Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2401185

mardi 17 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2401185
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationJU 6ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a examiné la requête de Mme B contestant le retrait de points de son permis de conduire pour plusieurs infractions routières et la décision d’invalidation de son titre de conduite. Le tribunal a constaté que l’administration avait, après l’introduction de la requête, pris en compte un stage de sensibilisation à la sécurité routière et retiré la décision d’invalidation, rendant sans objet les conclusions sur ces points. Sur le fond, le tribunal a rejeté les autres moyens de la requête, notamment celui tiré du défaut d’information préalable prévu par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, en application des dispositions du code de la route et du code de procédure pénale. La solution retenue est le rejet du surplus des conclusions de la requête.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 février 2024, Mme A B demande au tribunal :

1°) à titre principal :

- d'annuler les décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur a successivement retiré du capital de son permis de conduire deux points pour une infraction commise le 26 juillet 2022, trois points pour une infraction commise le 1er juin 2022, deux points pour une infraction commise le 8 juin 2022, deux points pour une infraction commise le 12 février 2023, ainsi que la décision référencée " 48 SI " en date du 5 décembre 2023 par laquelle le ministre l'a informé du retrait d'un point du capital de points affectés à son permis de conduire pour une infraction commise le 16 juillet 2023 a prononcé l'invalidation de son titre de conduire pour solde de points nul et lui a enjoint de le restituer aux services préfectoraux de son département de résidence ;

- d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer son titre de conduite doté des points illégalement retirés ainsi que de lui accorder les points liées au stage de sensibilisation à la sécurité routière qu'elle a effectué, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) à titre subsidiaire :

- d'annuler la décision référencée " 48 SI " en date du 5 décembre 2023 par laquelle le ministre l'a informé du retrait d'un point du capital de points affectés à son permis de conduire pour une infraction commise le 16 juillet 2023 a prononcé l'invalidation de son titre de conduire pour solde de points nul et lui a enjoint de le restituer aux services préfectoraux de son département de résidence ;

- d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui accorder les points liées au stage de sensibilisation à la sécurité routière qu'elle a effectué, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

Elle soutient que :

- le ministre de l'intérieur a commis une erreur de calcul dès lors que la décision référencée " 48 SI " ne liste que cinq infractions pour un total de dix points, ainsi, son solde de points n'est pas nul ;

- le stage qu'elle a effectué les 22 et 23 septembre 2023 n'a pas été pris en compte dès lors que, bien que le stage apparaisse sur son relevé d'information intégral, les quatre points correspondants n'ont pas été affectés au capital de son permis de conduire ;

- elle n'a pas été destinataire de l'information préalable prévue par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 mai 2024, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions relatives à la décision référencée " 48 SI " du 5 décembre 2023 et à la prise en compte du stage de sensibilisation à la sécurité routière effectué les 22 et 23 septembre 2023 dès lors qu'il résulte du relevé d'information intégral de la requérante que le solde de points de son permis de conduire est redevenu positif, que les mentions afférentes à la décision d'invalidation du permis de conduire ont été supprimées et que les quatre points consécutifs à son stage du 22 et 23 septembre 2023 ont été pris en compte ;

- les autres moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Segado, président de la sixième chambre, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative pour statuer sur les litiges relevant de cet article.

En application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative, le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience au cours de laquelle a été entendu le rapport de M. Segado, magistrat-désigné.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B a commis une série d'infractions les 26 juillet 2022, 1er juin 2022, 8 juin 2022 et 12 février 2023. Par une décision du 5 décembre 2023 référencée " 48 SI ", suite à une infraction commise le 16 juillet 2023 ayant entraîné le retrait d'un point de son permis de conduire, le ministre de l'intérieur a constaté la perte de validité de ce permis. Mme B saisit le tribunal administratif d'une demande tendant à l'annulation de la décision " 48 SI " portant invalidation de son permis de conduire ainsi que des décisions de retrait de points.

Sur l'étendue du litige :

2. Il résulte de l'instruction, comme le fait valoir le ministre en défense, que le stage de sensibilisation à la sécurité routière effectué le 22 et 23 septembre 2023 a été pris en compte, que quatre points ont été ainsi crédités au capital du permis de conduire de Mme B et que la décision ministérielle référencée " 48 SI " du 5 décembre 2023 portant invalidation du permis de conduire de Mme B, n'apparait plus sur le relevé d'information intégral de l'intéressée édité le 13 mai 2024, celui-ci indiquant un solde de points positif. Ainsi l'administration doit être regardée comme ayant, postérieurement à l'introduction de la requête, pris en compte le stage de sensibilisation à la sécurité routière et procédé au retrait de la décision référencée " 48 SI ". Dès lors, les conclusions de la requête tendant à l'annulation de la décision référencée " 48 SI " et les conclusions tendant à la prise en compte du stage de sensibilisation sont devenues sans objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.

