Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2403417

mardi 22 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lyon
SectionTribunal Administratif de Lyon
N° DossierTA69-2403417
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Lyon, statuant en formation de 4ème chambre, a examiné les requêtes de Mme E épouse F et de M. D F, qui contestaient les décisions du préfet de la Loire du 9 janvier 2024 leur refusant un titre de séjour, les obligeant à quitter le territoire français, fixant le pays de destination et leur interdisant le retour pour six mois. Les requérants invoquaient notamment l'incompétence de l'auteur des actes, l'insuffisance de motivation, la méconnaissance des articles L. 425-9 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que des stipulations de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a rejeté l'ensemble des requêtes, considérant que les moyens soulevés n'étaient pas fondés et que les décisions attaquées étaient légales.

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I.) Par une requête, enregistrée le 8 avril 2024 sous le n° 2403417, Mme B E épouse F, représentée par Me Lawson-Body, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 9 janvier 2024 par lesquelles le préfet de la Loire a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de six mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire, à titre principal de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou à défaut une autorisation provisoire de séjour de 6 mois et, dans l'attente, de lui remettre une autorisation provisoire de séjour avec droit au travail dans le délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le délai de deux mois et, dans l'attente et dans les même conditions d'astreinte et de délai, de lui remettre une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence de leur auteur ;

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- elle est entachée d'insuffisance de motivation ;

- elle est intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière, en l'absence de production de l'avis rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- le préfet s'est estimé, à tort, en situation de compétence liée au regard du sens de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 425-9 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est entachée d'insuffisance de motivation ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'insuffisance de motivation ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de son principe et de sa durée.

Par un mémoire en défense enregistré le 1er octobre 2024, le préfet de la Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Mme E épouse F a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 mars 2024.

II.) Par une requête, enregistrée le 8 avril 2024 sous le n° 2403419, M. D F, représenté par Me Lawson-Body, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 9 janvier 2024 par lesquelles le préfet de la Loire a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de six mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire, à titre principal de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou à défaut une autorisation provisoire de séjour de 6 mois et, dans l'attente, de lui remettre une autorisation provisoire de séjour avec droit au travail dans le délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, à titre de subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le délai de deux mois et, dans l'attente et dans les même conditions d'astreinte et de délai, de lui remettre une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence de leur auteur ;

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- elle est entachée d'insuffisance de motivation ;

- elle est intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière, en l'absence de production de l'avis rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- le préfet s'est estimé, à tort, en situation de compétence liée au regard du sens de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 425-9 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est entachée d'insuffisance de motivation ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est entachée d'insuffisance de motivation ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de son principe et de sa durée.

Par un mémoire en défense enregistré le 1er octobre 2024, le préfet de la Loire conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. F a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Clément, président, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes susvisées présentées par Mme et M. F, membres d'une même famille, posent des questions similaires et ont fait l'objet d'une instruction commune. Par suite, il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

2. Mme B E épouse F et M. D F, respectivement nés le 6 janvier 1989 et le 14 août 1987, de nationalité algérienne, sont entrés régulièrement en France en 2023 sous couvert d'un visa court séjour. Le 10 mai et 13 juin 2023, ils ont sollicité un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en qualité de parents étrangers d'un enfant mineur malade. Par les arrêtés en litige du 9 janvier 2024, le préfet de la Loire a refusé de leur délivrer un titre de séjour, les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, a fixé le pays à destination duquel ils pourront être éloignés d'office et leur a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de six mois.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, les arrêtés contestés ont été signés par M. Dominique Schuffenecker, secrétaire général de la préfecture de la Loire, qui disposait d'une délégation consentie à cet effet par un arrêté du préfet de la Loire du 13 juillet 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de la Loire. Le moyen tiré de l'incompétence de l'autorité signataire des arrêtés contestés doit donc être écarté.

4. En deuxième lieu, les arrêtés attaqués visent les textes dont ils font application et retracent les conditions de l'entrée et du séjour en France de Mme et M. F. Ils indiquent également, avec un degré de précision suffisant la situation personnelle des requérants en faisant notamment référence à l'état de santé de leur fils C. Ils exposent également en détail les raisons pour lesquelles Mme et M. F font l'objet d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les arrêtés comportent ainsi l'ensemble des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et sont donc motivés.

