la préfète du Rhône en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026