3. Il résulte de ce qui précède qu'il y a seulement lieu pour le tribunal de se prononcer sur la légalité des décisions portant retrait de points intervenues à la suite des infractions commises les 26 juillet 2022, 1er juin 2022, 8 juin 2022, 12 février 2023 et 16 juillet 2023.

Sur le surplus conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens tirés de l'erreur de calcul et de la prise en compte du stage de sensibilisation à la sécurité routière :

4. Il résulte de l'instruction, et notamment des mentions du relevé d'information intégral afférent au permis de conduire de Mme B, versé par l'administration, édité le 13 mai 2023, que, comme il a été dit précédemment, le stage de sensibilisation à la sécurité routière effectué les 22 et 23 septembre 2023 par l'intéressée a été pris en compte, a entrainé un ajout de quatre points sur son permis de conduire et que Mme B dispose de deux points au capital de son permis de conduire. Ainsi, les moyens tirés de l'erreur de calcul et du défaut de prise en compte du stage de sensibilisation pour le décompte des points affectés au permis de conduire de Mme B ne peuvent qu'être écartés.

En ce qui concerne le moyen tiré du défaut d'information préalable :

5. En application des dispositions de l'article L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, dans leurs versions successives applicables à la date des infractions en litige, lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé notamment qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1 du même code. Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant.

6. L'information prévue par les dispositions susmentionnées du code de la route constitue une formalité substantielle dont l'accomplissement, qui est une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre d'en contester la réalité et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis, est une condition de la régularité de la procédure suivie et, partant, de la légalité du retrait de points. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, qu'elle a satisfait à cette obligation. Mme B soutient que les informations préalables, mentionnées par les dispositions précitées du code de la route, ne lui ont pas été délivrées lors de la commission des infractions des 26 juillet 2022, 1er juin 2022, 8 juin 2022, 12 février 2023 et 16 juillet 2023.

S'agissant de l'infraction commise le 1er juin 2022 :

7. En application du second alinéa de l'article 529-2 du code de procédure pénale, en l'absence de paiement ou de requête en exonération dans le délai de quarante-cinq jours suivant, selon les cas, la date de constatation de l'infraction ou la date d'envoi de l'avis de contravention, l'amende forfaitaire est majorée de plein droit et recouvrée en vertu d'un titre rendu exécutoire par le ministère. Le paiement de l'amende forfaitaire majorée établit que le contrevenant a reçu un avis d'amende forfaitaire majorée. Il ressort des pièces du dossier qu'avant même que ces mentions ne soient rendues obligatoires par un arrêté du 13 mai 2011 introduisant dans le code de procédure pénale un article A. 37-28, le formulaire d'avis d'amende forfaitaire majorée utilisé par l'administration rappelait la qualification de l'infraction au code de la route et précisait que l'émission de l'amende forfaitaire majorée pouvait entraîner un retrait de points du permis de conduire, que cette amende pouvait être contestée dans un délai de trois mois, que les retraits et reconstitutions de points faisaient l'objet d'un traitement automatisé et que le titulaire du permis pouvait accéder à ces informations. Ces indications mettent le contrevenant en mesure de comprendre qu'en l'absence de contestation de l'amende il serait procédé au retrait de points et portaient à sa connaissance l'ensemble des informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Dans ces conditions, lorsqu'il est établi que le titulaire du permis de conduire a payé l'amende forfaitaire majorée, il découle de cette seule constatation qu'il doit être regardé comme établi que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de l'amende, les informations requises, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, démontre avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet.

8. Il résulte de l'instruction, et notamment de l'examen du relevé intégral d'information et du bordereau établi par la trésorerie des Hauts de Seine amendes, que le requérant a payé l'amende forfaitaire majorée correspondant à l'infraction du 1er juin 2022. Alors que la requérante ne produit pas d'éléments de nature à mettre en doute l'exactitude des informations contenues dans ces documents, ni à établir que le paiement de l'amende forfaitaire majorée serait intervenu par la voie du recouvrement forcé engagée par le comptable public à son encontre ou qu'il aurait reçu un titre exécutoire incomplet ou inexact, il découle de cette seule constatation qu'il doit être regardé comme établi que l'administration s'est acquittée envers le requérant de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de cette amende, les informations requises. Il suit de là que la requérante n'est pas fondée à soutenir que le retrait de points intervenu à la suite de cette infraction serait intervenu au terme d'une procédure irrégulière.