En ce qui concerne les décisions portant refus de séjour :

5. En premier lieu, si les dispositions de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui prévoient la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour au bénéfice des parents d'enfants dont l'état de santé répond aux conditions prévues par l'article L. 425-9 du même code, ne sont pas applicables aux ressortissants algériens dont la situation est entièrement régie par les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, cette circonstance ne fait pas obstacle à ce que le préfet, dans le cadre de son pouvoir discrétionnaire d'appréciation, délivre à ces ressortissants un certificat de résidence pour l'accompagnement d'un enfant malade. Si la procédure consultative médicale prévue par les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'est, dès lors, pas applicable dans le cas du ressortissant algérien sollicitant le séjour en qualité de parent d'un enfant mineur dont l'état de santé justifierait le maintien sur le territoire français, il est toutefois loisible à l'administration, alors même qu'une consultation n'est pas requise par les textes applicables, d'y procéder, afin d'éclairer utilement sa décision, et une irrégularité éventuellement commise dans le déroulement d'une procédure suivie à titre facultatif par l'administration n'est normalement de nature à vicier la légalité de la décision intervenue que dans la mesure où cette irrégularité a exercé, en fait, une influence sur cette décision.

6. Aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. - L'avis est émis () au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". Aux termes de l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle () ".

7. La partie qui justifie de l'avis d'un collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié et effectivement accessible dans le pays de renvoi.

8. Pour refuser d'accorder le titre de séjour demandé, le préfet de la Loire s'est approprié le sens de l'avis rendu par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, le 11 décembre 2023, selon lequel l'état de santé du fils de Mme et M. F nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner de conséquences d'une exceptionnelle gravité. Les éléments produits au dossier et notamment les différents certificats médicaux et attestations relatifs à l'état de santé de leur fils C, qui porte un appareillage oculaire du côté droit suite à un accident domestique survenu le 8 septembre 2022 pour lequel il avait bénéfice d'une chirurgie réparatrice en Algérie, ne suffisent pas à remettre en cause l'avis médical du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et n'établissent en tout état de cause pas que le suivi médical de l'enfant ne puisse se faire en Algérie.

9. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () ; 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; () ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

10. Mme et M. F, qui résident en France depuis un an à la date de la décision attaquée, font valoir que leurs deux enfants sont scolarisés en France depuis leur arrivée et que les deux sœurs du requérant sont en situation régulière. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que les requérants ne sont entrés que très récemment en France après avoir vécu l'essentiel de leur existence en Algérie, où vivent la majorité des membres de leur famille et où rien ne fait obstacle à la scolarisation des enfants et à la reconstitution de la cellule familiale. Ainsi Mme et M. F ne sont pas fondés à soutenir que les décisions de refus de séjour ont porté une atteinte disproportionnée à leur droit au respect de leur vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Compte tenu de ces éléments, les décisions ne méconnaissent pas l'intérêt supérieur de leurs enfants protégés par les stipulations l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, et ne sont pas davantage entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de leurs conséquences sur leur situation personnelle.

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que les requérants ne sont pas fondés à exciper de l'illégalité des décisions portant de refus de séjour à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire français.

12. En second lieu, en l'absence d'argumentation distincte, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de celles de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de l'erreur manifeste d'appréciation pourront être écartés par les mêmes motifs que ceux exposés au point 10.

En ce qui concerne les décisions fixant le pays de destination :

13. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que les requérants ne sont pas fondés à exciper de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français à l'encontre des décisions fixant le pays de renvoi.

En ce qui concerne les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français :

14. En premier lieu, eu égard à ce qui a été dit précédemment, les requérants ne sont pas fondés à exciper de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français à l'encontre des décisions leur interdisant de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans.

15. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

16. Il ressort des pièces du dossier que Mme et M. F sont entrés régulièrement en France afin de faire soigner leur fils C et sont logés chez une des sœurs du requérant en situation régulière. Par ailleurs, il est constant qu'ils n'ont jamais fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement et que leur comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Dans ces circonstances, le préfet de la Loire ne pouvait, sans entacher sa décision d'erreur d'appréciation au regard de la situation personnelle de Mme et M. F, édicter à leur encontre une interdiction de retour sur le territoire français.

17. Il résulte de ce qui précède que Mme et M. F sont fondés à demander l'annulation des décisions du 9 janvier 2024 leur interdisant de retourner sur le territoire français, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens soulevés à leur encontre.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

18. Le présent jugement, qui annule seulement les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français, n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction sous astreinte présentées par Mme et M. F ne peuvent donc qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

19. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : Les décisions du préfet de la Loire du 9 janvier 2024 portant interdiction de retour sur le territoire français de Mme B E épouse F et de M. D F sont annulées.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B E épouse F, à M. D F et au préfet de la Loire.

Délibéré après l'audience du 8 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Clément, président,

Mme Duca, première conseillère,

Mme Gros, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 octobre 2024.

Le président,

M. Clément

L'assesseure la plus ancienne,

A. Duca

La greffière,

A. Calmès

La République mande et ordonne au préfet de la Loire, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition,

Un greffier,

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