Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2401210
mardi 17 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2401210 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | JU 6ème chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement le 6 février 2024 et le 29 avril 2024, Mme A B, représentée par Me Cohen, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler les décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur a successivement retiré du capital de son permis de conduire, deux points pour une infraction commise le 9 juillet 2023, un point pour une infraction commise le 5 juillet 2023, un point pour une infraction commise le 20 juin 2023, un point pour une infraction commise le 19 avril 2023 à 15h31, ensemble la décision référencée " 48 SI " en date du 5 décembre 2023 par laquelle le ministre l'a informée du retrait d'un point du capital de points affectés à son permis de conduire pour une infraction commise le 15 juillet 2023, a prononcé l'invalidation de son titre de conduire pour solde de points nul et lui a enjoint de le restituer aux services préfectoraux de son département de résidence ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui restituer son titre de conduite doté des points illégalement retirés ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat, le versement d'une somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle a effectué un stage de sensibilisation à la sécurité routière les 17 et 18 janvier 2024,
- la décision 48SI et les décisions procédant aux retraits de points de son permis de conduire ne lui ont pas été notifiées ;
- elle n'a pas été destinatrice de l'information préalable prévue par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ;
- la réalité des infractions qui lui sont reprochées n'est pas établie.
Par un mémoire en défense, enregistré le 24 avril 2024, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de procédure pénale ;
- le code de la route ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Segado, président de la sixième chambre, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative pour statuer sur les litiges relevant de cet article.
En application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative, le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience au cours de laquelle a été entendu le rapport de M. Segado, magistrat-désigné.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B a commis une série d'infractions les 9 juillet 2023, 5 juillet 2023, 20 juin 2023 et le 19 avril 2023 à 15h31. Par une décision du 5 décembre 2023 référencée " 48 SI ", suite à une infraction commise le 15 juillet 2023 ayant entraîné le retrait d'un point de son permis de conduire, le ministre de l'intérieur a constaté la perte de validité de ce permis. Mme B saisit le tribunal administratif d'une demande tendant à l'annulation de la décision " 48 SI " portant invalidation de son permis de conduire ainsi que des décisions de retrait de points.
2. En premier lieu, les conditions de la notification au conducteur des retraits de points de son permis de conduire, prévues par les dispositions de l'article L. 223-3 du code de la route, ne conditionnent pas la régularité de la procédure suivie et partant, la légalité de ces retraits. Cette notification a pour seul objet de rendre ceux-ci opposables à l'intéressé et de faire courir le délai dont il dispose pour en contester la légalité devant la juridiction administrative. Par suite, la circonstance que l'administration ne soit pas en mesure d'apporter la preuve que la notification des retraits successifs, effectuée par lettre simple, a bien été reçue par son destinataire, ne saurait lui interdire de constater que le permis a perdu sa validité, dès lors que la décision procédant au retrait des derniers points récapitule les retraits antérieurs et les rend ainsi opposables au conducteur. Mme B ne saurait dès lors utilement se prévaloir de ce que divers retraits de points ne lui auraient pas été notifiés avant l'intervention de la décision constatant la perte de validité de son permis de conduire.
3. En second lieu, aux termes du troisième alinéa de l'article L. 223-6 du code de la route : " Le titulaire du permis de conduire qui a commis une infraction ayant donné lieu à retrait de points peut obtenir une récupération de points s'il suit un stage de sensibilisation à la sécurité routière. () ". Aux termes de l'article R. 223-8 du même code : " I. - La personne responsable d'une formation spécifique, titulaire de l'agrément prévu à l'article R. 223-5, délivre, à l'issue de celle-ci, une attestation de stage à toute personne qui l'a suivi en totalité. Cette attestation est transmise au représentant de l'Etat dans le département du lieu du stage, ou à l'autorité compétente de la collectivité d'outre-mer, dans un délai de quinze jours à compter de la fin de cette formation. / II. - L'attestation délivrée à l'issue du stage effectué en application des dispositions de l'alinéa 2 de l'article L. 223-6 donne droit à la récupération de quatre points dans la limite du plafond affecté au permis de conduire de son titulaire. Une nouvelle reconstitution de points, après une formation spécifique effectuée en application des mêmes dispositions, n'est possible qu'au terme d'un délai de deux ans. / III. - L'autorité administrative mentionnée au I ci-dessus procède à la reconstitution du nombre de points dans un délai d'un mois à compter de la réception de l'attestation et notifie cette reconstitution à l'intéressé par lettre simple. La reconstitution prend effet le lendemain de la dernière journée de stage. ".