S'agissant de l'infraction commise le 16 juillet 2023 :

9. Il résulte des dispositions de l'article 530 du code de procédure pénale qu'une réclamation contre le titre exécutoire d'une amende forfaitaire majorée, lorsqu'elle est formée dans les délais et dans les formes prévues par cet article et par l'article 529-10 du même code, entraîne l'annulation du titre exécutoire. En vertu de l'article R. 49-8 du même code, l'officier du ministère public saisi d'une réclamation recevable porte sans délai cette annulation à la connaissance du comptable de la direction générale des finances publiques. Il appartient ensuite à l'officier du ministère public soit de diligenter des poursuites devant la juridiction pénale au titre de l'infraction contestée, soit de classer l'affaire sans suite. Eu égard aux dispositions de l'article L. 123-1 du code de la route, l'annulation du titre exécutoire a pour conséquence que la réalité de l'infraction ne peut plus être regardée comme établie. L'autorité administrative doit, par suite, rétablir sur le permis de conduire les points qui avaient pu être retirés, sans préjudice d'un nouveau retrait si le juge pénal est saisi et prononce une condamnation.

10. Il résulte des mentions du relevé d'information intégral afférent au permis de conduire de Mme B, produit par l'administration, que l'infraction commise le 16 juillet 2023 a été relevée au moyen d'un radar automatique, ainsi que le prouve la mention "tribunal d'instance ou de police Contrôle Automatisé", et a donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée. Le ministre verse à cet égard à l'instance le formulaire de réclamation adressé par Mme B à l'officier du ministère public, auquel la requérante a joint l'avis d'amende forfaitaire majorée afférent à l'infraction du 16 juillet 2023, sur lequel figurent l'ensemble des informations requises aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Il est dès lors établi, dans les circonstances de l'espèce, que Mme B a bien reçu l'avis de majoration et que l'administration s'est acquittée envers elle de son obligation d'information préalable. Par suite, le moyen tiré du défaut de délivrance de l'information préalable concernant l'infraction du 16 juillet 2023 doit être écarté.

S'agissant des infractions commises les 26 juillet 2022, 8 juin 2022 et 12 février 2023 :

11. Il résulte des mentions du relevé d'information intégral afférent au permis de conduire de Mme B, que les infractions commises les 26 juillet 2022, 8 juin 2022 et 12 février 2023 ont été relevées au moyen d'un radar automatique, ainsi que le prouve la mention " tribunal d'instance ou de police Contrôle Automatisé", et ont donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée. Si le ministre produit un modèle d'avis de contravention comportant l'ensemble des informations requises par le code de la route et se prévaut des mentions du relevé d'information intégral de l'intéressé pour attester de l'émission d'un titre exécutoire d'amende forfaitaire majorée afférent à cette infraction relevée par radar automatique, il n'est pas établi que la requérante a été destinataire de l'avis de contravention ou d'un formulaire d'amende forfaitaire majorée comportant les informations requises par le code de la route. Toutefois, la seule circonstance que l'intéressé n'a pas été informé, lors de la constatation d'une infraction, de l'existence d'un traitement automatisé des points et de la possibilité d'y accéder n'entache pas d'illégalité la décision de retrait de points correspondante s'il résulte de l'instruction que ces éléments ont été portés à sa connaissance à l'occasion d'infractions antérieures suffisamment récentes. En l'espèce, il résulte des mentions du relevé d'information intégral de Mme B que celle-ci a commis, en particulier les 22 mars 2022, 6 octobre 2021 et 13 novembre 2020 des infractions de même nature, à savoir un excès de vitesse, constatées par un radar automatique, qui ont donné lieu à des amendes forfaitaires acquittées de façon différée. Dès lors, la requérante, qui a nécessairement reçu la carte de paiement et l'avis de contravention lui permettant d'effectuer ces paiements, a déjà été destinataire de l'ensemble des informations requises, y compris celles relatives au traitement automatisé des points et à la possibilité d'exercer un droit d'accès, lors de ces infractions antérieurement commises. Par suite, l'omission éventuelle de la délivrance de l'information pour les infractions commises les 26 juillet 2022, 8 juin 2022 et 12 février 2023 n'a pu avoir pour effet, dans les circonstances de l'espèce, de la priver de la garantie instituée par la loi pour lui permettre, avant d'en reconnaître la réalité par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'exécution d'une composition pénale, d'en mesurer les conséquences sur la validé de son permis et éventuellement d'en contester la réalité devant le juge pénal. Par suite, le moyen tiré du défaut d'information préalable s'agissant de ces infractions des 26 juillet 2022, 8 juin 2022 et 12 février 2023 doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête de Mme B tendant à l'annulation de la décision référencée " 48 SI " en ce qu'elle porte portant invalidation de son permis de conduire et celles aux fins de prise en compte du stage de sensibilisation.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.

Le magistrat désigné

J. Segado

La greffière,

F. Abdillah

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Un greffier.