Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2402569
vendredi 30 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2402569 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 8ème chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 15 mars 2024, Mme A B, représentée par Me Frery, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 13 décembre 2023 par lequel la préfète de l'Ain a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé son pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour en France d'une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de la munir d'une autorisation provisoire de séjour et de procéder au réexamen de sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- le refus de séjour qui lui est opposé est entaché d'un vice de procédure, faute de justification de la consultation régulière du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;
- le refus de séjour critiqué méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et résulte d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- le refus de séjour en litige porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'illégalité du refus de titre de séjour qui lui est opposé entache d'illégalité l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français et l'interdiction d'y retourner.
Par un mémoire en défense enregistré le 17 mai 2024, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 23 février 2024.
Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;
Le président de la formation de jugement ayant dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;
Après avoir entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de M. Richard-Rendolet.
Considérant ce qui suit :
1. Ressortissante russe née en 1954, Mme B conteste l'arrêté du 13 décembre 2023 par lequel la préfète de l'Ain a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé son pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour en France d'une durée d'un an.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
2. Traduisant un examen de la situation personnelle de la requérante, l'arrêté critiqué, qui fait en particulier état de façon circonstanciée du fondement de sa demande de titre de séjour, de l'avis émis par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) quant à son état de santé ainsi que de sa situation administrative, personnelle et familiale ou encore de la nature de ses pathologies, comporte les éléments de fait et de droit qui donnent leur fondement aux décisions qu'il contient. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation du refus de titre de séjour en litige doit être écarté.
3. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an (). / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () ".
4. Il ressort des pièces du dossier que, contrairement à ce qu'allègue la requérante, la décision en litige a été prise conformément à l'avis d'un collège de trois médecins de l'OFII régulièrement émis le 8 novembre 2023 au vu des conclusions d'un rapport établi le 31 octobre précédent par un médecin n'ayant lui-même pas siégé au sein de ce collège. Dans ces conditions, le moyen tiré en ses diverses branches de l'irrégularité de la procédure suivie au regard des dispositions des articles R. 425-11, R. 425-12 et R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont se prévaut la requérante doit être écarté.
5. Pour rejeter la demande de titre de séjour de Mme B, la préfète de l'Ain s'est fondée sur l'avis collégial du 8 novembre 2023 mentionné ci-dessus selon lequel, bien que nécessitant une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, l'état de santé de la requérante pouvait toutefois faire l'objet d'une prise en charge appropriée dans son pays d'origine. A l'appui de sa contestation, Mme B fait valoir le suivi médical dont elle bénéficie en raison des pathologies dont elle souffre, en particulier le cancer de l'endomètre pour lequel elle est suivie à l'hôpital de Bourg-en-Bresse, le diabète de type 1 et les complications oculaires associées dont le traitement provoque chez elle des malaises et le syndrome dépressif qui l'affecte, ainsi que les carences du système de santé russe s'agissant des équipements de radiothérapie et de curiethérapie ou du suivi du diabète. Toutefois et alors que la requérante a été opérée du cancer dont elle fait état et qu'un certificat médical du 18 mars 2024 indique que son traitement par chimiothérapie a cessé, les éléments avancés ne suffisent pas pour remettre en cause le bien-fondé de la décision préfectorale, prise conformément à l'avis du collège de médecins de l'OFII et retenant la possibilité d'un suivi approprié de la requérante en Russie. Par suite, les moyens tirés de ce que la préfète de l'Ain a méconnu les dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
6. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger () qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an (). / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".
7. Pour soutenir que les dispositions législatives et les stipulations citées au point précédent ont été méconnues, Mme B se prévaut, outre son état de santé, de sa résidence en France depuis l'année 2019, de son implication au sein de l'association Notre-Dame des sans-abris et des liens qu'elle y a tissés. Toutefois, il est constant que Mme B, qui ne fait pas état d'attaches familiales en France et dont la demande d'asile a été rejetée, s'est maintenue irrégulièrement sur le territoire national en dépit de la mesure d'éloignement dont elle a fait l'objet au mois de juillet 2021. En outre la requérante, qui n'exerce pas d'activité professionnelle, ne justifie pas d'une intégration particulière sur le territoire français. Dans ces conditions, les moyens tirés de l'atteinte excessive que le refus de titre de séjour en litige porterait au droit de la requérante au respect de sa vie privée et familiale en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.
En ce qui concerne les autres décisions :
8. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que Mme B n'est pas fondée à soutenir que l'illégalité du refus de titre de séjour qui lui a été opposé entache d'illégalité les mesures d'éloignement et d'interdiction de retour prises sur son fondement.
9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions dirigées contre l'arrêté du 13 décembre 2023 doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête de Mme B à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre de l'Etat, qui n'est pas partie perdante.
DECIDE :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la préfète de l'Ain.
Délibéré après l'audience du 24 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Gille, président,
M. Richard-Rendolet, premier conseiller,
Mme Feron, première conseillère
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 août 2024.
Le rapporteur,
F-X. Richard-RendoletLe président,
A. Gille
Le greffier,
Y. Mesnard
La République mande et ordonne au préfet de l'Ain en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier
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