4. Il résulte de l'instruction, et notamment de l'attestation du 18 janvier 2024, que Mme B a effectué un stage de sensibilisation à la sécurité routière volontaire les 17 et 18 janvier 2024, en application des articles L. 223-6 et R. 223-8 du code de la route. Si la requérante soutient que la décision " 48SI " ne lui a pas été notifiée et se prévaut du stage suivi, il résulte de l'instruction que la décision litigieuse datée du 5 décembre 2023 portant invalidation de son permis de conduire lui a été envoyée par pli recommandé avec accusé de réception à son adresse, soit au 272 chemin des Albanières à Montluel (01120). Ce pli, régulièrement présenté à son domicile le 23 décembre 2023, a été retourné à l'administration avec la mention " pli avisé et non réclamé ". Dans ces conditions, la notification du pli est réputée avoir été régulièrement accomplie à la date de présentation de celui-ci, soit le 23 décembre 2023. Ladite notification est ainsi intervenue antérieurement au 18 janvier 2024, date à laquelle la requérante a achevé un stage de sensibilisation à la sécurité routière, dont la prise en compte ne s'opère qu'au lendemain de la dernière journée de stage en application du III de l'article R. 223-8 du code de la route. Ce stage était, dès lors, sans portée utile sur le permis, qui avait déjà perdu sa validité. Par suite, Mme B n'est pas fondée à soutenir que c'est à tort que le ministre de l'intérieur a refusé de procéder à la reconstitution de quatre points au capital de points affecté à son permis de conduire.
5. En troisième lieu, en application des dispositions de l'article L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, dans leurs versions successives applicables à la date des infractions en litige, lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé notamment qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1 du même code. Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant.
6. L'information prévue par les dispositions susmentionnées du code de la route constitue une formalité substantielle dont l'accomplissement, qui est une garantie essentielle donnée à l'auteur de l'infraction pour lui permettre d'en contester la réalité et d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis, est une condition de la régularité de la procédure suivie et, partant, de la légalité du retrait de points. Il appartient à l'administration d'apporter la preuve, par tous moyens, qu'elle a satisfait à cette obligation. Mme B soutient que les informations préalables, mentionnées par les dispositions précitées du code de la route, ne lui ont pas été délivrées lors de la commission des infractions des 15 juillet 2023, 9 juillet 2023, 5 juillet 2023, 20 juin 2023 et du 19 avril 2023 à 15h31.
7. En application du second alinéa de l'article 529-2 du code de procédure pénale, en l'absence de paiement ou de requête en exonération dans le délai de quarante-cinq jours suivant, selon les cas, la date de constatation de l'infraction ou la date d'envoi de l'avis de contravention, l'amende forfaitaire est majorée de plein droit et recouvrée en vertu d'un titre rendu exécutoire par le ministère. Le paiement de l'amende forfaitaire majorée établit que le contrevenant a reçu un avis d'amende forfaitaire majorée. Avant même que ces mentions ne soient rendues obligatoires par un arrêté du 13 mai 2011 introduisant dans le code de procédure pénale un article A. 37-28, le formulaire d'avis d'amende forfaitaire majorée utilisé par l'administration rappelait la qualification de l'infraction au code de la route et précisait que l'émission de l'amende forfaitaire majorée pouvait entraîner un retrait de points du permis de conduire, que cette amende pouvait être contestée dans un délai de trois mois, que les retraits et reconstitutions de points faisaient l'objet d'un traitement automatisé et que le titulaire du permis pouvait accéder à ces informations. Ces indications mettaient le contrevenant en mesure de comprendre qu'en l'absence de contestation de l'amende il serait procédé au retrait de points et portaient à sa connaissance l'ensemble des informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Dans ces conditions, lorsqu'il est établi que le titulaire du permis de conduire a payé l'amende forfaitaire majorée, il découle de cette seule constatation qu'il doit être regardé comme établi que l'administration s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de l'amende, les informations requises, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, démontre avoir été destinataire d'un avis inexact ou incomplet. Il en va autrement si le contrevenant, qui conteste les éléments du relevé d'information intégral et les attestations de paiement établie par le comptable public chargé du recouvrement de l'amende, apporte la preuve que le paiement de l'amende forfaitaire majorée est intervenu par la voie du recouvrement forcé engagée par le comptable public.
