Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2403411

mercredi 30 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2403411
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantZOCCALI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon a rejeté la requête de M. A, ressortissant tunisien, qui contestait l'arrêté préfectoral du 11 janvier 2024 refusant son titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire. Le tribunal a estimé que la préfète de l'Ain n'avait commis ni erreur de droit ni erreur manifeste d'appréciation en se fondant sur l'absence de preuve du caractère sérieux de sa formation, ses attaches familiales en Tunisie et son intégration insuffisante, notamment sa maîtrise limitée du français. La solution retenue s'appuie sur l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui permet une admission exceptionnelle au séjour sous conditions, et sur l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, dont la méconnaissance n'a pas été retenue.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 avril 2024, M. B A, représenté par Me Zoccali, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 janvier 2024 par lequel la préfète de l'Ain a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays vers lequel il pourrait être éloigné d'office ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Ain de lui délivrer un titre de séjour temporaire portant la mention " salarié " dans le délai d'un mois, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 300 euros HT en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le refus de titre de séjour qui lui est opposé est entaché d'une erreur de droit dès lors que la préfète lui oppose l'absence de preuve de son isolement en Tunisie et son absence de maîtrise de la langue française ;

- le refus de lui délivrer un titre de séjour est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 435-1 et L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'illégalité du refus de séjour qui lui est opposé entache d'illégalité l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français, qui méconnaît également les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 septembre 2024, la préfète de l'Ain conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 8 mars 2024.

Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Le rapport de Mme Lacroix a été entendu au cours de l'audience publique, à laquelle les parties n'étaient ni présentes ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Ressortissant tunisien né en 2005 et entré au mois de septembre 2022 en France, où il a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance du département de l'Ain, M. A demande l'annulation de l'arrêté du 11 janvier 2024 par lequel la préfète de l'Ain a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays vers lequel il pourrait être éloigné d'office.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

2. Aux termes de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A titre exceptionnel, l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance () entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle peut, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ", sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur l'insertion de cet étranger dans la société française () ".

3. Lorsqu'il examine une demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de "salarié" ou "travailleur temporaire", présentée sur le fondement de ces dispositions, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, qu'il a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et dix-huit ans, qu'il justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Il lui revient ensuite, dans le cadre du large pouvoir dont il dispose, de porter une appréciation globale sur la situation de l'intéressé, au regard notamment du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française.

4. Pour rejeter la demande de titre de séjour de M. A sur le fondement des dispositions précitées de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la préfète de l'Ain s'est fondée sur la circonstance que l'intéressé ne justifiait pas du caractère sérieux du suivi de sa formation, sur les attaches familiales conservées par celui-ci en Tunisie et sur son intégration insuffisante dans la société française révélée par son manque de compréhension et de maîtrise de la langue française. En tenant compte de ces éléments dans le cadre de l'appréciation globale qu'elle a portée sur la situation du requérant et contrairement à ce que soutient celui-ci, la préfète de l'Ain n'a pas entaché sa décision d'erreur de droit.

5. A l'appui de sa contestation, M. A fait valoir qu'il est arrivé en France en qualité de mineur non accompagné au mois de septembre 2022, qu'il y est bien intégré et qu'il bénéficie d'un contrat d'apprentissage depuis le mois de juillet 2023 au sein d'un établissement de restauration. Toutefois, si la structure d'accueil de l'intéressé, dans son rapport de situation du 29 septembre 2023, fait état d'un jeune homme autonome faisant preuve de détermination pour s'intégrer, si le bulletin de notes édité par l'établissement d'enseignement où M. A était inscrit au titre de l'année scolaire 2023-2024 fait état d'un ensemble satisfaisant ou si son employeur souligne ses qualités, il ressort des pièces du dossier, notamment du bilan de parcours de la mission de lutte contre le décrochage scolaire qui a suivi le requérant, que, compromettant sur ce point ses perspectives professionnelles, M. A ne maîtrise pas la langue française et il est constant que tant les parents qu'une partie de la fratrie de M. A vivent en Tunisie, que le requérant n'a quittée pour rejoindre la France qu'en 2022. Dans ces conditions et compte tenu du large pouvoir d'appréciation dont dispose l'autorité administrative, la préfète de l'Ain ne peut être regardée comme ayant entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en refusant l'admission exceptionnelle au séjour de M. A.

6. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Compte tenu de ce qui a été dit précédemment quant à la situation personnelle et familiale du requérant ainsi qu'au caractère encore récent de sa présence en France, où il ne fait pas état d'attaches particulières, M. A n'est pas fondé à soutenir que le refus de titre de séjour qu'il conteste porte une atteinte excessive à sa vie privée et familiale en violation de ces stipulations.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

7. Compte tenu de ce qui précède, le moyen selon lequel l'illégalité du refus de titre de séjour opposé à M. A entache d'illégalité l'obligation qui lui est faite de quitter le territoire français doit être écarté.

8. Si M. A soutient que son éloignement porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale en violation des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ce moyen doit être écarté pour les motifs de fait relatifs à la situation personnelle et familiale du requérant exposés aux points 5 et 6.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête dirigées contre l'arrêté du 11 janvier 2024 doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête de M. A à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre de l'Etat, qui n'est pas partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la préfète de l'Ain.

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Gille, président,

Mme Lacroix, première conseillère,

Mme Reniez, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 octobre 2024.

La rapporteure,

A. Lacroix

Le président,

A. Gille La greffière,

K. Schult

La République mande et ordonne au préfet de l'Ain en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier