Tribunal Administratif de Lyon — Décision N° TA69-2403815
vendredi 27 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lyon |
| Section | Tribunal Administratif de Lyon |
| N° Dossier | TA69-2403815 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
Résumé IA
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 16 avril 2024, M. B A, représenté par Me Lawson Body, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 25 janvier 2024 par lesquelles le préfet de la Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné d'office et lui a interdit de revenir sur le territoire français pendant une durée de six mois ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Loire de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", " salarié " ou " travailleur temporaire ", ou de réexaminer sa situation, dans un délai de deux mois suivant la notification du jugement à intervenir, et de lui remettre dans un délai de 8 jours et sous astreinte de 50 euros par jour de retard une autorisation provisoire de séjour avec droit au travail ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il n'est pas justifié de la compétence du signataire des décisions attaquées ;
- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées ;
- elles sont entachées d'une erreur de droit ;
- elles méconnaissent son droit au respect de la vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que l'intérêt supérieur de ses enfants au sens de l'article 3, 1° de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle ;
- l'interdiction de retour sur le territoire français est illégale du fait de l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français sur lesquelles elle est fondée ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 16 juillet 2024, le préfet de la Loire conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 mars 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;
La présidente de la formation de jugement ayant dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;
A été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Feron.
Considérant ce qui suit :
1. Ressortissant angolais né le 11 juin 1991, M. B A conteste la décision du 25 janvier 2024 par laquelle le préfet de la Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être éloigné d'office et lui a interdit de revenir sur le territoire français pendant une durée de six mois.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, les décisions attaquées du 25 janvier 2024 sont signées par M. Schuffenecker, secrétaire général de la préfecture, en vertu de la délégation que le préfet de la Loire lui a donnée par un arrêté du 13 juillet 2023 publié le 24 juillet suivant au recueil des actes administratifs de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions en litige doit être écarté.
3. En deuxième lieu, les décisions attaquées visent les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et rappellent la situation familiale du requérant, en particulier la situation de sa compagne et de ses enfants. Par suite, ces décisions, qui ne devaient pas nécessairement faire état de tous les éléments relatifs à la situation personnelle de l'intéressé, satisfont aux exigences de motivation résultant des dispositions de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance () et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ". Il ressort des pièces du dossier que, par un jugement n°2204598 du 16 septembre 2022, le tribunal administratif de Lyon a annulé la décision portant obligation de quitter le territoire français prise le 4 mars 2022 à l'encontre de M. A et a enjoint au préfet de la Loire de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour pendant l'examen de la demande d'asile de son fils mineur. En application des dispositions précitées, l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français impliquait également nécessairement que le préfet réexamine la situation de M. A. Ainsi, en se prononçant dans la décision attaquée sur le droit au séjour de M. A et sur son éloignement, le préfet n'a commis aucune erreur de droit ni n'a méconnu ses compétences.
5. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que la demande d'asile de M. A a été rejetée, qu'il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 19 mars 2020, qu'il n'a pas exécutée et qu'il vit en France dans un centre d'hébergement d'urgence avec une compagne de même nationalité qui a également fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, le 9 juin 2021, et avec leurs deux enfants nés le 24 août 2020 et le 13 février 2022. S'il justifie avoir travaillé en 2019 et en 2020 dans le cadre de contrats en intérim, cette seule expérience ne constitue pas une insertion professionnelle significative. Ainsi, et alors même qu'il réside en France depuis 2015, compte tenu des conditions de son séjour sur le territoire national, les décisions attaquées ne portent pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Dès lors, elles ne méconnaissent pas les stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par ailleurs, et alors que la cellule familiale peut se reconstituer en Angola, pays dont tous les membres de la famille ont la nationalité et où le requérant ne démontre pas être dépourvu d'attaches, la mesure d'éloignement prise à l'encontre de M. A ne prive pas ses enfants de la présence de leurs parents et il n'est pas démontré qu'elle les prive d'une scolarisation en Angola. Dans ces conditions, les décisions attaquées ne méconnaissent pas l'intérêt supérieur de ses enfants au sens de l'article 3,1° de la convention internationale des droits de l'enfant. Pour les mêmes motifs, elles ne sont pas davantage entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de leurs conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.
6. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français ". Compte tenu de ce qui précède, M. A n'est pas fondé à invoquer l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français à l'encontre de l'interdiction de retour sur le territoire français de six mois prononcée à son encontre. Par ailleurs, M. A, qui se trouve en France depuis 2015 ne justifie pas d'une insertion sociale et professionnelle particulière et s'est déjà soustrait à l'exécution d'une précédente obligation de quitter le territoire français, du 19 mars 2020. Par suite, le préfet a pu légalement, sans méconnaître les articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni commettre d'erreur d'appréciation au regard de ces articles, prononcer à son encontre une interdiction de retour de six mois, dont la durée ne présente pas en l'espèce de caractère disproportionné.
7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
8. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A, n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction sous astreinte de la requête doivent donc être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, verse au conseil de M. A la somme que celle-ci réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Lawson-Body et au préfet de la Loire.
Délibéré après l'audience du 13 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Vaccaro-Planchet, présidente,
Mme Feron, première conseillère ;
Mme Lerevat, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 27 septembre 2024.
La rapporteure,
C. Feron
La présidente,
V. Vaccaro-Planchet
La greffière,
S. Rolland
La République mande et ordonne au préfet de la Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier
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