8. Il résulte des mentions du relevé d'information intégral afférent au permis de conduire de Mme B, produit par l'administration, que les infractions commises les 15 juillet 2023, 9 juillet 2023, 5 juillet 2023, 20 juin 2023 et 19 avril 2023 à 15h31 ont été relevées au moyen d'un radar automatique, ainsi que le prouve la mention "tribunal d'instance ou de police Contrôle Automatisé)", et ont donné lieu à l'émission d'un titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée. Le ministre ne justifie pas que les informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, et en particulier l'information concernant le risque de se voir retirer des points de son permis de conduire, aient été transmises à l'intéressé, dès lors que la requérante produit deux avis de saisie administrative à tiers détenteur du 29 février 2024 et du 22 février 2024 établis par la trésorerie du contrôle automatisé qui démontre que les amendes correspondant aux infractions du 9 et 5 juillet 2023, 20 juin 2023 et 19 avril 2023 ont fait l'objet d'un recouvrement forcé par avis de saisie administrative à tiers détenteur émis à son encontre les 29 février 2024 et 22 février 2024.
9. Toutefois, la seule circonstance que l'intéressée n'a pas été informée, lors de la constatation d'une infraction, de l'existence d'un traitement automatisé des points et de la possibilité d'y accéder n'entache pas d'illégalité la décision de retrait de points correspondante s'il apparaît que ces éléments ont été portés à sa connaissance à l'occasion d'infractions antérieures suffisamment récentes. En l'espèce, Il résulte des mentions du relevé d'information intégral que les amendes forfaitaires relatives aux infractions des 7 août 2022, 3 septembre 2022 et 19 avril 2023 à 16h33, relevées par radar automatique, consistant en un excès de vitesse inférieur à 20 km/h, ont été payées ainsi que l'attestent les mentions "tribunal d'instance ou de police Contrôle automatisé" et il découle de ces constatations que le paiement de ces contraventions a été réalisé à la suite de la remise de l'avis de contravention correspondant à chacune de ces infractions, ces avis étant réputés comporter l'information préalable prévue par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. La requérante ne produit pas d'élément de nature à remettre en cause les mentions ainsi portées sur ce relevé d'information intégral quant au paiement de l'amende forfaitaire pour chacune de ces trois infractions. Ainsi, la requérante a été destinataire de l'information préalable prévue par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route à l'occasion d'une infraction de même nature que les infractions commises les 15 juillet 2023, 9 juillet 2023, 5 juillet 2023, 20 juin 2023 et 19 avril 2023 à 15h31. Dès lors l'omission de l'information, s'agissant des retraits de points ainsi contestés, n'ont pas eu pour effet, dans les circonstances de l'espèce, de priver la requérante de la garantie instituée par la loi pour lui permettre d'en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et, éventuellement, d'en contester la réalité devant le juge pénal. Par suite, le moyen tiré du défaut d'information préalable s'agissant des infractions commises les 15 juillet 2023, 9 juillet 2023, 5 juillet 2023, 20 juin 2023 et 19 avril 2023 à 15h31 doit être écarté.
10. En dernier lieu, en vertu de l'article L. 223-1 du code de la route, le nombre de points dont est affecté le permis de conduire est réduit de plein droit si le titulaire du permis a commis une infraction pour laquelle cette réduction est prévue. Il résulte du même article que la réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement d'une amende forfaitaire ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée, l'exécution d'une composition pénale ou par une condamnation définitive.
11. Il résulte des mentions du relevé d'information intégral versé au dossier que des titres exécutoires d'amende forfaitaire majorée ont été émis à raison des infractions commises les 15 juillet 2023, 9 juillet 2023, 5 juillet 2023, 20 juin 2023 et 19 avril 2023 à 15h31. Dans ces conditions, la réalité de ces infractions doit être regardée comme établie dans les conditions prévues à l'article L. 223-1 précité du code de la route, et le moyen tiré du défaut d'établissement de la réalité de ces infractions ne peut qu'être écarté.
12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées. Les conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent, par voie de conséquence, également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.
Le magistrat désigné
J. Segado
La greffière,
F. Abdillah
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Un greffier,
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