Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2402390

mardi 10 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2402390
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation8ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a rejeté la requête de Mme B, ressortissante sénégalaise, qui contestait l'arrêté préfectoral refusant le renouvellement de son titre de séjour étudiant et l'obligeant à quitter le territoire. La juridiction a estimé que le refus était justifié par l'absence de progression académique significative après cinq années d'études en France, sans obtention de diplôme, et que la décision ne méconnaissait ni l'article 9 de la convention franco-sénégalaise du 1er août 1995 ni l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. La solution retenue valide la légalité de l'arrêté attaqué, en s'appuyant sur les stipulations conventionnelles et les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 mars 2024, Mme A B, représentée par Me Hmaida, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 février 2024 par lequel la préfète du Rhône a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé son pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de lui délivrer une carte de séjour temporaire ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande dans le délai de deux mois, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 000 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de l'arrêté attaqué ;

- le refus de séjour critiqué méconnaît les stipulations de l'article 9 de la convention franco-sénégalaise du 1er août 1995 et résulte d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- le refus de séjour et l'obligation de quitter le territoire en litige portent une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'illégalité du refus de titre qui lui est opposé entache d'illégalité l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français ;

- l'illégalité du refus de séjour et de l'obligation de quitter le territoire français critiqués entache d'illégalité la décision fixant son pays de renvoi.

La préfète du Rhône a produit des pièces, enregistrées le 19 juin 2024.

Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention signée le 1er août 1995 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Sénégal, relative à la circulation et au séjour des personnes ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Le président de la formation de jugement ayant dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de M. Richard-Rendolet.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissante sénégalaise née en 2000, Mme B conteste l'arrêté du 20 février 2024 par lequel la préfète du Rhône a rejeté sa demande de renouvellement de son titre de séjour en qualité d'étudiante, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays vers lequel elle pourrait être éloignée d'office.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. L'arrêté attaqué a été signé par Mme C, directrice des migrations et de l'intégration, en vertu de la délégation qui lui a été donnée par un arrêté de la préfète du Rhône du 30 janvier 2024 publié le lendemain au recueil des actes administratifs de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté du 20 février 2024 doit être écarté.

En ce qui concerne le refus de séjour :

3. Aux termes de l'article 9 de la convention franco-sénégalaise relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Dakar le 1er août 1995 : " Les ressortissants de chacun des Etats contractants désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation qui ne peut être assuré dans le pays d'origine, sur le territoire de l'autre Etat doivent, pour obtenir le visa de long séjour prévu à l'article 4, présenter une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement choisi, ou une attestation d'accueil de l'établissement où s'effectue le stage. Ils doivent en outre justifier de moyens d'existence suffisants, tels qu'ils figurent en annexe. / Les intéressés reçoivent, le cas échéant, un titre de séjour temporaire portant la mention " étudiant ". Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite des études ou du stage, ainsi que de la possession de moyens d'existence suffisants ".

4. Pour refuser de faire droit à la demande de titre de séjour formée par Mme B en vue de la poursuite de ses études, la préfète du Rhône s'est fondée, comme il lui appartenait de le faire, sur l'absence de résultats probants et de progression de l'intéressée dans son cursus universitaire. Pour soutenir que les stipulations citées au point précédent ont été méconnues, Mme B se prévaut de la validation de ses deux premières années de licence en langues étrangères appliquées (LEA) anglais-polonais et de la continuité de son projet d'études, qui l'a conduite à s'inscrire pour l'année 2023-2024 auprès d'un établissement privé en vue de l'obtention d'un bachelor en " e-commerce ". Toutefois, il est constant qu'à l'issue de l'année universitaire 2022-2023 et après cinq années de présence en France, Mme B, ayant échoué en 1ère année d'études de droit et n'ayant par la suite validé que pour partie ses années d'études successives en LEA, ne justifie de la validation que des deux premières années de la licence LEA dans laquelle elle s'est inscrite à quatre reprises et n'a ainsi pas obtenu de diplôme. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 9 de la convention franco-sénégalaise de 1995 et de l'erreur manifeste d'appréciation dont résulterait la décision en litige au regard du parcours de Mme B doivent être écartés.

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Eu égard aux motifs de la décision en litige et à l'objet du titre de séjour qu'elle a sollicité en qualité d'étudiante, Mme B ne saurait utilement se prévaloir de l'atteinte excessive que le refus critiqué porterait selon elle à sa vie privée et familiale en violation de ces stipulations.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

6. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que Mme B n'est pas fondée à soutenir que l'illégalité du refus de titre de séjour qui lui a été opposé entache d'illégalité la mesure d'éloignement prise sur son fondement.

7. Pour soutenir que son éloignement porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale, Mme B se prévaut de l'ancienneté de sa présence en France, de l'activité professionnelle qu'elle y a exercée à partir de 2019 en qualité d'agent de quai et de la présence en France de sa mère et de sa sœur. Toutefois, alors que la requérante est célibataire et sans charges de famille et que son séjour en France n'a été autorisé qu'en vue de la poursuite d'études, le moyen tiré de la violation des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne la fixation du pays de destination :

8. Eu égard à ce qui précède, Mme B n'est pas fondée à soutenir que l'illégalité des décisions qu'elle conteste portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire entache d'illégalité la décision prise sur leur fondement et fixant son pays de destination.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête dirigées contre la décision du 20 février 2024 doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B, n'appelle aucune mesure d'exécution.

Sur les frais liés au litige :

11. S'il y a lieu en l'espèce d'admettre la requérante au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions présentées sur leur fondement et dirigées contre l'Etat, qui n'est pas partie perdante.

DECIDE :

Article 1er : Mme B est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de Mme B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 8 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gille, président,

M. Richard-Rendolet, premier conseiller,

Mme Feron, première conseillère

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 septembre 2024.

Le rapporteur,

F-X. Richard-RendoletLe président,

A. Gille

La greffière,

L. Khaled

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier