Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2402412

mardi 10 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2402412
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation8ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon, statuant en formation collégiale, a rejeté la requête de Mme A, ressortissante comorienne, qui contestait l'arrêté préfectoral du 13 février 2024 refusant son titre de séjour étudiant et l'obligeant à quitter le territoire. La juridiction a estimé que la décision était suffisamment motivée et que la préfète avait procédé à un examen complet de sa situation. Sur le fond, le tribunal a jugé que le refus de séjour ne méconnaissait pas l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en raison de l'absence de progression et de résultats probants dans son cursus universitaire, malgré une inscription récente dans une nouvelle formation. Par conséquent, l'obligation de quitter le territoire français a été maintenue, l'illégalité du refus de titre n'étant pas établie.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 mars 2024, Mme B D A, représentée par Me Deme, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 février 2024 par lequel la préfète du Rhône a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé son pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Rhône de la munir sans délai d'une autorisation provisoire de séjour puis, dans le délai d'un mois, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 800 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de la décision portant refus de titre de séjour, qui est également insuffisamment motivée et résulte d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- le refus de séjour en litige méconnaît l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et résulte d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'illégalité du refus de titre qui lui est opposé entache d'illégalité l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français ;

- l'obligation de quitter le territoire français qu'elle conteste est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 juin 2024, la préfète du Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 21 mars 2024.

Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Le président de la formation de jugement ayant dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de M. Richard-Rendolet.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissante comorienne née en 1998, Mme A conteste l'arrêté du 13 février 2024 par lequel la préfète du Rhône a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays vers lequel elle pourrait être éloignée d'office.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le refus de séjour :

2. L'arrêté attaqué a été signé par Mme C, directrice des migrations et de l'intégration, en vertu de la délégation qui lui a été donnée par un arrêté de la préfète du Rhône du 30 janvier 2024 publié le lendemain au recueil des actes administratifs de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision du 13 février 2024 doit être écarté.

3. Traduisant un examen de la situation particulière de la requérante, l'arrêté critiqué, qui fait en particulier état de façon circonstanciée du fondement de la demande de titre de séjour de l'intéressée, de ses résultats universitaires ainsi que de sa situation administrative, personnelle et familiale, comporte les éléments de fait et de droit qui donnent leur fondement aux décisions qu'il contient. Par suite, les moyens tirés du défaut de motivation de la décision en litige et du défaut d'examen de la situation de la requérante doivent être écartés.

4. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "étudiant" d'une durée inférieure ou égale à un an (). Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle ".

5. Pour refuser de faire droit à la demande de titre de séjour formée par Mme A en vue de la poursuite de ses études, la préfète du Rhône s'est fondée, comme il lui appartenait de le faire, sur l'absence de résultats probants et de progression de l'intéressée dans son cursus universitaire. Pour soutenir que les dispositions législatives citées au point précédent ont été méconnues, Mme A se prévaut de son inscription au titre de l'année universitaire 2023-2024 dans un mastère " Manager commercial et marketing " en alternance, de l'obtention d'un contrat d'apprentissage en lien avec cette formation et de la validation du premier semestre de l'année universitaire avec une moyenne de 14,5/20. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que Mme A s'est inscrite à deux reprises, au titre des années universitaires 2021-2022 et 2022-2023, en troisième année de licence de droit, qu'elle n'a pas validée. Alors que la formation qu'elle entend désormais suivre et dans laquelle elle a pu s'inscrire sur présentation de la licence de droit qu'elle avait précédemment obtenue aux Comores avant son entrée en France est sans lien avec les études initialement suivies, que la requérante ne conteste pas les énonciations de la décision attaquée relatives à sa moyenne générale de 0,98/20 obtenue au terme de sa seconde année d'études et à ses nombreuses absences injustifiées, et que l'intéressée ne démontre au demeurant pas qu'elle dispose de ressources suffisantes pour prétendre à un titre de séjour conformément aux dispositions précitées, les moyens tirés de ce que la préfète du Rhône, d'une part, aurait fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, d'autre part, aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de Mme A doivent être écartés.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

6. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que Mme A n'est pas fondée à soutenir que l'illégalité du refus de titre de séjour qui lui a été opposé entache d'illégalité la mesure d'éloignement prise sur son fondement.

7. Si Mme A soutient que l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation et de son parcours universitaire, ce moyen doit être écarté pour les motifs de fait exposés au point 5 du présent jugement.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête dirigées contre l'arrêté du 13 février 2024 doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation formées par Mme A, n'appelle aucune mesure d'exécution.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre de l'Etat, qui n'est pas partie perdante.

DECIDE :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D A et à la préfète du Rhône.

Délibéré après l'audience du 8 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gille, président,

M. Richard-Rendolet, premier conseiller,

Mme Feron, première conseillère

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 septembre 2024.

Le rapporteur,

F-X. Richard-RendoletLe président,

A. Gille

La greffière,

L. Khaled

La République mande et ordonne au préfet du Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier